Personne disparue : « Je n’ai jamais douté que maman était en vie », témoigne Dr Dramane Kaboré qui a retrouvé sa mère après 25 ans
dimanche 30 août 2026.
Disparue en 1996 alors qu’il n’avait que 12 ans, la mère de Dr Dramane Kaboré a été retrouvée 25 ans plus tard en Guinée. Pendant un quart de siècle, le fils a grandi avec la conviction que sa mère était toujours en vie et finirait par revenir. Des recherches infructueuses aux rumeurs venues de Côte d’Ivoire, jusqu’au message reçu sur les réseaux sociaux annonçant la présence d’une vieille dame à Siguiri, au Nord-Est de la Guinée, dans la région de Kankan, frontalière avec le Mali, son histoire est celle d’une longue attente, mais surtout d’un espoir jamais abandonné. À l’occasion de la Journée internationale des personnes disparues, célébrée chaque 30 août, Dr Dramane Kaboré revient sur cette histoire qui a profondément marqué sa vie. « Maman m’a dit : “Si je te quitte, n’arrête pas d’étudier” », une phrase qui lui a permis de garder espoir durant tout ce temps.
Lefaso.net : Vous avez perdu votre maman de vue pendant de longues années. Comment cet épisode de votre vie a-t-il commencé ?
Dr Dramane Kaboré : Il faut dire que l’histoire de la disparition de ma maman remonte à 1992, alors que j’étais en classe de CP2 dans la zone de Bobo-Dioulasso. C’est à la suite de troubles psychologiques que tout a commencé. De 1992 à 1996, elle présentait des troubles psychologiques. Mon père s’est battu par tous les moyens. Il a eu recours aux prières charismatiques, aux prières de délivrance, aux consultations auprès de traditionnalistes. Il a vraiment tout fait. Je pense qu’en juin 1996, la dernière action que mon père a posée a été de conduire maman chez Saïdou Nagréongo pour une consultation. Lorsqu’elle est allée chez Saïdou Nagréongo, j’étais déjà en classe de CP2.
Je me disais que son retour allait être agréable. Mais, à ma grande surprise, lorsqu’ils sont revenus de Nagréongo, il fallait la transporter dans une brouette. J’étais complètement déçu. Quelques jours après ce retour, elle est venue me voir une nuit, très tard. Elle m’a dit : « Mon fils, je vais te quitter. Si je te quitte, n’arrête pas d’étudier, continue d’aller à l’école. Un jour, je reviendrai. » Comme si c’était une parole d’enfant, trois jours plus tard, elle disparaissait. Ces trois jours coïncidaient également avec la composition du Certificat d’études primaires (CEP). Cela m’a complètement affecté.
J’étais déboussolé. Je me demandais même s’il fallait aller composer le CEP ou pas. Avec l’aide d’un camarade qui est aujourd’hui commissaire de police dans la zone de Fada et qui connaissait ma situation, j’ai finalement trouvé le courage d’y aller. Le matin du début de l’épreuve, j’étais assis à côté du banc de l’école. Il est venu, m’a attrapé et m’a dit : « Arrête de pleurer, on va retrouver ta maman. » J’ai pris mon courage à deux mains et je suis allé composer.
À l’époque, j’ai obtenu le certificat d’études primaires et, en même temps, l’entrée en sixième. Et voilà que commençait une longue période d’attente pour un enfant innocent qui n’avait que 12 ans. Cette situation a eu un impact sur mon cursus scolaire, surtout au collège. En sixième, je me lamentais. Je passais beaucoup de temps à penser à la situation de maman parce qu’après les recherches effectuées un peu partout dans les villages environnants, nous n’avions toujours pas de nouvelles.
La sixième n’a donc pas été une année facile. Par la suite, je me suis dit qu’il fallait prendre mon courage à deux mains et me battre chaque année. L’idée de maman, de savoir où elle pouvait être, où elle pouvait se retrouver, m’a accompagné jusqu’en classe de seconde.
À partir de la seconde, je suis devenu majeur. Je me suis simplement accroché à sa phrase : « Mon fils, je vais te quitter, mais sache qu’un jour je reviendrai. Si je te quitte, continue d’étudier. » À partir de là, je me suis dit que je devais remettre les choses entre les mains de Dieu et me battre pour parvenir à devenir quelqu’un, comme on aime à le dire. Je me suis donc concentré sur l’école, jusqu’à l’obtention du baccalauréat, puis à l’université ; toujours dans cette dynamique de ne pas arrêter l’école, comme maman me l’avait demandé. C’est d’ailleurs en année de licence que j’ai réussi le concours de journalisme. Je suis allé à l’école de journalisme pour poursuivre mes études, toujours avec cette idée que maman m’avait demandé de ne jamais arrêter.
Qu’est-ce qui vous a permis de tenir et de garder espoir pendant ces 25 années ?
En toute sincérité, je n’ai jamais douté un seul instant que maman était toujours en vie, même si je ne savais pas exactement où elle se trouvait. Je peux vous dire qu’au cours de ces 25 années, il y a eu un moment, si je ne me trompe pas, autour de 2003, où des gens venus de Côte d’Ivoire, dans la zone de Boromo, à l’occasion d’une cérémonie, ont rapporté qu’un étranger disait avoir aperçu ma maman du côté de la Côte d’Ivoire.
Les gens se demandaient s’il fallait informer mon père. S’ils l’informaient, est-ce qu’il n’allait pas partir à la recherche de sa femme ? Toutes ces questions faisaient que l’on hésitait à transmettre l’information. Mais cela avait quand même réveillé quelque chose. C’était la première information que nous avions reçue, comme une preuve possible que ma mère était en vie et qu’elle se trouvait du côté de la Côte d’Ivoire. Mais cela restait une rumeur, sans confirmation.
Au fil du temps, les parents éloignés du côté de Koudougou me posaient toujours la même question : « Est-ce que ta maman est en vie ? » J’ai toujours répondu que ma mère était en vie. J’avais cette conviction qu’elle vivait toujours et que, le jour où elle ne serait plus en vie, elle me le ferait savoir. Lorsque maman est partie, il y a aussi eu des moments où je faisais des rêves. Dans ces rêves, il y avait des messages, parfois sous forme de sacrifices que je devais exécuter pour pouvoir la retrouver. Mais j’étais quelqu’un qui ne croyait pas vraiment en ces questions liées aux rêves. Toutes les fois où ces informations me parvenaient, je me rétractais. Je disais : « Laissez-moi avec ces conneries, je n’y crois pas. » Cela n’aboutissait donc pas. J’ai vécu cela en classe de cinquième, puis je l’ai encore vécu en classe de seconde. La dernière fois, c’était justement en seconde. Comme j’étais réfractaire à ces choses, cela ne s’est plus répété.
Mais ce qui m’a réellement permis de tenir, c’est surtout cette phrase : « N’abandonne pas, n’arrête pas, continue, je vais revenir un jour. » Grâce à cette connexion qu’il y a entre une mère et son enfant, je me disais que ce n’était pas possible. Maman ne pouvait pas quitter ce monde sans qu’il y ait un quelconque message. Je m’en tenais donc à cela. Il y a eu des moments où j’ai pensé abandonner l’école, partir à l’aventure, soit au Ghana, soit dans les plantations. Nous-mêmes, nous ne savions pas jusqu’où l’école pouvait nous amener. Nous n’avions pas beaucoup d’informations sur les débouchés. Mais finalement, je suis resté.
Dr Dramane Kaboré a été journaliste-reporter d’images à la RTB de 2012 à 2016. Par la suite, de 2016 jusqu’en 2022, il a été au ministère des Transports comme assistant communication à la Direction de la communication et de la presse ministérielle. Il est actuellement enseignant-chercheur au Centre universitaire de Dori
Finalement, en quelle année avez-vous retrouvé votre maman et qu’est-ce qui vous a permis de la retrouver concrètement ?
J’ai retrouvé maman en 2020. J’ai eu l’information qu’elle était en vie et qu’elle se trouvait du côté de la Guinée, plus précisément dans la zone de Kankan, à travers les réseaux sociaux. Mais bien avant cette situation, il faut revenir à cette même année 2020. Trois mois avant la fin de l’année, il devait y avoir les élections couplées législatives et présidentielle. Je m’étais engagé aux côtés d’un parti politique de la place et j’étais candidat. Mais vous connaissez l’Africain. On se disait qu’on ne pouvait pas se bomber la poitrine et aller sur le terrain politique sans, au préalable, avoir une quelconque préparation. Un jour, je me suis donc rendu chez un consultant traditionnaliste pour savoir si j’étais réellement la personne idéale et si le terrain politique allait m’être favorable.
Ce monsieur m’a dit : « Mon fils, au-delà de cette situation, tu as un sérieux problème qui te hante jour et nuit. Tu es quelqu’un qui vit la disparition, la séparation de sa mère. C’est mieux de laisser tomber cette histoire d’élections. Je vais te montrer des sacrifices à faire. Si tu arrives à les exécuter, d’ici la fin de l’année, tu vas retrouver ta maman. » Sans vraiment y croire, je me suis plié à ses recommandations. J’ai commencé à enregistrer le contenu de la liste des sacrifices. Il y en avait un certain nombre qui m’ont même conduit jusqu’à Koudougou, au village, où j’étais complètement déconnecté. J’ai fait ce qu’il fallait pour renouer la connexion et pouvoir les exécuter. Jusqu’au 30 décembre 2020.
À cette époque, je préparais ma thèse. Je descendais au bâtiment administratif, tout le monde quittait le bureau pour rentrer à la maison, mais moi, je restais travailler jusqu’à 22 ou 23 heures avant de rentrer. Le 30 décembre, alors que j’étais assis au bureau en train de travailler, j’ai reçu un message vocal accompagné d’une photo. Le message m’avait été transféré par un camarade d’enfance depuis Boromo. J’ai regardé la photo. Elle ne me disait absolument rien. Ensuite, j’ai écouté le vocal. Il disait qu’une vieille dame se trouvait du côté de la Guinée-Conakry, plus précisément à Siguiri, et qu’elle avait perdu l’usage de la voix. Des orpailleurs l’avaient accompagnée à la gendarmerie. La gendarmerie l’avait gardée.
La seule phrase qu’elle avait pu prononcer était qu’elle venait de Boromo. Elle ne pouvait même pas donner son nom de famille ni fournir davantage d’indications, à part Boromo. C’est sur cette base que les responsables des orpailleurs avaient communiqué l’information. Ils avaient même laissé des numéros de téléphone en demandant que l’information soit largement partagée. Quand le message m’est parvenu, j’ai écouté et je me suis dit : « C’est chez moi. » La photo ne me permettait pas de dire clairement qu’il s’agissait de maman. Je l’ai donc envoyée à mon petit-frère qui, lui, avait vécu avec elle jusqu’à son départ, lorsqu’elle est partie, alors que j’avais 12 ans. La seule chose qui nous était restée en mémoire, c’était que maman avait trois cicatrices du côté des joues.
Mon petit-frère a observé la photo et m’a dit : « C’est notre mère. » Je lui ai demandé s’il en avait la certitude. Il m’a répondu oui. Je lui ai alors demandé d’aller voir mon père, de prendre son album photo et de photographier une ancienne photo de maman pour me l’envoyer. Je voulais utiliser ces photos afin de contacter les personnes dont les numéros figuraient sur l’affiche et leur demander de comparer les images. Lorsque j’ai appelé, je me suis rendu compte que l’un des contacts était un compatriote burkinabè, originaire de Yako, un certain Sawadogo Youssouf, qui m’a répondu en mooré. Nous avons échangé et j’ai finalement laissé tomber la comparaison des anciennes photos. J’ai demandé à Youssouf de retourner à la gendarmerie.
Il était vice-président de la communauté burkinabè vivant dans la zone de Kankan. Je lui ai demandé s’il pouvait repartir à la gendarmerie et j’ai demandé la permission qu’on puisse prendre une photo en gros plan du visage de maman. Je voulais notamment vérifier la présence des cicatrices. Youssouf Sawadogo est effectivement allé sur place. Il a pris une photo en gros plan et me l’a envoyée. Il y avait les cicatrices. Nous avions donc la confirmation que c’était vraiment elle. C’était à la fin de la période de Covid-19. En 2020, avec le confinement et les mesures de quarantaine, les déplacements n’étaient pas du tout faciles.
À cette époque, j’étais au cabinet du ministre des Transports. Il fallait donc trouver une solution pour aller chercher maman. J’ai commencé par parler de ma situation à mes collègues, qui ont, à leur tour, parlé au ministre. Le ministre a demandé au directeur général d’une compagnie aérienne de m’offrir un billet d’avion pour aller au Mali. Ensuite, il a demandé de signer un laissez-passer afin de faciliter mon trajet jusqu’en Guinée-Conakry. Toute l’administration du ministère des Transports s’est pratiquement mobilisée. Chacun a essayé de me donner un coup de main. Et au bout de quelques jours, le voyage s’est très bien passé jusqu’à ce que je me retrouve du côté de la Guinée-Conakry. Je remercie d’ailleurs toutes ces personnes pour leur soutien.
Comment se sont passées les retrouvailles ? Dans quel état avez-vous trouvé votre maman ?
Déjà, je souligne que maman avait perdu l’usage de la voix ! Ensuite, elle n’était pas totalement lucide. Elle n’avait pas l’esprit, comment dirais-je, complètement lucide. À partir de ce contact-là, deux compatriotes burkinabè qui s’occupaient de la communauté burkinabè du côté de Siguiri sont venus à ma rencontre jusqu’à la frontière entre le Mali et la Guinée-Conakry pour m’accompagner jusqu’à Siguiri, qui se trouvait à une trentaine de kilomètres de la voie principale. J’ai d’abord passé la nuit à Siguiri.
De Siguiri, nous sommes allés à Boukaria, puisque c’est réellement à Boukaria, dans la commune de Boukaria, que maman avait été retrouvée. En reconnaissance de la terre et de l’acte des habitants de Boukaria, j’ai donné le nom « Boukaria » à ma dernière fille, qui est née juste un mois après les retrouvailles avec maman. Boukaria figure parmi ses prénoms. J’ai même pris l’engagement, devant la communauté de Boukaria, de faire porter le nom de leur village à ma fille.
La rencontre avec maman a été particulière. C’était une mère qui n’était pas lucide. J’ai essayé de l’embrasser. Elle me regardait, mais cela ne lui disait absolument rien. Pour matérialiser la rencontre, nous avons pris des photos. Et moi, j’ai fondu en larmes. C’était incroyable ! Vingt-cinq ans après, je me demandais : Est-ce que je ne rêvais pas ? Je ne rêvais pas. Comment a-t-elle pu se retrouver à plus de 2 000 kilomètres du Burkina Faso ? Avait-elle marché ? Avait-elle utilisé des moyens de transport ? La communauté burkinabè s’est mobilisée. Je vous avoue que Francis a démarré son véhicule depuis la Guinée-Conakry. La communauté burkinabè vivant en Guinée-Conakry s’est organisée. Francis m’a accompagné de la Guinée-Conakry jusqu’à chez moi. Je pense que nous sommes arrivés à Boromo autour de 19 heures. Toute la famille n’en revenait pas. C’étaient des pleurs, mais aussi des pleurs de joie. C’était incroyable.
Le jour de la rencontre de Dr Dramane Kaboré avec sa maman à la gendarmerie de Boukaria, dans la région de Kankan, en Guinée-Conakry.
Six ans après ces retrouvailles, comment va votre maman ?
Six ans après, ma seule satisfaction, c’est que lorsque je l’ai retrouvée, je l’ai d’abord laissée chez mon père pendant deux semaines. Ensuite, je l’ai récupérée. J’ai travaillé pour rencontrer des consultants traditionnels qui ont utilisé des feuilles afin que je puisse les lui administrer. Au fil du temps, elle a recommencé à parler correctement. Je suis arrivé à construire une maison de seize tôles pour elle. Elle y habite. Elle prépare à manger et elle n’a pas besoin du soutien de qui que ce soit. Elle est là. Elle sort, elle se promène, elle vient. À chaque fois, j’essaie d’envoyer le minimum pour qu’on puisse subvenir à ses besoins.
Quel a été l’impact de toute cette histoire sur votre vie ?
Disons que ma maman m’a forgé, même à distance. J’ai passé ma vie à me lamenter, surtout au collège, parce que c’était une période cruciale dans l’évolution d’un enfant. De 12 à 19 ans, on est vraiment innocent. C’est une période où l’on a davantage besoin de sa maman. Mais c’est justement à cette période cruciale que maman est partie. Le plus souvent, je disais à mes camarades : « C’est parce que l’école du Blanc est impolie. Sinon, nous ne devons pas être de la même promotion. » Mais au fond de moi, je savais que c’était cette histoire de maman qui avait porté un coup à mes études. Je ne dirais pas à la qualité, mais cela a affecté mon âge, mon cursus scolaire, mon envie de travailler, mon envie de compétition.
L’idée de concurrence entre camarades de classe avait disparu à un certain moment pour moi. La vie n’avait plus vraiment de sens. Je me demandais : pourquoi les autres ont-ils leur maman à côté ? Pourquoi les autres ont-ils leur maman qui leur paie des habits, qui prend soin d’eux ? Et moi, je n’en avais pas. Je suis orphelin de mère qui n’est pas morte mais d’une mère qui a disparu. Cela a sérieusement affecté mes études à partir du collège. Mais à partir du lycée, étant donné que j’étais devenu majeur, je me suis dit : à l’impossible, nul n’est tenu. Même si tu veux retrouver ta maman, la priorité est de travailler à te construire. Une fois que tu te construis, une fois que tu deviens autonome, tu peux maintenant entreprendre de retrouver ta maman.
Effectivement, à partir de 2003, lorsque j’ai entamé le second cycle, j’ai mis ce dossier de côté. Il revenait de temps en temps, mais il n’affectait plus mon cursus scolaire parce que je me disais qu’une chose est de vouloir retrouver sa maman, mais l’autre chose est de construire sa vie. L’autre chose, c’est aussi de rattraper le temps perdu. De nos jours, on entend beaucoup parler de cas de disparition. On ne peut pas passer une semaine sur les réseaux sociaux sans voir qu’un enfant a disparu, qu’une personne a disparu.
Quel message pouvez-vous adresser aux personnes qui attendent le retour d’un proche disparu et qui ne savent pas s’ils doivent faire leur deuil ou continuer à chercher ?
La seule chose qu’il faut retenir, c’est que l’être humain est sacré. Ces personnes disparues ont une connexion quelconque avec quelqu’un : une mère, un enfant, un membre de la famille. Quelles que soient les circonstances dans lesquelles ces personnes ont disparu, il faut se dire que tant qu’on n’a pas la preuve que la personne se trouve dans une tombe, tôt ou tard, on peut la retrouver.
Actuellement, la maman se porte bien et mène une vie paisible grâce à ses enfants.
J’en veux pour preuve mon histoire. Aujourd’hui, les disparitions sont nombreuses. Dans certains cas, ce sont des troubles qui amènent des personnes à quitter leur domicile. Dans la ville de Ouagadougou, comme dans n’importe quelle autre ville, vous voyez des hommes et des femmes qui vivent dans la rue, qui dorment à la belle étoile. Vous pensez que ces personnes ne sont pas issues d’une famille ? Peut-être que certaines ont marché à l’image de ma maman. Ce qui m’a surtout affecté, c’est de me demander : qui donne à manger à maman ? Comment fait-elle pour se nourrir ? Où dort-elle ? A-t-elle une maison dans laquelle elle peut dormir ?
Et pendant la saison des pluies, comment fait-elle ? Toutes les fois que je voyais des personnes au bord de la voie, ces questions me revenaient. Mais étant donné que l’être humain est sacré et qu’il a une connexion avec quelqu’un, une mère ou une famille, tant qu’on n’a pas la preuve qu’il se trouve dans une tombe, on ne peut pas faire le deuil de cette personne. Il y a aussi des enfants qui sont kidnappés par des personnes qui ont la rage de devenir riches. Ce ne sont pas tous les enfants qui sont kidnappés de la même manière. Quand vous êtes confronté à ces situations, même si vous envoyez quelqu’un loin de sa patrie, quelque chose fera en sorte qu’on puisse mettre la main sur cette personne et la retrouver.
Du côté de ceux qui souffrent de troubles psychologiques, dites-vous bien que tôt ou tard, quelqu’un va rencontrer cette personne et vous contacter. On ne peut pas faire le deuil d’une personne disparue sans avoir la preuve que cette personne est décédée.
Qu’avez-vous à ajouter ?
Autour de nous, dans nos services, dans le voisinage, certaines personnes vivent la même chose. J’en veux pour preuve le ministère des Sports. Lorsque j’ai retrouvé ma maman, un collègue qui avait l’habitude d’être bien habillé et jovial avait lui aussi sa maman disparue. Derrière l’apparence que nous voyions se cachait donc une peine. D’autres collègues aussi m’ont fait part de leurs préoccupations. Pourtant, nous marchions ensemble sans savoir que nous avions ce problème en commun. Je pensais intérieurement être la seule personne à vivre cela.
Pourtant, autour de moi, il y en avait d’autres. Des gens m’ont approché pour me demander comment j’avais fait pour retrouver ma maman. J’ai croisé un sage qui m’a donné des orientations. Ces orientations ont ensuite été concrétisées avec l’aide de compatriotes et grâce aussi à l’évolution des technologies. Mais il faut garder la foi qu’on va retrouver une personne disparue. Si vous ne la retrouvez pas, l’information vous parviendra d’une manière ou d’une autre, par un rêve ou par l’intermédiaire d’une personne qui viendra vous signaler qu’elle est morte. C’est comme ça. C’est inexplicable ! Comment peut-on faire le deuil ou organiser les funérailles de quelqu’un dont on n’a pas la confirmation de la mort ? C’est inadmissible !
Interview réalisée par Farida Thiombiano
Lefaso.net
Vos réactions (12)
par Yol-Yolé, 31 août 00:15
Une histoire émouvante ! Comme quoi, tant que le Bon Dieu n’a pas décidé, les hommes sont limités ! Certainement que dans la famille, beaucoup avaient baissé les bras, emportés par le désespoir mais voilà, le miracle était en cours de téléchargement, qui s’est avéré très lent ! Quand cette dame tenir un petit-enfant entre les bras, c’est émouvant car j’imagine les épreuves physiques qu’elle a endurées durant toutes ces longues années qui pouvaient la rendre malade ! C’est pourquoi il nous est conseillé d’être prudent, de ne pas minimiser l’apport spirituel d’aucune religion qu’elle soit traditionnelle ou importée car les chemins par lesquels Dieu peut se manifester demeurent mystérieux aux yeux des hommes. C’est pourquoi la prière du Crédo Catholique dit ceci" Je crois en Dieu le Père Tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible" ! Et cet "invisible" qui nous échappe souvent ! Soyons donc humbles devant ce qui dépasse notre entendement et nos capacités d’homme ! Longue à cette maman miraculée !
Très belle histoire. Fils au grand cœur. Je suis très heureux que tu aies retrouvé ta mère. Et bravo à toutes ces personnes de bonne volonté et altruistes qui t’ont accompagné dans cette péripétie. Bravo également aux populations de Boukaria pour leur hospitalité. Tout est bien qui finit bien
En parcourant le récit, j’ai vraiment coulé des larmes ! Dieu soit loué que Maman soit retrouvée et ramenée à la maison ! Que le Seigneur facilite pour tous ceux et celles qui sont à la recherche d’un être cher ! Amina yarabi
Bel élan de solidarité à travers les frontières. Je vais vous contacter pour le contact du consultant traditionaliste. Pleine santé longue vie à votre mère retrouvée
Gloire soit rendu à DIEU
Après des années de fortes douleurs au coeur vous voici plein d’allégresse
Que le tout puissant accorde a la maman des années de vies paisibles auprès des siens
Dr Dramane Kaboré, votre histoire force profondément l’admiration. Saluons votre foi, votre persévérance et votre courage, qui ont permis à l’espoir de triompher après 25 années d’attente. Une magnifique leçon de vie : ne jamais abandonner, même lorsque le temps semble nous donner tort.
Merci DOCTEUR pour ce témoignage. A travers votre récit deux points interpellent :
1. il faut prendre soin des personnes vivant dans la rue car un proche bien aimé peut se retrouver loin de vous dans cette situation.
2. il faut avoir confiance à nos valeurs traditionnelles grâces aux quelles cette situation a trouvé une solution.
Tous mes remerciements à la communauté burkinabé vivant en Guinée.
Bonjour Cher frère et collègue, je ne te connais pas, mais je lisais ton histoire les larmes aux yeux. Des larmes de joie, car je comprends bien ce que tu pouvais ressentir, l’absence d’un être cher, surtout une mère. Cette connexion spirituelle, que tu as maintenue, je t’avoue que c’est très fort, presque divin. Tous ceux qui ont toujours leurs parents en vie, prenez soin d’eux, rien n’est plus cher que ceux qui t’ont donné la vie, ils sont à la limite sacrés. J’ai perdu ma mère en 2013, mais j’aurai donné tout l’Or du monde pour qu’elle reste en vie si j’en avais la possibilité, car une mère, c’est plus que sacré, j’allais dire c’est divin. À travers ton histoire, je rend gloire aux ancêtres et à Dieu, pour cette fin Glorieuse. Je dit merci à tous ceux qui n’ont ménagé aucun effort pour que cette reconnexion physique et spirituelle avec ta mère soit possible. Merci de nous avoir partagé cette expérience riche d’enseignement sur les relations humaines et l’espoir.
Quelle histoire émouvante ! Quelle belle histoire de retrouvailles ! Nous en tirons de grandes leçons.
Du fond du coeur, merci Dr. Kaboré pour votre témoignage qui m’a fait verser des larmes.
Il nous manque ici, chaque jour, de lire de telles histoires. Dans un monde de violence et d’égoïsme, il y a quand même des zones de bonheur.
Et c’est tout le bonheur du monde que nous vous souhaitons Dr. Kaboré avec votre famille et votre maman.
Situation émouvante, mais qui se deroule assez bien.
Docteur, est-ce que vous pouvez developper un peu plus la medecine tradionnelle qui a permis a votre mere de regagner la parole ? Merci d’avance pour le partage.