
Football : Avant le congrès de la FIFA à Rabat en mars 2027, les cartons rouges à Gianni Infantino s’accumulentCombien de scandales, combien de turpitudes Infantino infligera-t-il au football pour qu’enfin il soit remercié ? Que ne fera-t-il pas pour l’argent roi ? Et il prétendra que c’est pour notre bien, le beau jeu et le développement du football. Devra-t-on encore le laisser inventer des prix de la paix pour flatter l’ego des puissants et des princes du monde ? Avec son scandaleux projet de privatiser la Coupe du monde avec comme investisseurs une société appartenant au frère cadet du gendre de Donald Trump et la banque JP Morgan, la coupe n’est-elle pas pleine ? Avec ce mondial où la course à l’argent a fait du football un sport totalement américanisé avec les publicités qui imposent des coupures faussement baptisées pauses d’hydratation même quand les matchs sont joués dans des stades climatisés, avec une mi-temps rallongée pour un spectacle, la FIFA était sans limite. Gianni Infantino voit le succès de la Coupe du monde à l’aune de sa prime et a montré que le football pour lui est un business et non un sport. Peut-être n’a-t-il pas tort. Mais est-ce là l’avis général ? Gianni Infantino nous rappelle des hommes de pouvoir en Afrique qui considèrent certains mandats comme pas pleins et se battent pour le 3ᵉ et 4ᵉ mandat. Comme eux, sa réélection est réglée avant la fin du mandat. Sans cette affaire d’investisseurs privés, Gianni Infantino avait déjà l’assurance du vote de 200 fédérations sur 211 avant le scrutin prévu pour mars 2027. Si jusque-là il n’avait pas de challenger, la succession est ouverte. Pour ses derniers actes, est-ce que l’Italo-Helvético-Libanais mérite de rester à la tête de la FIFA ? En dehors des questions de personne, n’est-il pas temps de penser à une autre gouvernance de la FIFA ? Pourquoi dans ce débat qui a conduit Infantino à abandonner son projet mercantile, la CAF a-t-elle été aphone ? Au lieu que la CAF et les fédérations africaines restent dans la servilité volontaire, ne peuvent-elles pas être au-devant de réformes qui respectent le statut d’organisation à but non lucratif de la FIFA ? La vie réserve des surprises souvent. Qui aurait prédit qu’après le jackpot remporté par la FIFA avec l’organisation de la Coupe du monde 2026, son grand patron, qui fait ami-ami avec le maître du monde, aurait des soucis ? La FIFA a généré 15 milliards de dollars, soit 7 500 milliards de FCFA sur le cycle 2023-2026. Pour avoir un ordre de grandeur, les recettes budgétaires de notre pays, le Burkina Faso, n’atteignent pas la moitié de cette somme, elles sont "seulement" de 3 700 milliards de francs CFA. “Tant qu’on gagne, on joue.” Le produit phare de la FIFA, la vache à lait, est la Coupe du monde 2026 avec 48 équipes et 104 matchs. La FIFA espérait 11 milliards de dollars en allant en Amérique, elle en a gagné 15. Les expressions commerciales sont choisies à dessein pour montrer comment une association à but non lucratif est devenue une machine à sous aux mains de quelques hommes. Les autres produits de la boutique Fifa sont la Coupe du monde féminine qui a généré un demi-milliard de dollars, alors que la Coupe du monde des clubs, le nouveau-né, a apporté deux milliards, ce qui confirme que la Coupe du monde masculine est le produit phare. Si on vous dit que la FIFA a doublé ses revenus par rapport au cycle précédent 2019-2022 où elle n’avait récolté que 7,5 milliards de dollars, vous applaudirez le passage de la Coupe du monde à 48 équipes et sauterez de joie pour la future réforme à 64. Parce que, plus il y a de pays, plus il y a de matchs, plus il y a de matchs, plus il y a de droits télé de retransmission, plus il y a de publicités, etc., etc. Pourquoi rester à mi-chemin en organisant la Coupe du monde tous les quatre ans alors que la poule aux œufs d’or peut pondre tous les deux ans ? De quoi rendre heureux et fier un dirigeant qui voit sa prime augmenter quand les gains augmentent. Selon un sketch de Coluche “Tant qu’on gagne, on joue” et Infantino a voulu encore augmenter ses gains (enfin ceux de la FIFA, mais quand la FIFA gagne, Infantino itou) et a joué pour la création d’une société FIFA Forward Enterprise (FFE) pour la commercialisation des droits et l’organisation des tournois, dont le plus important, la Coupe du monde. Cette société serait ouverte aux investisseurs privés désireux d’acquérir des participations minoritaires, qui a été évaluée à 20 milliards de dollars. Ce sont les médias britanniques qui ont fait les révélations concernant cette affaire qui était dans un courrier adressé aux 211 fédérations membres de la FIFA leur annonçant qu’elles obtiendraient 40 millions de dollars, soit 20 milliards de FCFA pour les fédérations de la zone CFA, si elles validaient son plan, avant le 19 septembre 2026, de privatiser le football mondial. Notez la perversité et la perfidie de présenter le projet sous l’aspect gain financier et de menacer ceux qui n’approuveraient pas de rester à 2,7 millions de dollars, le montant actuel qui fait 1 350 000 000 FCFA. L’histoire s’est vite emballée quand les investisseurs privés ont été révélés par le Times : la banque JP Morgan, la société Thrive Capital appartenant à Joshua Kushner, frère cadet du gendre de Donald Trump. Certains même évoquent une possibilité pour Gianni I. de se retirer pour diriger la FFE, ce qui pue à mille lieues le conflit d’intérêts. L’UEFA, la plus importante des confédérations, celle de l’Europe, cœur économique du football avec ses clubs cotés en Bourse, dont certains ont tenté d’organiser une Super Ligue concurrente de sa Ligue des champions, ce qui fait d’elle une confédération plus riche que la FIFA, a été la première à ouvrir le feu en menaçant de se retirer de la Coupe du monde si ce projet était validé. Elle a été rapidement suivie par la CONCACAF, qui regroupe l’Amérique du Nord, l’Amérique centrale et les Caraïbes, ainsi que par l’AFC, la Confédération asiatique de football, qui ont exprimé de vives critiques à l’égard du projet et affiché leur totale désapprobation. La CONMEBOL, confédération d’Amérique du Sud qui compte dix membres, a, pour sa part, réagi en réclamant des précisions sur le projet tout en défendant la pureté du football. Seules deux confédérations, la CAF, qui regroupe 54 associations membres, et l’OFC, la Confédération d’Océanie, qui en compte 11, ne s’étaient pas publiquement exprimées sur ce projet. La CAF prévoyait de donner sa réponse au mois d’août. Pourquoi attendre quand la maison brûle ? Avec tous ces outils modernes, la CAF ne peut pas organiser une réunion virtuelle ou demander un avis de chaque membre ? Pour certains, c’étaient des soutiens d’Infantino. Si on y ajoute l’Amérique du Sud, il se retrouverait à 75 contre 136, ce qui l’a emmené à retirer son projet qui divise, selon ses mots. Ce projet a entraîné la démission du numéro deux de la FIFA, le conseiller principal Carlos Condeiro, de nationalité américaine, qui était contre, estimant que la FIFA n’a pas besoin d’argent venant d’investisseurs privés puisqu’elle a des réserves suffisantes. Le nᵒ 3 de la Fifa, Kevin Lamour, non plus ne suit pas Infantino sur ce coup. Et son secrétaire général Mattias Grafstrom n’a pas démissionné mais a publié sa désapprobation. Arsène Wenger a estimé qu’il n’était pas au courant du projet et qu’il n’était pas d’accord avec. Le feu brûle à la FIFA et pour l’éteindre, Infantino a tenu une réunion de crise au Maroc. La CAF doit laver son honneur en défendant le football et son continent La résolution de cette crise doit mettre à plat toute la gouvernance de la FIFA et ce qui est désespérant, c’est que la CAF, la deuxième en nombre de nations, ne tient pas son rang en étant aphone quand il y a des questions urgentes. Incapable de défendre le football africain quand Infantino baise les pieds de Donald Trump quand il expulse le meilleur arbitre du continent. Quand des décisions arbitrales discutables sont prises contre l’Algérie où Messi aurait dû être expulsé pour faute, contre l’Égypte avec la même équipe d’Argentine. Qu’a dit la CAF quand l’augmentation à 48 n’a fait passer l’Afrique qu’à 10 membres seulement alors que l’UEFA compte 16 qualifiés et ne regroupe que 55 membres contre 54 ? L’implacable raison économique qui ferait que les nations africaines vendent moins de billets et font moins d’argent en droits de retransmission. Ne remuons pas le couteau dans la plaie avec cette CAF qui s’aplatit quand la Coupe du monde des clubs champions modifie son calendrier. Il faudrait aussi discuter de cette volonté de la FIFA de ne pas payer les taxes fiscales – ce que les États-Unis ont refusé – et de ne pas participer aux investissements pour la Coupe du monde. À la longue, il n’y aura personne pour l’organiser à ces conditions. Naturellement, les dirigeants de la CAF ne peuvent pas défendre de payer les impôts puisqu’ils ont le même modèle économique. Il est regrettable que la CAF ne fasse pas entendre davantage la voix du continent, alors que les fédérations africaines reçoivent la même dotation que celles d’Europe et des autres confédérations dans la répartition des fonds de la FIFA. La seule différence concerne les primes de qualification, où l’injustice liée au nombre de places qualificatives se traduit par un déficit financier. Ainsi, l’UEFA, avec 16 pays qualifiés, percevra 200 millions de dollars, tandis que la CAF, avec seulement neuf représentants, n’en recevra que 111 millions. Qui peut nier que la qualification du Cap-Vert a apporté davantage de joie et d’émotion aux amateurs de football lors de cette Coupe du monde ? Cette sélection a tenu en échec le futur champion du monde, l’Espagne (0-0), avant de livrer un match époustouflant face à l’Argentine. C’est la preuve que l’Afrique mérite davantage de places à la Coupe du monde. Il suffirait, par exemple, de réduire de trois le nombre de places attribuées à l’UEFA : celle-ci en compterait alors 13, tandis que la CAF en disposerait de 12. Une telle répartition rendrait la qualification tout aussi difficile en Europe qu’en Afrique. Les dirigeants de la CAF doivent également se rappeler que, si la FIFA a été créée en mai 1904 par sept fédérations européennes, l’Afrique du Sud les a rejoints cinq ans plus tard. Il est donc essentiel de défendre le football, ses lois et ses règlements, afin qu’il demeure un sport populaire, pratiqué dans les quartiers, et non une Coupe du monde réservée à une élite capable de payer un billet à 10 990 dollars, soit 5 495 000 FCFA, comme ce fut le cas pour la finale de cette Coupe du monde, où les billets étaient vendus selon un système de tarification dynamique inspiré de celui des compagnies aériennes. Face à toutes ces dérives, il apparaît nécessaire de mettre en place une nouvelle équipe dirigeante capable de replacer la bonne gouvernance au cœur du football. Sana Guy Vos réactions (2) |