
Semaine mondiale de l’allaitement maternel : « Pratiquer l’allaitement exclusif, c’est offrir à son enfant une meilleure protection contre les maladies infantiles », selon Moussa OuaréÀ l’occasion de la Semaine mondiale de l’allaitement maternel, célébrée du 1er au 7 août chaque année, Lefaso.net s’est entretenu avec Moussa Ouaré, maïeuticien d’Etat, promoteur de groupes de soutien à l’allaitement et président de l’association Espace maman allaite (EMA). Dans cet entretien, il revient sur les bienfaits de l’allaitement maternel, les obstacles auxquels sont confrontées certaines mères, les idées reçues qui persistent et les actions à renforcer pour promouvoir cette pratique au Burkina Faso. Lefaso.net : Pouvez-vous présenter votre association et nous expliquer ses principales missions en matière de promotion de l’allaitement maternel ? Moussa Ouaré : L’association Espace maman allaite (EMA) a été créée au Burkina Faso en 2022. C’est une association à but non lucratif, apolitique et laïque, à vocation sociale et humanitaire, qui s’interdit toute forme de discrimination. Son siège est situé à Dayongo, dans le secteur 47 de l’arrondissement n°11 de Ouagadougou, dans la province du Kadiogo, région du Kadiogo. Toutefois, ses actions s’étendent à l’ensemble du territoire national. Son objectif général est de contribuer à la promotion du bien-être de la femme enceinte, de la mère et de l’enfant. Pour y parvenir, l’association œuvre au renforcement des liens de solidarité, d’entraide et de cohésion entre les femmes enceintes, les mères allaitantes et la communauté autour de l’allaitement. Elle s’attache également à accroître les connaissances et les bonnes pratiques des femmes en matière de soins liés à la grossesse, à l’accouchement et au post-partum. Par ailleurs, EMA renforce les connaissances des maris et de l’entourage familial sur leur rôle pendant la grossesse, l’accouchement et la période postnatale, tout en encourageant une plus grande implication des hommes dans l’accompagnement des femmes enceintes et des mères allaitantes. L’association contribue aussi à l’amélioration des relations entre les professionnels de santé et les usagers des services de santé maternelle et infantile, qu’ils soient publics ou privés, et développe des partenariats avec les structures de santé ainsi qu’avec d’autres organisations, aux niveaux national et international. Enfin, elle promeut la santé du couple mère-enfant à travers l’utilisation des réseaux sociaux, notamment WhatsApp et Facebook. Sa mission est de permettre à chaque future mère, à chaque mère allaitante et à leur famille, où qu’elles se trouvent au Burkina Faso, d’avoir accès à des informations fiables sur l’allaitement afin de bien nourrir leur enfant. Pourquoi est-il important de consacrer une Semaine mondiale à la promotion de l’allaitement maternel, selon vous ? La Semaine mondiale de l’allaitement maternel est une occasion de sensibiliser le grand public aux enjeux liés à l’allaitement. Elle permet d’attirer l’attention des décideurs, des professionnels de santé, des familles et de l’ensemble de la communauté sur l’importance de soutenir les mères allaitantes. C’est également un moment fort de plaidoyer pour renforcer les politiques et les actions en faveur de l’allaitement maternel dans le monde entier.
Quels sont les principaux bienfaits de l’allaitement maternel, aussi bien pour le nourrisson que pour la mère ? Les bienfaits de l’allaitement maternel se ressentent à trois niveaux : pour le nourrisson, pour la mère et pour la communauté. Pour la mère, l’allaitement facilite la récupération après l’accouchement, réduit les risques de diabète et de maladies cardiovasculaires, renforce le lien affectif avec son enfant et contribue à espacer les naissances grâce à l’effet contraceptif de l’allaitement maternel exclusif durant les six premiers mois, lorsque les conditions sont réunies. Enfin, pour la communauté, l’allaitement maternel permet de réduire les dépenses de santé, de diminuer la fréquentation des structures sanitaires grâce à la baisse des maladies infantiles, de réduire les décès des nourrissons, de limiter les absences au travail des parents et de contribuer, de manière générale, au développement économique et social du pays.
L’association Espace maman allaite œuvre à promouvoir l’allaitement exclusif pendant les six premiers mois de l’enfant.
Les recommandations préconisent un allaitement maternel exclusif pendant les six premiers mois. Pourquoi cette période est-elle si importante ? Les six premiers mois de vie constituent une période cruciale pour le développement de l’enfant. Durant cette phase, le lait maternel, à lui seul, apporte tous les nutriments dont le nourrisson a besoin, notamment les protéines, les glucides, les lipides, les vitamines, l’eau et les sels minéraux. Il favorise ainsi une croissance harmonieuse et un bon développement du cerveau. Le lait maternel est également parfaitement adapté à l’organisme encore immature du bébé. Il lui fournit les anticorps nécessaires pour le protéger contre de nombreuses maladies infantiles. C’est donc une période déterminante, au cours de laquelle le cerveau et l’organisme de l’enfant ont besoin des bienfaits exclusifs du lait maternel pour se développer dans les meilleures conditions. Malgré ces recommandations, certaines mères n’allaitent pas ou arrêtent très tôt. Quelles sont les principales difficultés qu’elles rencontrent ? Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation. D’abord, certaines mères ne disposent pas d’informations suffisantes sur les bienfaits de l’allaitement maternel, ni sur la possibilité d’exprimer et de conserver leur lait lorsqu’elles reprennent le travail. Ensuite, l’entourage joue parfois un rôle négatif en encourageant certaines pratiques néfastes, comme le fait de donner de l’eau au bébé avant l’âge de six mois, de lui administrer des purges ou encore des décoctions traditionnelles. À cela s’ajoutent les contraintes professionnelles. Certaines femmes ne bénéficient pas d’un environnement favorable à l’allaitement, en raison du refus de leur employeur d’aménager des temps ou des espaces dédiés, ce qui les conduit à interrompre précocement l’allaitement. L’accompagnement par les services de santé peut également être insuffisant pendant la grossesse, l’accouchement et la période postnatale, ce qui laisse certaines mères sans les conseils dont elles ont besoin. Enfin, certaines femmes renoncent à allaiter par crainte de voir leur poitrine se modifier. Il s’agit pourtant d’une idée reçue. L’affaissement des seins est principalement lié à l’âge et à d’autres facteurs, et non à l’allaitement lui-même. Quels sont les mythes ou idées reçues sur l’allaitement maternel que vous rencontrez le plus souvent ? Les idées reçues restent nombreuses. Certaines personnes pensent, par exemple, que le colostrum, ce premier lait produit après l’accouchement, est mauvais pour le bébé, alors qu’il est au contraire extrêmement bénéfique et riche en anticorps. D’autres croient que le lait maternel « contient des fourmis » et qu’il ne faut donc pas laisser le bébé téter. Il est également fréquent d’entendre qu’après chaque tétée, le nourrisson a forcément soif et qu’il faut lui donner de l’eau, alors que le lait maternel couvre entièrement ses besoins en eau durant les six premiers mois. Certaines familles estiment aussi que des décoctions traditionnelles rendront l’enfant plus fort ou plus vigoureux plus tard. Enfin, une autre croyance veut qu’un enfant qui tète longtemps ou très souvent devienne moins intelligent. Toutes ces affirmations sont dépourvues de fondement scientifique et peuvent compromettre la santé du nourrisson. Au cours de vos activités, avez-vous déjà été confrontés à des cas où le non-respect des recommandations en matière d’allaitement maternel a eu des conséquences sur la santé de la mère ou de l’enfant ? Pouvez-vous nous en parler ? Oui, à plusieurs reprises. Un cas nous a particulièrement marqués. Il s’agit d’un enfant qui, dès sa naissance, a été soumis au gavage avec des produits traditionnels alors qu’il n’avait qu’un mois. Sa mère, impuissante face à cette situation, rappelait pourtant à la grand-mère que les agents de santé déconseillaient cette pratique. Malheureusement, l’enfant est décédé au cours du même mois. Les propos de cette mère victime restent particulièrement poignants : « Ce jour-là, j’ai failli devenir folle. Je voulais que ce soit un rêve, mais malheureusement, c’était la réalité. Mon bébé est mort comme ça… » Comment votre association accompagne-t-elle les femmes enceintes et les jeunes mamans pour les aider à réussir leur allaitement ? L’accompagnement se fait à travers plusieurs actions. Nous réalisons notamment des visites de soutien à domicile auprès des mères qui rencontrent des difficultés, nous proposons un accompagnement et des conseils via WhatsApp sur les bonnes techniques d’allaitement, et nous menons des campagnes de sensibilisation à travers les réseaux sociaux et au niveau communautaire. Nous faisons également du plaidoyer auprès des leaders communautaires et coutumiers afin de renforcer leur implication dans la promotion de l’allaitement maternel. Enfin, nous encourageons le soutien entre mères, à travers le partage d’expériences et l’accompagnement « mère à mère ». Quel rôle le père, la famille et l’entourage peuvent-ils jouer pour favoriser un allaitement réussi ? Le père joue un rôle essentiel dans la réussite de l’allaitement. Il doit rassurer et soutenir la mère par sa présence à ses côtés, l’encourager et prendre régulièrement de ses nouvelles lorsqu’il est absent pour le travail. Il doit également veiller à ce qu’elle bénéficie d’une alimentation suffisante et équilibrée afin de préserver sa santé et de favoriser une bonne production de lait. Le père doit aussi accompagner la mère lors des consultations postnatales et des séances de vaccination de l’enfant. Il doit rester attentif aux changements de comportement du couple mère-enfant et encourager une consultation auprès des professionnels de santé lorsque cela est nécessaire. Quant à la famille et à l’entourage, leur rôle est également déterminant. Ils doivent s’informer auprès des agents de santé sur les avantages du lait maternel, encourager le père à soutenir son épouse et aider la mère dans certaines tâches quotidiennes difficiles, comme les travaux ménagers. Ils doivent surtout continuer à encourager et à soutenir la mère, sans la culpabiliser lorsqu’elle rencontre des difficultés dans la prise en charge de son enfant. Enfin, ils doivent éviter le recours aux pratiques néfastes pour la santé du nourrisson, telles que le gavage ou les purges.
Une mère employée partage son expérience réussie d’expression et de conservation du lait maternel pour continuer à nourrir son bébé malgré les contraintes liées au travail.
Quelles actions menez-vous, particulièrement pendant la Semaine mondiale de l’allaitement maternel, pour sensibiliser la population ? Pendant la Semaine mondiale de l’allaitement maternel, nous menons essentiellement des actions de sensibilisation à travers le partage d’informations, mais aussi d’expériences positives ou négatives afin de susciter des échanges et des réactions au sein de nos groupes WhatsApp et Facebook. À cette occasion, l’association diffuse également un message officiel pour attirer l’attention du public et des autorités sur la nécessité de renforcer les actions en faveur de la promotion et de la protection de l’allaitement maternel. Selon vous, que faudrait-il améliorer au Burkina Faso pour encourager davantage de femmes à allaiter exclusivement pendant les six premiers mois ? Plusieurs actions peuvent être envisagées. Il est important de renforcer la formation des sages-femmes sur l’allaitement maternel, voire de mettre en place une spécialisation dans ce domaine afin de disposer de professionnels mieux outillés pour accompagner les mères. Il faut également intensifier les sensibilisations sur les avantages du lait maternel et de l’allaitement exclusif. Les conditions favorables à l’allaitement doivent aussi être créées dans les milieux professionnels, notamment à travers l’aménagement d’espaces dédiés à l’allaitement pour les mères employées. Quel message adressez-vous aux futures mamans qui hésitent encore à allaiter leur enfant ? Nous leur disons simplement que l’allaitement maternel reste la meilleure option pour nourrir, protéger leur enfant et favoriser son développement. Pratiquer l’allaitement exclusif, c’est offrir à son enfant une meilleure protection contre les maladies infantiles, réduire les consultations dans les centres de santé et éviter des dépenses familiales liées aux problèmes de santé évitables. Enfin, quel appel lancez-vous aux autorités, aux professionnels de santé et à la population pour renforcer la promotion de l’allaitement maternel ? À l’endroit des autorités, nous demandons un soutien accru pour la création d’espaces dédiés à l’allaitement dans des lieux stratégiques des grandes villes afin de permettre aux mères de continuer à allaiter dans de bonnes conditions. Nous encourageons également la formation de spécialistes en allaitement, qui pourrait améliorer l’accompagnement des futures mères et des mères allaitantes. Aux professionnels de santé, nous demandons d’accorder davantage d’écoute et d’attention aux futures mères et aux mères allaitantes. Ces dernières ont souvent besoin d’être accompagnées, conseillées et rassurées pour pouvoir mieux nourrir leur enfant. À la population, nous lançons un appel à privilégier le recours aux services de santé en cas de difficultés liées à l’allaitement et à éviter les pratiques traditionnelles néfastes, comme le don d’eau ou d’autres liquides avant les six premiers mois du bébé, les purges ou encore le gavage. Enfin, nous invitons l’entourage familial à soutenir davantage la mère allaitante, à l’aider dans les tâches quotidiennes et à éviter de la culpabiliser lorsqu’elle rencontre des difficultés dans l’allaitement ou dans la prise en charge de son enfant. Anita Mireille Zongo |