
Burkina / Transition agroécologique : Une thèse met en exergue les leviers pour une agriculture plus durableComment favoriser une transition accélérée vers une agriculture plus résistante au Burkina Faso ? La thèse de doctorat de Théodore Nikiéma, présentée dans le cadre du programme PASET/RSIF, porte précisément sur cette question. Cette étude effectuée de 2022 à 2026 souligne les facteurs influents de l’adhésion aux techniques agroécologiques, l’impact de celles-ci sur la sécurité alimentaire des foyers agricoles et le rôle de l’intelligence artificielle dans la supervision de cette transformation. La thèse, soutenue le 27 juillet 2026 à l’Institut de mathématiques et de sciences physiques (IMSP), a été accueillie avec la mention très honorable. Théodore Nikiéma est doctorant en Intelligence artificielle et Data Science. Il a conduit ses travaux au sein de l’université d’Abomey-Calavi (Institut de mathématiques et de sciences physiques-IMSP) et de la University of Greenwich (Natural Resources Institute-NRI), avec le soutien d’une bourse du programme PASET/RSIF financée par la contribution du Burkina Faso. La recherche de Théodore Nikiéma part d’un constat selon lequel : « Les systèmes agricoles actuels montrent de plus en plus leurs limites. De nombreuses études démontrent qu’ils peinent à répondre durablement aux besoins alimentaires d’une population mondiale en constante croissance, tout en préservant les ressources nécessaires aux générations futures. En Afrique subsaharienne, cette situation est aggravée par les effets du changement climatique, la dégradation des terres et la persistance de l’insécurité alimentaire ». Face à ces défis, l’agroécologie apparaît aujourd’hui comme l’une des voies les plus prometteuses vers une agriculture plus résiliente, productive et durable. Pour mener ses travaux, Théodore Nikièma a puisé dans des données de plus de 5 300 exploitations agricoles issues de l’Enquête permanente agricole du Burkina Faso. Cette base a permis d’établir une typologie des exploitations selon leur niveau d’adoption des pratiques agroécologiques. L’analyse révèle qu’à l’échelle nationale, seulement 9 % des exploitations agricoles présentent un niveau élevé de combinaison des pratiques agroécologiques (IC à 95 % : 8 à 11 %). D’après l’étude, il existe d’importantes disparités entre les régions. Les régions du Nord, du Centre-Nord et de l’Est, confrontées à de fortes contraintes pédoclimatiques, affichent des niveaux d’adoption relativement plus élevés que d’autres parties du pays. Des effets positifs sur la sécurité alimentaire L’un des principaux enseignements de la recherche concerne le lien entre agroécologie et sécurité alimentaire. Les résultats montrent que les ménages agricoles ayant adopté un niveau élevé de pratiques agroécologiques sont significativement moins exposés à l’insécurité alimentaire que ceux utilisant principalement des pratiques conventionnelles. Le taux d’insécurité alimentaire est ainsi estimé à 7 % dans les exploitations à forte intensité agroécologique, tandis que dans les exploitations conventionnelles, il est de 15 %. Une différence statistiquement significative (p < 0,05). Ces résultats confortent l’idée que la transition agroécologique peut contribuer non seulement à une gestion plus durable des ressources, mais également à une amélioration des conditions de vie des ménages ruraux. À partir de séries de données de panel et de méthodes de Machine Learning, Théodore Nikiéma a développé un modèle capable de prédire l’évolution future des taux d’adoption des pratiques agroécologiques. Cette approche pourrait permettre de suivre la dynamique de la transition même lorsque les données statistiques les plus récentes ne sont pas encore disponibles. À l’inverse, plusieurs facteurs favorisent cette transition, notamment une meilleure sécurité alimentaire des ménages engagés dans l’agroécologie, le faible coût de la main-d’œuvre familiale et la participation active des producteurs aux organisations paysannes. L’auteur souligne également la nécessité d’intensifier les efforts portant sur l’intégration des arbres dans les systèmes agricoles, les techniques de conservation et de restauration des sols ainsi que la diversification des productions végétales et animales. Pour les travaux futurs, Théodore Nikiéma recommande d’approfondir les recherches sur les mécanismes par lesquels l’agroécologie renforce la résilience face aux changements climatiques. Il souligne également l’importance d’étudier davantage la contribution des jeunes et des femmes à cette transition, ces acteurs jouant un rôle déterminant dans le développement agricole en Afrique. À noter que la soutenance a eu lieu devant un jury présidé par Enoch Achigan, professeur titulaire à l’université d’Abomey-Calavi au Benin. Avec comme rapporteurs Aubin Seogo, maître de conférences agrégé (Université Joseph Ki-Zerbo, Burkina Faso) ; Cokou Patrice Kpade, maître de conférences agrégé (Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, Canada) ; Gérard Gouwakinou, professeur titulaire (Université de Parakou, Benin). Florent Okry, professeur titulaire (Université nationale d’agriculture, Benin) était l’examinateur, Eugène C. Ezin, professeur titulaire (Université d’Abomey-Calavi), Bénin, le directeur de thèse. La thèse a été codirigée par Sylvain Kpenavoun, professeur titulaire (Université d’Abomey-Calavi, Bénin) et Pamela Katic, Associate Professor, University of Greenwich, Royaume-Uni. Lefaso.net |