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Sport : « Notre ambition est de faire flotter le drapeau du Burkina Faso au-delà de nos frontières », Aminata Paré, promotrice de dodgeball

mardi 4 août 2026.

 

Encore peu connu il y a quelques années, le dodgeball s’impose progressivement dans le paysage sportif burkinabè. Vice-champion d’Afrique dès sa première participation continentale et qualifiée pour la prochaine Coupe du monde, la sélection nationale de dodgeball nourrit désormais de grandes ambitions. Aminata Paré, promotrice de la discipline et présidente du comité national provisoire, retrace pour Lefaso.net le parcours du dodgeball, ses défis et les perspectives de son développement.

Lefaso.net : Le dodgeball est une discipline encore peu connue au Burkina Faso. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste ce sport et quelles sont ses principales règles ?

Aminata Paré : Le dodgeball est une discipline sportive endogène communément appelée « la police ou la passe ». C’est un sport qui oppose deux équipes de six joueurs chacune sur un terrain de 18 m sur 9. Lors des projectiles, chaque équipe s’arme de courage pour éliminer le maximum de joueurs du côté adverse avec des lancers potentiels. Ça veut dire que si un adversaire lance le ballon et que l’autre adversaire gobe le ballon, celui qui l’a lancé va lever la main sur le terrain pour sortir et celui qui a gobé va faire entrer un de ses coéquipiers qui était en « prison », sur le terrain.

C’est une discipline sportive très enrichissante avec des valeurs africaines. J’ai commencé la démarche de cette discipline depuis 2023. Il fallait d’abord obtenir l’agrément à l’international.
Après, c’est en 2024 que j’ai introduit ça au niveau du Burkina Faso, d’abord à Bobo-Dioulasso où on a constitué des clubs, une équipe après deux équipes. Après on est venu à Ouagadougou ici et c’est le 6 avril 2025 qu’on a fait le lancement officiel pour pouvoir être dans le calendrier du ministère.

Comment jugez-vous le niveau d’implantation du dodgeball qui est pratiqué au Burkina Faso depuis 2024 ?

Je peux dire Dieu merci parce que je vois que plus de personnes sont en train de s’intéresser à cette discipline sportive. Les jeunes, les travailleurs et de nombreuses autres catégories sociales découvrent progressivement le dodgeball et sont en train de s’y intéresser.
En tout cas une grande partie de la population est en train de s’intéresser à cette nouvelle discipline parce que c’est une discipline sportive qui a bercé l’enfance de beaucoup d’entre nous. Elle nous donne l’impression de revivre notre enfance.

En seulement quelques années, le Burkina Faso est devenu vice-champion d’Afrique en 2025. Comment expliquez-vous cette progression aussi rapide ?

Cette progression s’explique d’abord par le fait que c’est une discipline qui était pratiquée par de nombreuses personnes depuis leur enfance. Beaucoup de joueurs connaissaient déjà les principes du jeu puisqu’ils avaient joué à ce jeu quand ils étaient plus jeunes.

Notre deuxième force réside dans la détermination de nos athlètes. Nous avons participé au Championnat d’Afrique avec une jeunesse consciente, ambitieuse et pleinement engagée. Durant toute la compétition, j’ai senti des joueurs déterminés à défendre les couleurs nationales et à faire flotter le drapeau du Burkina Faso sur la scène internationale. C’est cet état d’esprit, associé au travail et à la discipline, qui nous a permis d’obtenir ce résultat mémorable.

L’équipe nationale est qualifiée pour la prochaine Coupe du monde de dodgeball. Que représente cette qualification pour le Burkina Faso et avec quelles ambitions aborderez-vous cette compétition ?

C’est une grande fierté pour le Burkina Faso. Lorsque l’on voit le parcours accompli en peu de temps, il y a de quoi être fier. Certes, il nous reste encore beaucoup de travail, mais le niveau que nous avons atteint est déjà très encourageant. Cela nous pousse à redoubler d’efforts.

Cette qualification est une source de joie pour nous, mais une joie qui ne doit ni nous faire reculer, ni ralentir, ni nous rendre complaisants. Au contraire, elle doit nous galvaniser davantage, renforcer notre détermination et nourrir notre ambition de continuer à progresser. Notre ambition est de toujours faire flotter le drapeau du Burkina Faso au-delà de nos frontières.

Nous espérons bénéficier de l’accompagnement des autorités afin de réunir toutes les conditions nécessaires à notre participation. De notre côté, nous ferons tout notre possible pour être prêts et représenter dignement le Burkina Faso sur la scène internationale.
Partout où nous passerons, nous voulons que l’on sache que les Burkinabè sont présents, avec leurs valeurs et leur détermination. Telle est notre ambition.

En juillet 2026, le comité national provisoire de dodgeball a organisé pour la première fois son championnat national. Quel bilan tirez-vous de cette première expérience ?

Cette première organisation n’a pas été simple. Je suis une passionnée de sport, mais c’était ma toute première expérience en tant que dirigeante sportive, et également la première fois que j’organisais un championnat national.

Ce fut une nouvelle expérience pour nous tous. Au début ce n’était pas vraiment évident, mais nous rendons grâce à Dieu car malgré toutes les imperfections qu’il a pu avoir, nous avons réussi à tenir le pari de l’organisation de la première édition de notre championnat.

Combien de clubs et de régions pratiquent aujourd’hui le dodgeball au Burkina Faso ?

Aujourd’hui, le Burkina Faso compte 12 clubs de dodgeball : trois à Ouagadougou, trois à Bobo-Dioulasso, trois à Kaya et trois à Kongoussi.
Nous travaillons actuellement à l’implantation de la discipline dans plusieurs autres villes, notamment Houndé, Koudougou, Réo, Dédougou et Banfora. Notre objectif est qu’à l’horizon de la mi-2027, le dodgeball soit présent dans toutes les régions du Burkina Faso.

Nous sommes convaincus que cette discipline peut contribuer à l’éducation et à l’éveil de la jeunesse. Elle favorise le fair-play, l’esprit d’équipe et s’inscrit dans la vision portée par le président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, en matière de conscientisation de la jeunesse.

Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels est confronté le comité provisoire de dodgeball au Burkina Faso ?

Nos défis aujourd’hui concernent le financement et les équipements. Mais ce qui fait aussi la particularité du dodgeball, c’est que ça demande peu de moyens.
L’équipement le plus difficile à obtenir reste le ballon. En dehors de cela, il est possible de pratiquer ce sport avec très peu de ressources.
Le dodgeball peut se jouer presque partout : en salle, en plein air, sur du gazon, sur un terrain en terre, à la plage ou même sur un trampoline.

Aujourd’hui, nous avons surtout besoin d’un accompagnement financier pour mieux structurer nos activités et accélérer le développement de la discipline. Nous sommes également confrontés au manque de terrains dédiés. Certes, ce sport peut être pratiqué dans de nombreux espaces, mais nous avons besoin de lieux accessibles où les passionnés pourraient se retrouver régulièrement, deux ou trois fois par semaine, pour s’entraîner. Cela permettrait aussi aux familles d’y amener leurs enfants et de favoriser la pratique de ce sport.

Le Burkina Faso a été vice-champion d’Afrique de dodgeball pour sa première compétition internationale.

Quelles actions mettez-vous en œuvre pour faire découvrir cette discipline aux jeunes, aux établissements scolaires et au grand public ?

Nous comptons intensifier la promotion du dodgeball dans les établissements scolaires ainsi que dans les quartiers. Les écoles constituent une cible prioritaire, car ce jeu est déjà très apprécié des enfants pendant les récréations. Nous voulons transformer cette activité ludique en une véritable pratique sportive.
Nous souhaitons également développer cette discipline dans les quartiers, notamment pendant les vacances, les congés et les week-ends, lorsque les enfants et les jeunes sont davantage disponibles pour pratiquer des activités sportives.

Nous avons aussi besoin d’un important soutien en matière de communication. L’accompagnement des journalistes et des médias sera essentiel pour faire connaître le dodgeball au grand public. Beaucoup de personnes connaissent déjà ce jeu, souvent appelé « la police ou la passe », sans savoir qu’il est aujourd’hui devenu une discipline sportive reconnue à l’échelle internationale, avec des compétitions nationales et internationales.

Vous êtes également directrice du développement technique du dodgeball en Afrique de l’Ouest. Quelles sont aussi les actions pour l’expansion de ce sport dans les autres pays où il n’est pas encore implanté ?

Le dodgeball est déjà présent au Niger. Tout comme je l’ai introduit au Burkina Faso en 2024 avant son lancement officiel un an plus tard, le Niger suit actuellement cette même dynamique. Nous envisageons d’ailleurs, dans les prochains mois, d’y procéder au lancement officiel de la discipline. En tant que directrice technique du développement du dodgeball au sein de la Confédération africaine et représentante de l’Afrique de l’Ouest, cette mission fait partie de mes priorités.

Au Mali, en revanche, le dodgeball n’est pas encore implanté. Toutefois, nous sommes en discussion avec plusieurs responsables du monde sportif malien. Nous espérons que, dans les mois à venir, cette discipline y verra officiellement le jour.
Notre ambition est également d’organiser, à terme, un championnat de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui réunirait le Burkina Faso, le Mali et le Niger autour d’une compétition de dodgeball. Ce serait une belle vitrine pour le développement de cette discipline dans la sous-région.

Ce qui est intéressant, c’est que, dans tous ces pays, de nombreuses personnes ont pratiqué un jeu similaire durant leur enfance. Nous souhaitons même retrouver son appellation en dioula afin de montrer que cette discipline possède des racines culturelles africaines. L’objectif est de rappeler que ce type de jeu existait déjà en Afrique il y a plus d’un siècle et qu’il faisait partie des loisirs de nos ancêtres.

Quel message souhaitez-vous adresser aux Burkinabè, aux partenaires et aux passionnés de sport pour les inviter à soutenir le développement du dodgeball au Burkina Faso ?

Je dirais que le dodgeball est une discipline sportive très passionnante. On apprend rapidement à y jouer et elle nécessite peu de moyens. Elle peut se pratiquer partout et cultive des valeurs importantes comme l’honnêteté.

Elle développe les réflexes, le mental, l’esprit d’équipe, le fair-play et la cohésion sociale. C’est une discipline sportive qu’il faut, à mon avis, intégrer davantage. En tout cas, c’est mon souhait. S’il y a une possibilité, nous allons nous rapprocher des autorités afin de leur présenter cette discipline.

Je pense sincèrement que le dodgeball devrait être adopté comme une discipline sportive et culturelle dans les écoles. Cela pourrait beaucoup aider les enseignants, les familles et, plus largement, la société, car cette discipline véhicule des valeurs qui, lorsqu’elles sont inculquées aux enfants, peuvent avoir un impact positif sur leur comportement à l’école, à la maison et dans la société de demain.

Le dodgeball porte des valeurs africaines de solidarité, de partage et de cohésion. Elle s’inscrit également dans une vision de développement du sport et de valorisation des disciplines endogènes.
J’invite aussi les partenaires et les sponsors à associer leur image à cette discipline sportive qui représente, à mon sens, l’avenir.

Je profite également de cette occasion pour remercier le ministère des Sports, de la jeunesse et de l’emploi, le Fonds d’appui au sport et à la presse privée, ainsi que les médias, les partenaires et les sponsors qui nous accompagnent depuis le début.

Avez-vous un mot de fin ?

Je remercie beaucoup Lefaso.net de nous avoir offert cette tribune pour faire découvrir la valeur de cette discipline sportive, partager notre passion et montrer notre détermination à contribuer à son développement au Burkina Faso.
Nous avons également à cœur, à travers cette discipline, de continuer à représenter dignement le Burkina Faso lors des compétitions et de faire flotter haut les couleurs nationales.

Interview réalisée par Jean Elysée Nikiéma
Lefaso.net