
Vidéo-verbalisation : Les caméras aiguisent leur regard en attendant de s’attaquer aux motocyclistesDepuis le 1er août 2026, les automobilistes de Ouagadougou savent désormais qu’ils ne sont plus seulement observés par les agents de police postés aux carrefours. Les caméras de vidéo-verbalisation sont entrées en service et enregistrent automatiquement les infractions au code de la route. En quelques heures seulement, plus d’un millier de contraventions ont été relevées, selon le ministre de la sécurité, Mahamadou Sana. Chaque jour à Ouagadougou, le spectacle est le même. Des conducteurs brûlent les feux tricolores, utilisent leur téléphone en circulation, roulent à vive allure dans les zones urbaines ou effectuent des manœuvres dangereuses sans craindre des sanctions. Dans un tel contexte, la vidéo-verbalisation apparaît moins comme une mesure répressive que comme une nécessité. Elle introduit un contrôle permanent là où la présence humaine ne peut être assurée en continu. Contrairement aux contrôles classiques, les caméras ne se fatiguent pas, ne détournent pas le regard. Les statistiques des accidents de la route justifient également cette évolution. Plus de 11 000 accidents, près de 650 décès et environ 9 000 blessés en seulement six mois constituent un bilan suffisamment lourd pour convaincre même les plus sceptiques de la nécessité d’agir. Une technologie qui peut changer les comportements L’expérience de plusieurs pays montre que la certitude d’être sanctionné est souvent plus efficace que la sévérité de la sanction elle-même. Lorsque les usagers savent qu’ils peuvent être identifiés à tout moment, ils modifient progressivement leurs habitudes. La vidéo-verbalisation pourrait ainsi contribuer à instaurer une nouvelle culture routière au Burkina Faso. Une culture fondée sur le respect des règles plutôt que sur la peur d’un contrôle ponctuel. Toutefois, l’efficacité du système dépendra de sa crédibilité. Les citoyens doivent avoir l’assurance que les infractions sont constatées de manière objective et que les procédures de contestation sont transparentes en cas d’erreur. Ne pas s’arrêter aux feux rouges et aux excès de vitesse Si le dispositif cible actuellement certaines infractions majeures, son potentiel est beaucoup plus vaste. Les autorités gagneraient à intégrer progressivement d’autres comportements dangereux qui empoisonnent quotidiennement la circulation. Parmi eux les stationnements anarchiques sur les voies publiques, l’occupation illégale des trottoirs, les dépassements dangereux, la circulation en sens interdit, le non-respect des passages piétons, les chargements dangereux. Dans plusieurs quartiers, ces infractions sont devenues tellement courantes qu’elles semblent parfois tolérées. Pourtant, elles contribuent fortement aux accidents, et aux embouteillages. Le défi des vitres teintées L’un des défis majeurs du système concerne les véhicules dotés de vitres fortement teintées. Si les plaques d’immatriculation permettent d’identifier le propriétaire du véhicule, certaines infractions nécessitent parfois une identification visuelle du conducteur. C’est notamment le cas de l’utilisation du téléphone au volant ou du non-port de la ceinture de sécurité. Les autorités devront donc veiller à l’application stricte de la réglementation relative aux vitres teintées. Les dérogations éventuelles devraient être clairement encadrées et réservées aux situations légalement justifiées. Le risque du retrait des plaques d’immatriculation L’autre menace prévisible concerne les motocyclistes qui pourraient être tentés d’enlever leurs plaques d’immatriculation afin d’échapper à l’identification automatique. Une moto sans plaque ou portant une plaque volontairement masquée devient pratiquement impossible à identifier à distance. Face à ce risque, les contrôles physiques sur le terrain devront accompagner la vidéo-verbalisation. Une sanction particulièrement dissuasive pourrait être appliquée aux conducteurs circulant sans plaque ou avec une plaque volontairement dissimulée. Car retirer sa plaque pour éviter une amende constitue une infraction encore plus grave que celle que l’on cherche à cacher. La vidéo-verbalisation ne résoudra pas à elle seule les problèmes de sécurité routière. Cependant, elle marque un tournant important dans la gestion de la circulation au Burkina Faso. Elle devra s’étendre progressivement à l’ensemble des comportements dangereux qui menacent quotidiennement la vie des usagers. Pour l’instant, beaucoup de motocyclistes observent la vidéo-verbalisation de loin, comme si elle concernait uniquement les automobilistes. Mais bientôt, les caméras élargiront leur champ de vision. Et ce jour-là, les slaloms entre les véhicules ou entre la chaussée et la piste cyclable. Après tout, la route est la même pour tous ; il n’y avait aucune raison que les caméras choisissent un camp. Fredo Bassolé Lire aussi : Incivisme routier : Des livreurs entre pression et imprudence Circulation routière : Lignes continues, discontinues… On joue avec le danger ! Accidents impliquant des cars de transport : La responsabilité que personne ne veut assumer Vos réactions (3) |