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Bobo-Dioulasso : Des jeunes cuisiniers rivalisent de créativité pour valoriser le fonio

lundi 27 juillet 2026.

 

Le projet FonioForce a organisé, le jeudi 23 juillet 2026, la première édition du concours culinaire « Jeunes Cuisiniers du Futur ». L’activité, tenue au Lycée professionnel régional Guimbi Ouattara (LPRGO) de Bobo-Dioulasso, a mis en compétition douze jeunes issus des filières agroalimentaires autour d’un défi : faire du fonio la vedette de créations culinaires innovantes.

Du fonio dans les assiettes, mais surtout de la créativité, de l’audace et de l’innovation. C’est l’esprit qui a prévalu à la première édition du concours culinaire « Jeunes Cuisiniers du Futur », initié par le projet FonioForce, mis en œuvre par AGRODEV SERVICES et ses partenaires. Pendant plusieurs heures, les douze candidats ont rivalisé d’ingéniosité pour proposer des recettes originales à base de cette céréale traditionnelle africaine. Plats lourds, plats légers, desserts et viennoiseries ont ainsi été présentés à l’appréciation d’un jury composé de professionnels de l’agroalimentaire et de la cuisine.

L’objectif de cette initiative est de stimuler la créativité des jeunes futurs professionnels de l’agroalimentaire, tout en contribuant à la promotion de la consommation du fonio. « Nous avons voulu organiser ce concours pour inculquer aux jeunes les valeurs du fonio et les amener à comprendre que c’est une céréale à fort potentiel, surtout économique », a expliqué Estelle Bayala, chargée du suivi-évaluation et de la communication au sein du projet FonioForce.

Plats lourds, plats légers, desserts et viennoiseries ont été ainsi présentés à l’appréciation d’un jury composé de professionnels de l’agroalimentaire et de la cuisine

Une céréale traditionnelle aux multiples potentialités

Longtemps considéré comme une céréale essentiellement traditionnelle, le fonio présente pourtant de nombreux atouts nutritionnels, économiques et environnementaux. Adapté aux conditions climatiques du Sahel, il peut être cultivé sur des sols relativement pauvres et nécessite peu d’intrants chimiques. Naturellement sans gluten, digeste et riche en fibres et en nutriments, le fonio est aujourd’hui présenté comme une véritable « smart food ». Toutefois, sa consommation reste encore limitée par le faible nombre de produits transformés et de recettes innovantes disponibles sur le marché.

Le projet FonioForce a décerné un prix spécial à Yassia Ouédraogo pour son « cake au fonio »

C’est pour répondre à ce défi que le projet FonioForce accompagne notamment des producteurs, des coopératives et 16 entreprises d’agro-transformation dans les régions du Guiriko et des Tannounyan. Grâce à cet accompagnement, le fonio proposé par les entreprises soutenues est désormais nettoyé et lavé selon des standards de qualité améliorés. « Pendant longtemps, la préparation pénible et la présence d’impuretés ont freiné la consommation du fonio. Aujourd’hui, grâce au travail des transformateurs que nous soutenons, nos marchés disposent d’un fonio de qualité premium, parfaitement lavé, dépoussiéré et exempt de sable ou de caillou », a souligné la cheffe du projet FonioForce, Rachel Dayo, dans son allocution.

Le « Panna cotta à la bouillie de fonio » a remporté la première place de la compétition

Des créations qui ont surpris le jury

Pour cette première édition, les candidats étaient invités à concevoir des recettes dans lesquelles le fonio devait constituer l’ingrédient principal. Les créations pouvaient prendre la forme de plats traditionnels revisités, de pâtisseries, de biscuits, de desserts, de boissons ou encore de produits de boulangerie. Les mets ont été évalués selon cinq critères : la valorisation du fonio, l’originalité et l’innovation, la qualité gustative, la faisabilité technique et le potentiel commercial ainsi que la présentation esthétique.

Le projet FonioForce pour valoriser le fonio au Burkina Faso

Président du jury, Salif Guel, professeur d’agroalimentaire, s’est dit particulièrement impressionné par le niveau de créativité des candidats. « Franchement, j’ai été étonné de voir que ces jeunes puissent être aussi créatifs et innovants dans leurs prestations », a-t-il confié. Pour lui, plusieurs des créations présentées pourraient parfaitement trouver leur place dans les restaurants et autres espaces de restauration. Il a d’ailleurs encouragé les candidats à poursuivre dans cette voie et à prendre part à d’autres compétitions culinaires, notamment à la Semaine nationale de la culture (SNC).

Président du jury, Salif Guel, professeur d’agroalimentaire, s’est dit particulièrement impressionné par le niveau de créativité des candidats

Jeanne Doulkom, la reine de la première édition

Au terme de la compétition, c’est Jeanne Doulkom, élève au lycée professionnel régional Guimbi Ouattara, qui s’est adjugé le premier prix avec 91,6 points. Elle a séduit le jury avec sa « Panna cotta à la bouillie de fonio ». Pour réaliser son dessert, la candidate a transformé la bouillie de fonio afin d’obtenir une texture lisse, avant de l’accompagner d’un sirop de tamarin et de fonio caramélisé au miel et au beurre. « Je suis vraiment très contente. Ça n’a pas été facile, car toutes les candidates étaient à la hauteur », a déclaré la lauréate. Elle a également encouragé ses camarades à saisir les opportunités de ce type afin de développer leurs compétences et leur créativité.

Jeanne Doulkom, élève au lycée professionnel régional Guimbi Ouattara, se réjouit de sa victoire

Le deuxième prix est revenu à P. Charlotte Gonro, qui a obtenu 91,2 points grâce à son plat intitulé « Gnon aux boulettes de poisson ». Le troisième prix a été décerné à Abdoul Fataf Ouédraogo, auteur d’un « gâteau moelleux » à base de farine de fonio, avec 91 points. Le prix de l’innovation a été attribué à Grâce-Chalom Ouédraogo pour ses viennoiseries à base de fonio, notamment des pains aux raisins. « Pour moi, c’est un premier pas dans le domaine, mais également un encouragement à me surpasser et à aller au-delà de ce que j’ai pu faire. Ce n’est que le début d’une belle aventure », a-t-elle déclaré.
Face à la qualité des réalisations, le jury a demandé l’instauration d’un prix supplémentaire. Le projet FonioForce a ainsi décerné un prix spécial à Yassia Ouédraogo, pour son « cake au fonio ».

Jeanne Doulkom, élève au lycée professionnel régional Guimbi Ouattara, recevant son prix de la première place

« Tous les candidats ont gagné »

Au-delà du classement, les organisateurs retiennent surtout la qualité des prestations et le potentiel des jeunes participants. « Nous avons été tellement surpris par les talents et les propositions des élèves que nous nous sommes demandé s’il ne fallait pas associer des hôtels et de grands restaurants, parce que les talents sont là », a affirmé Estelle Bayala. Selon elle, les écarts entre les candidats étaient si faibles que le jury a éprouvé de grandes difficultés à les départager. « Tous ont gagné. Nous leur avons dit que c’était un esprit de jeu. Il n’y a pas de mauvais cuisiniers, parce que c’était très difficile de les départager », a-t-elle ajouté.

Selon Estelle Bayala, les écarts entre les candidats étaient si faibles que le jury a éprouvé de grandes difficultés à les départager

Les lauréats ont reçu des récompenses financières et des kits composés notamment de produits à base de fonio. Le premier prix était doté de 125 000 F CFA, le deuxième de 100 000 F CFA, le troisième de 75 000 F CFA et le prix de l’innovation de 50 000 F CFA. Le prix spécial a, quant à lui, été doté de 25 000 F CFA.

Le galap au fonio a séduit les membres du jury

Pour le projet FonioForce, cette compétition constitue une première étape dans la promotion de l’innovation culinaire et de l’entrepreneuriat des jeunes. Elle vise également à démontrer que le fonio peut sortir du cadre des recettes traditionnelles pour investir de nouveaux espaces de consommation et de commercialisation. « Tant que nous pouvons valoriser le fonio et mettre en avant ces talents, nous n’allons pas hésiter », a assuré Estelle Bayala.

Le prix de l’innovation a été attribué à Grâce-Chalom Ouédraogo pour ses viennoiseries à base de fonio, notamment des pains aux raisins

À travers cette initiative, le projet FonioForce entend ainsi contribuer à faire du fonio non seulement une céréale du patrimoine africain, mais également un produit d’avenir, capable de générer de nouvelles opportunités pour les jeunes et de renforcer la transformation locale au Burkina Faso.

Romuald Dofini
Lefaso.net



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