
Les 100 visages du Burkina numérique : Dr Sylvestre Ouédraogo, le pionnier qui a mis le numérique au service du développementLe numérique ne transforme véritablement une société que lorsqu’il améliore la vie des populations. Cette conviction, Dr Sylvestre Ouédraogo en a fait le fil conducteur de toute sa carrière. Depuis plus de trente ans, cet enseignant-chercheur, entrepreneur social et expert en technologies de l’information œuvre à rapprocher les innovations numériques des réalités du développement en Afrique. Bien avant que l’on parle de transformation digitale, de plateformes collaboratives ou d’intelligence collective, il expérimentait déjà les télécentres communautaires, formait les organisations paysannes à l’utilisation des TIC, développait des plateformes de partage de connaissances et démontrait que le numérique pouvait devenir un puissant levier de développement économique, social et territorial. Fondateur de Yam Pukri, directeur régional de l’Institut Panafricain pour le Développement – Afrique de l’Ouest et du Sahel (IPD-AOS), enseignant, chercheur, consultant international et entrepreneur social, il fait partie des personnalités qui ont profondément marqué l’histoire du numérique burkinabè. L’économiste qui a choisi le numérique bien avant la lettre C’est au lycée Philippe Zinda Kaboré qu’il s’est intéressé aux nouvelles technologies grâce au Club jeune Sciences du Lycée devenu plus tard Club Unesco. De simple membre, il fut nommé président du Club de 1983 à 1986 avant d’aller à l’université de Ouagadougou. Contrairement à beaucoup d’acteurs du secteur, Sylvestre Ouédraogo n’est pas issu d’une formation d’ingénieur informatique. Son domaine de spécialisation est l’économie du développement, discipline dans laquelle il obtient un doctorat après un DEA à l’Université de Ouagadougou. Très tôt, il comprend que les technologies numériques ne doivent pas être considérées comme une finalité, mais comme un outil au service du développement humain, de la gouvernance et de la lutte contre la pauvreté. Cette approche, aujourd’hui largement admise sous le concept de TIC pour le développement (ICT4D), était encore peu répandue au début des années 1990. Former les générations qui construiront le numérique Depuis 1994, Dr Sylvestre Ouédraogo enseigne l’économie du développement, l’évaluation de projets, l’informatique et les politiques publiques dans plusieurs établissements d’enseignement supérieur. Il contribue à la formation de milliers d’étudiants, de cadres et de professionnels du développement. Son engagement dans la transmission du savoir dépasse largement les salles de cours. Il a dirigé le Master en management des entreprises de l’économie sociale et solidaire jusqu’en 2017. Il coordonne actuellement plusieurs masters internationaux en partenariat avec le Graduate Institute de Genève et participe depuis plusieurs années à l’enseignement à distance à l’Université Thomas Sankara grâce à l’Institut de Formation Ouverte et à Distance (IFOAD). Là encore, il est parmi les premiers à promouvoir l’enseignement numérique dans les universités burkinabè. Yam Pukri : l’une des premières aventures numériques du Burkina Faso En 1998, alors qu’Internet demeure encore un privilège réservé à une minorité, Sylvestre Ouédraogo fonde Yam Pukri, une association dédiée à la promotion des nouvelles technologies pour le développement. Le nom est aujourd’hui bien connu dans l’écosystème numérique burkinabè. Pendant plus de vingt-cinq ans, Yam Pukri multiplie les initiatives : formation aux TIC, promotion des logiciels libres, inclusion numérique des populations rurales , autonomisation des femmes grâce aux technologies, développement de plateformes collaboratives, accompagnement des organisations paysannes, recherche sur les usages du numérique. Le numérique au service du monde rural L’une des grandes originalités du parcours de Sylvestre Ouédraogo réside dans son engagement en faveur des territoires ruraux. Alors que beaucoup d’initiatives numériques se concentrent sur les grandes villes, il mène de nombreuses études sur les besoins des agriculteurs, des organisations paysannes et des collectivités locales. Il coordonne notamment la cyberstratégie nationale pour le développement des e-services dans le monde rural, réalise plusieurs recherches sur les TIC et l’agriculture, accompagne les organisations de producteurs et pilote des projets destinés à améliorer l’accès aux marchés grâce aux technologies numériques. Pour lui, le numérique doit avant tout réduire les inégalités territoriales. Le bâtisseur de plateformes collaboratives Une autre facette moins connue de son parcours est sa contribution à la gestion des connaissances. Au fil des années, il conçoit ou coordonne la réalisation de nombreuses plateformes numériques destinées à capitaliser les expériences des projets de développement en Afrique de l’Ouest. Ces plateformes permettent aux organisations, aux États et aux partenaires techniques de partager leurs bonnes pratiques, de diffuser leurs résultats et d’améliorer leurs politiques publiques. Dans une époque dominée par les données, cette expertise fait de lui l’un des pionniers burkinabè de la gestion des connaissances numériques. Un expert recherché à l’échelle internationale} Les compétences de Sylvestre Ouédraogo dépassent largement les frontières du Burkina Faso. Depuis plus de vingt ans, il intervient comme consultant auprès de nombreuses organisations internationales : Banque mondiale, GIZ, Enabel, CTA, Fondation Development Gateway, Institut international pour la communication et le développement (IICD), Terre des Hommes, AGRHYMET, ROPPA, Initiative de la Grande Muraille Verte. Ses missions portent sur la digitalisation, les politiques publiques, les plateformes numériques, les compétences digitales, la gouvernance, l’économie sociale et l’évaluation de projets. En 2025 encore, il coordonne plusieurs études internationales consacrées aux compétences numériques, à la cartographie de la digitalisation et aux plateformes régionales de dialogue numérique en Afrique. Chercheur, auteur et éditeur Dr Sylvestre Ouédraogo appartient également à cette génération de chercheurs qui documentent l’histoire du numérique africain. Ses travaux portent notamment sur l’économie numérique, les TIC pour le développement, les logiciels libres, les télécommunications, la fracture numérique, la gouvernance de l’Internet, l’entrepreneuriat social, les organisations paysannes, l’inclusion numérique, l’économie sociale et solidaire. Parmi ses ouvrages les plus connus figure « L’ordinateur et le Djembé : entre rêves et réalités », publié chez L’Harmattan en 2003, l’un des premiers livres consacrés aux défis africains de la société de l’information. À travers les Éditions Y@m, qu’il dirige, il contribue également à diffuser les travaux de chercheurs africains dans les domaines du développement, du genre et des technologies numériques. Un entrepreneur social reconnu Au-delà de l’université et de la recherche, Sylvestre Ouédraogo est aussi un entrepreneur social. Son engagement lui vaut d’être sélectionné en 2010 comme Ashoka Fellow, une distinction internationale qui récompense les entrepreneurs sociaux les plus innovants au monde. Il est également fait Chevalier de l’Ordre national avec agrafe Postes et Télécommunications, en reconnaissance de sa contribution au développement des TIC au Burkina Faso. Cette double reconnaissance témoigne de sa capacité à transformer les idées en actions concrètes au bénéfice des populations. Une vision humaniste du numérique Au fil de son parcours, une constante se dégage : le numérique n’a de sens que s’il améliore les conditions de vie des citoyens. Qu’il s’agisse de former les jeunes, d’accompagner les agriculteurs, de soutenir les femmes entrepreneures, de renforcer les organisations communautaires ou de développer des plateformes collaboratives, Sylvestre Ouédraogo place toujours l’humain au cœur de l’innovation. Cette vision fait aujourd’hui écho aux grands objectifs de Le Faso Digital 2026, qui ambitionne de promouvoir un numérique inclusif, souverain et au service du développement durable. Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ? Parce qu’il est l’un des pionniers des Technologies de l’Information et de la Communication pour le Développement (ICT4D) au Burkina Faso. Parce qu’il a démontré, depuis plus de trois décennies, que le numérique pouvait être un formidable outil de développement économique, social, éducatif et territorial. Et parce que son engagement constant rappelle que la véritable révolution numérique est d’abord une révolution humaine. Pour Sylvestre Ouédraogo, le numérique n’a de valeur que lorsqu’il permet aux femmes, aux hommes et aux communautés de mieux apprendre, mieux produire, mieux collaborer et mieux vivre. Lefasodigital.net Vos réactions (3) |