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Burkina Faso : Comment bâtir un développement inclusif avec une forte participation des femmes à l’économie

mercredi 1er juillet 2026.

 

Mariages précoces, faible accès aux ressources productives, poids des tâches domestiques, inégalités foncières et financières…, autant d’obstacles auxquels sont confrontées les femmes au Burkina Faso. Une situation qui limite leur contribution à l’économie nationale. Pourtant, selon le chapitre 2 de la Note sur la situation économique du Burkina Faso (édition mai 2026) de la Banque mondiale, lever ces barrières constitue l’un des leviers les plus puissants. Et ce, afin d’accélérer la croissance, renforcer la résilience et bâtir un développement plus inclusif. Selon Miriam Muller, spécialiste senior des sciences sociales au sein du pôle mondial d’expertise en pauvreté et équité de la Banque mondiale, renforcer la participation des femmes au développement, est avant tout un impératif économique pour le Burkina Faso.

La question de la participation des femmes à la vie économique du Burkina Faso dépasse largement le cadre de l’égalité entre les sexes. C’est ce qu’estime Miriam Muller, spécialiste senior des sciences sociales au sein du pôle mondial d’expertise en pauvreté et équité de la Banque mondiale. Cela relève avant tout d’un enjeu économique majeur. En s’appuyant sur le cadre de référence de la Banque mondiale qui place l’emploi au cœur du développement, Miriam Muller souligne que le potentiel économique encore sous-exploité des femmes freine la productivité, la compétitivité et la capacité du pays à créer une croissance durable.

7,9% des jeunes filles en couple prennent part aux décisions du ménage

L’analyse met en évidence un constat sans équivoque. Les inégalités commencent très tôt et accompagnent les femmes tout au long de leur parcours de vie. Dès l’adolescence, les possibilités d’accumuler du capital humain sont compromises par les mariages et les grossesses précoces. Plus d’une femme sur trois, âgées de 20 à 24 ans ont été mariées avant leurs 18 ans, tandis que la fécondité des adolescentes demeure particulièrement élevée, notamment dans les régions de l’Est, du Sahel et des Cascades, où se cumulent vulnérabilités économiques et effets de l’insécurité.

Ces réalités ont des conséquences directes sur la scolarisation. Selon la spécialiste senior des sciences sociales au sein du pôle mondial d’expertise en pauvreté et équité, les mariages et les grossesses expliquent une part importante des abandons scolaires chez les filles. À cela s’ajoutent les responsabilités domestiques qui poussent près d’une adolescente sur cinq à quitter l’école pour soutenir sa famille. À ces contraintes s’ajoute une autonomie particulièrement limitée. Seules 7,9% des jeunes filles en couple participent aux grandes décisions du ménage et moins d’une sur cinq décide elle-même des questions liées à sa santé. Cette faible capacité de décision réduit leurs perspectives professionnelles et limite leur insertion future sur le marché du travail.

Environ 17% d’adolescentes victimes de violences physiques

Le rapport souligne également que les violences basées sur le genre continuent d’affecter le développement des jeunes filles. Selon les données de l’enquête démographique et de santé de 2021, près de 17% des adolescentes de 15 à 19 ans ont subi des violences physiques au cours de l’année précédant l’enquête. Si les mutilations génitales féminines connaissent un recul notable chez les nouvelles générations, leur prévalence demeure élevée, signe que les changements de normes sociales restent encore progressifs.

À l’âge adulte, les obstacles évoluent sans disparaître. Le poids des tâches domestiques et des soins non rémunérés constitue l’un des principaux freins à la participation économique des femmes. Elles y consacrent en moyenne près de cinq fois plus de temps que les hommes, avec un pic observé entre 25 et 34 ans, période où les responsabilités familiales sont les plus importantes. Cette charge réduit leurs possibilités de poursuivre des études, de suivre des formations ou d’occuper un emploi rémunéré. Le statut de femme au foyer demeure ainsi l’un des premiers facteurs d’inactivité féminine, une réalité pratiquement absente chez les hommes.

Cette situation contribue à maintenir un nombre important de jeunes femmes hors de l’emploi, de l’éducation ou de la formation. Les écarts avec les hommes apparaissent particulièrement marqués dans les grands centres urbains, notamment à Bobo-Dioulasso, où les différences dépassent largement la moyenne nationale.

L’éducation, un facteur d’émancipation pour la femme

Le rapport met aussi en lumière le rôle déterminant de l’autonomie économique. Les violences à l’égard des femmes restent fréquentes et les décisions relatives aux revenus demeurent souvent contrôlées par le conjoint, surtout en milieu rural. L’éducation apparaît toutefois comme un puissant facteur d’émancipation. Plus le niveau d’instruction progresse, moins les femmes subissent ce contrôle. Dans le secteur agricole, les droits fonciers renforcent également leur autonomie. Les exploitantes qui disposent d’un droit sécurisé sur leurs terres contrôlent davantage les revenus issus de leurs récoltes que celles qui en sont dépourvues.

Miriam Muller, spécialiste senior des sciences sociales au sein du pôle mondial d’expertise en pauvreté et équité de la Banque mondiale lors de la dissémination de la Note économique du Burkina Faso (édition mai 2026)

L’étude montre par ailleurs que la participation des femmes au marché du travail dépend de plusieurs facteurs, notamment le niveau d’instruction, l’âge, la situation matrimoniale et les responsabilités familiales. Si une scolarisation partielle favorise généralement l’accès à l’emploi, les femmes les plus diplômées rencontrent souvent des difficultés à trouver des emplois correspondant à leurs qualifications, les conduisant parfois à rester temporairement en dehors du marché du travail.

17,3% des femmes possèdent un compte financier

Dans le secteur agricole, pilier de l’économie burkinabè, bien que les femmes représentent près de six exploitants agricoles sur dix, elles cultivent des superficies environ quatre fois plus petites que celles des hommes et très peu disposent de droits fonciers sécurisés. Elles accèdent également moins souvent aux terres les plus fertiles, à l’irrigation, aux engrais, aux produits phytosanitaires ou encore aux semences améliorées. Autant de facteurs qui limitent leur productivité et par ricochet, celle de l’ensemble du secteur agricole.

L’accès aux services financiers demeure lui aussi un défi majeur. À peine 17,3% des femmes possèdent un compte financier, contre plus d’un tiers des hommes. Les disparités sont encore plus prononcées en milieu rural, où les services bancaires restent très peu accessibles. Le développement du mobile money améliore progressivement l’inclusion financière, mais les écarts entre hommes et femmes persistent dans toutes les catégories de territoire.

Libérer un important potentiel de croissance

Par cette analyse, Miriam Muller défend une conviction forte. Promouvoir la participation économique des femmes ne constitue pas seulement une exigence d’équité sociale, mais un véritable investissement dans l’avenir économique du Burkina Faso. Améliorer l’accès des filles à l’éducation, retarder les mariages précoces, réduire le poids des tâches domestiques, sécuriser les droits fonciers des femmes, faciliter leur accès au financement et renforcer leur autonomie décisionnelle sont autant de réformes susceptibles de libérer un important potentiel de croissance.

En donnant pleinement aux femmes les moyens de participer à la vie économique, le Burkina Faso disposerait d’un levier stratégique pour accroître sa productivité, renforcer sa résilience face aux crises et accélérer son développement inclusif.

Hamed Nanéma
Lefaso.net