AES : Les ministres de l’industrie et du commerce posent les jalons d’une intégration économique plus ambitieuse
mardi 16 juin 2026.
Réunis à Ouagadougou pour la quatrième rencontre, les ministres chargés de l’Industrie, du Commerce et du Secteur privé de la Confédération des États du Sahel (AES) ont franchi une nouvelle étape dans la construction de la souveraineté économique confédérale. Entre évaluation des acquis, adoption de nouvelles mesures structurantes et engagement en faveur d’une industrialisation fondée sur la transformation locale des ressources, les travaux ont débouché sur plusieurs décisions destinées à accélérer l’intégration économique de l’espace sahélien.
Cette rencontre intervient après les travaux préparatoires des experts tenus les 13 et 14 juin et a réuni les délégations du Burkina Faso, du Mali et du Niger avec pour but de transformer les orientations politiques des chefs d’État en actions concrètes au service du développement économique de l’espace confédéral. Les travaux ont été officiellement ouverts par le Premier ministre du Burkina Faso, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, le 15 juin 2026. Dans son allocution, le chef du gouvernement burkinabè a donné le ton d’une rencontre placée sous le signe de l’action et des résultats. Selon lui, le moment est venu pour l’AES de franchir un nouveau palier en passant des engagements politiques à des réalisations visibles pour les populations. « Cette rencontre marque un tournant décisif : celui de passer des engagements aux actes avec des résultats visibles sur le terrain », a-t-il déclaré devant les ministres, les experts et les représentants du secteur privé.
Le Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, a invité les participants à concentrer les débats sur l’industrialisation endogène, sur la fluidification du commerce intra-AES et sur l’harmonisation des textes
Pour le Premier ministre, l’industrie et le commerce constituent les principaux leviers de l’indépendance économique de la Confédération. Il a ainsi invité les participants à concentrer leurs réflexions sur trois chantiers majeurs. « Le premier concerne l’industrialisation endogène afin de mettre fin à l’exportation brute des matières premières. Dans cette dynamique, il a réaffirmé la vision portée par les autorités de l’AES : produire ce que nous consommons et consommer ce que nous produisons. Le deuxième chantier porte sur la fluidification des échanges commerciaux au sein de l’espace confédéral. L’objectif est de bâtir un marché sahélien intégré où les opérateurs économiques peuvent circuler et commercer sans entraves administratives, sans tracasseries et sans pratiques illicites. Enfin, le troisième chantier vise l’harmonisation des textes réglementaires afin de lutter efficacement contre la concurrence déloyale et de protéger les industries naissantes contre les perturbations extérieures », a-t-il indiqué.
Le chef du gouvernement a également salué la vision des chefs d’État de l’AES, notamment le capitaine Ibrahim Traoré, président en exercice de la confédération, le général d’armée Assimi Goïta du Mali et le général d’armée Abdourahamane Tiani du Niger.
Présent à la cérémonie d’ouverture, le président de la Commission nationale de la Confédération des États du Sahel (CN-CES), Bassolma Bazié, s’est félicité de la continuité de ce cadre de concertation. Il a souligné l’importance du dialogue entre les pouvoirs publics et les acteurs économiques pour bâtir une intégration solide et durable.
Les échanges entre le président du Faso et les ministres de l’AES ont porté sur la lutte contre la fraude, la facilitation des échanges, l’attractivité des investissements, la transformation des productions agricoles
Des décisions concrètes pour accélérer l’intégration économique
Les travaux ont permis aux ministres d’examiner l’état de mise en œuvre des recommandations issues de la précédente rencontre tenue à Niamey. Les discussions se sont articulées autour de plusieurs axes stratégiques, notamment le développement industriel, la compétitivité du secteur privé, l’amélioration du climat des affaires, l’attractivité des investissements, la facilitation des échanges commerciaux, la normalisation des produits ainsi que la lutte contre la fraude et la concurrence déloyale. Les participants ont procédé à une évaluation du niveau d’exécution du plan d’action prioritaire ainsi que des actions inscrites dans la feuille de route définie par les chefs d’État de la Confédération.
À l’issue des travaux, plusieurs documents structurants ont été adoptés. Parmi eux figurent l’état de mise en œuvre du plan d’action prioritaire actualisé, les termes de référence relatifs à l’élaboration d’une directive visant à harmoniser et renforcer le cadre d’attractivité des investissements dans l’espace AES ainsi qu’une décision consacrée à la lutte contre la fraude et la concurrence déloyale dans les secteurs du commerce et de l’industrie.
Serge G. Poda, ministre de l’industrie, du commerce et de l’artisanat du Burkina, Abdoulaye Seydou, ministre du commerce et de l’industrie du Niger, et Moussa Allasane Diallo, ministre de l’industrie et du commerce du Mali, se sont dits satisfaits des conclusions des travaux
Les ministres ont également adopté une décision portant création d’un cadre de concertation destiné à mettre en place une infrastructure qualité commune à la Confédération. Cette initiative devrait permettre de renforcer les mécanismes de certification, de normalisation et de contrôle de qualité des produits fabriqués dans l’espace AES. Autre sujet majeur abordé lors de cette rencontre : la création d’une centrale d’achat pour les produits de première nécessité. Cette structure devrait contribuer à sécuriser l’approvisionnement des pays membres tout en améliorant les conditions d’accès aux produits essentiels pour les populations. Les ministres ont en outre pris note des conclusions issues des travaux des offices céréaliers et des organisations du secteur privé. Ils ont encouragé les acteurs économiques à poursuivre l’opérationnalisation des accords déjà conclus afin de renforcer les synergies entre les entreprises des trois pays.
Après l’ouverture de la rencontre, les ministres ont été reçus en audience par le président du Faso et président de la Confédération des États du Sahel, le capitaine Ibrahim Traoré. À cette occasion, la délégation ministérielle a présenté au Chef de l’État le bilan des actions engagées depuis l’entrée en vigueur du Traité instituant l’AES ainsi que l’état d’avancement des orientations stratégiques définies par les trois Chefs d’État.
Plusieurs personnalités du secteur privé et industriel de l’AES ont pris part à la rencontre
« L’AES ne peut pas être simplement un espace où nos frontières se rapprochent sur les cartes », Aboubakar Nakanabo à la clôture
Les travaux de cette 4ᵉ rencontre se sont achevés dans la soirée du 15 juin sous la présidence du ministre de l’Économie et des Finances du Burkina Faso, Aboubakar Nacanabo. Le ministre a salué la qualité des échanges et l’engagement des différentes délégations. Pour lui, les débats ont permis d’identifier les actions prioritaires devant accélérer l’intégration économique de la Confédération. « Les orientations dégagées sont claires : renforcer notre tissu industriel, transformer davantage nos ressources localement, fluidifier les échanges commerciaux et créer un environnement propice aux investissements productifs », a-t-il souligné.
Il a insisté sur la nécessité pour les États de l’AES de rompre avec les schémas économiques hérités de plusieurs décennies d’exportation de matières premières non transformées. « Nos matières premières ont suffisamment voyagé. Il est temps qu’elles cessent d’être de simples voyageuses de passage pour devenir chez nous des créatrices d’emplois, de richesses et d’opportunités pour notre jeunesse », a-t-il déclaré. Aboubakar Nacanabo a également rappelé que l’intégration économique ne saurait se limiter à des rapprochements institutionnels ou géographiques. « L’AES ne peut pas être simplement un espace où nos frontières se rapprochent sur les cartes. Elle doit devenir un espace où nos économies se rapprochent dans les faits », a-t-il insisté, invitant les administrations à traduire rapidement les résolutions adoptées en actions concrètes. « Le véritable succès de notre coopération ne sera pas mesuré au nombre de réunions que nous avons tenues, mais au nombre d’emplois créés, d’entreprises développées, de produits transformés localement et d’opportunités offertes à notre jeunesse », a-t-il ajouté avant de clore les travaux.
Pour sa part, le ministre burkinabè de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat, Serge Gnaniodem Poda, s’est réjoui de la qualité des travaux réalisés aussi bien par les experts que par les ministres. « Les décisions et les recommandations adoptées traduisent sans aucun doute notre volonté commune de faire de l’AES un espace de production, de transformation, d’échange, de création de richesses et d’emplois pour nos populations », a-t-il fait savoir. Le ministre a salué les contributions des délégations du Mali et du Niger ainsi que le travail des experts qui a permis d’aboutir à des documents consensuels dans des délais relativement courts. Selon lui, les conclusions de la rencontre constituent une réponse concrète aux aspirations des populations à davantage de souveraineté économique et de prospérité partagée. « À la fin de ces travaux, nous affirmons notre détermination à traduire sans délai nos engagements en actions concrètes conformément aux orientations du président de la Confédération des États du Sahel », a-t-il assuré.
« Les décisions et les recommandations adoptées traduisent à un point douter notre volonté commune de faire de l’AES un espace de production, de transformation, d’échange, de création de richesses et d’emplois pour nos populations », a indiqué Serge Gnaniodem Poda
Les ministres du Mali et du Niger ont d’ailleurs adopté une motion de félicitations à l’endroit de Serge Gnaniodem Poda pour la qualité de l’organisation de la rencontre et la bonne conduite des travaux. Ils ont également exprimé leur gratitude au président du Faso, au gouvernement et au peuple burkinabè pour l’accueil réservé aux différentes délégations. Au-delà des résolutions techniques et des décisions administratives, cette quatrième rencontre aura surtout confirmé une orientation politique forte : faire de l’intégration économique le second pilier de la souveraineté de l’AES après la coopération sécuritaire. Les trois États entendent désormais accélérer la transformation locale de leurs ressources, soutenir l’émergence d’un secteur privé compétitif et créer un marché confédéral capable de répondre aux besoins des populations.
Dans un contexte marqué par les défis sécuritaires, les mutations géopolitiques et les exigences de développement, Ouagadougou a servi de cadre à une nouvelle étape de la construction de l’espace économique sahélien. Une étape que les ministres veulent désormais traduire en réalisations concrètes, afin que les bénéfices de l’intégration soient perceptibles dans les usines, les exploitations agricoles, les marchés et le quotidien des populations du Burkina Faso, du Mali et du Niger.
Farida Thiombiano
Lefaso.net
Vos réactions (1)
par kwiliga, 17 juin 07:49
"Le véritable succès de notre coopération ne sera pas mesuré au nombre de réunions que nous avons tenues, mais au nombre d’emplois créés, d’entreprises développées, de produits transformés localement et d’opportunités offertes à notre jeunesse », a-t-il ajouté avant de clore les travaux"... et de fixer la date de la prochaine réunion...? "Des décisions concrètes pour accélérer l’intégration économique", mais lesquelles ? Si ce n’est la création d’une centrale d’achat, on n’apprend rien de nouveau... Cesser d’exporter nos matières premières, industrialiser, créer localement de la valeur ajoutée... sont des principes essentiels à notre développement, mais les ressasser n’apporte rien de neuf si l’on ne précise pas comment on compte s’y prendre... Bon, on verra à la prochaine réunion...