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Burkina : ACONTA invite les parents à redoubler de vigilance face aux dangers des nouveaux produits du tabac

lundi 1er juin 2026.

 

Chaque 31 mai, la communauté internationale célèbre la Journée mondiale sans tabac, une occasion pour attirer l’attention sur les conséquences sanitaires et socio-économiques du tabagisme. Au Burkina, pour marquer cette date, l’association Afrique contre le tabac (ACONTA) a, avec ses partenaires, animé une conférence de presse, le dimanche 31 mai 2026 à Ouagadougou, pour attirer l’attention sur les dangers du tabac et des produits contenant de la nicotine. L’organisation a saisi l’occasion également pour inviter les parents à redoubler de vigilance face aux stratégies mises en place par l’industrie du tabac pour influencer les comportements des jeunes et encourager leur entrée dans la consommation.

« Démasquons les tactiques de séduction : Luttons contre la dépendance à l’égard du tabac et contre l’addiction nicotinique » ; tel est le thème retenu pour la célébration de l’édition 2026 qui met en exergue les stratégies de marketing de plus en plus sophistiquées utilisées par l’industrie du tabac pour attirer de nouveaux consommateurs, notamment les jeunes, les femmes et les groupes vulnérables, y compris les enfants, dévoile le coordonnateur d’Afrique contre le tabac (ACONTA), Adama Zango.

« Ces pratiques sont interdites au Burkina Faso et la loi n° 040 -2010/AN du 25 novembre 2010 portant lutte contre le tabac au Burkina Faso dispose en son article 16 que la publicité y compris la publicité transfrontalière et la promotion directes et indirectes, sous quelque forme que ce soit en faveur du tabac et des produits du tabac, sont interdites… », a-t-il rappelé.

Le coordonnateur d’ACONTA, Adama Zango, encadré de membres de son équipe, Anselme Compaoré et Kelly Ouédraogo, satisfaisant à une interview en langue nationale mooré, à l’issue de la conférence.

Selon cette organisation de la société de lutte anti-tabac et ses partenaires, malgré les progrès réalisés dans la lutte antitabac, dont l’adoption des décrets sur l’emballage neutre des produits du tabac, l’interdiction de fumer dans les lieux publics clos ou ouverts et dans les transports en commun, le système de marquage, d’authentification, de suivi et de traçabilité des produits du tabac et des nouveaux produits du tabac fabriqués ou importés au Burkina, l’inquiétude se fait sentir avec l’émergence de nouveaux produits nicotiniques, souvent présentés comme modernes, innovants ou moins nocifs. « Ces produits sont fréquemment accompagnés de campagnes publicitaires attrayantes, de saveurs séduisantes, d’emballages colorés et d’une forte présence sur les réseaux sociaux. Derrière cette apparence séduisante se cache une réalité préoccupante : la dépendance à la nicotine demeure un risque majeur pour la santé », regrettent ACONTA et ses partenaires, rappelant que la consommation du tabac et des produits nicotiniques constitue l’une des principales causes évitables de maladies et de décès prématurés dans le monde.

ACONTA et ses partenaires entendent resserrer davantage les rangs pour une synergie d’action autour de cette lutte pour la préservation de la santé des populations.

Mention spéciale aux forces de l’ordre pour les contrôles dans les bars, maquis, lieux publics

Face à cette situation, les conférenciers félicitent et encouragent les pouvoirs publics dans l’application effective des lois et réglementations relatives à la lutte antitabac. « Nous voyons dans les médias le travail remarquable de nos forces de l’ordre qui font des contrôles dans les bars et maquis contre l’interdiction de fumer dans les lieux publics », ont-ils salué.

Ils exhortent également les parlementaires à poursuivre leurs efforts en faveur des politiques publiques protectrices des populations contre les stratégies d’influence de l’industrie du tabac. « C’est l’occasion pour ACONTA et ses partenaires de louer le travail très apprécié du réseau des parlementaires burkinabè en santé, population et développement, qui s’est engagé à mettre en œuvre des actions en faveur de la santé publique par la lutte contre le tabac et les produits du tabac », a porté Adama Zango.

Les conférenciers encouragent en outre les établissements scolaires et universitaires à intensifier les actions d’information et de sensibilisation auprès des jeunes, élèves et étudiants et les médias à continuer à jouer leur rôle essentiel dans l’éducation citoyenne. Ils galvanisent, par ailleurs, les organisations de la société civile à davantage unir les efforts pour constamment plaidoyer auprès des décideurs et à surveiller les actions de l’industrie du tabac.

L’occasion a également été propice pour ACONTA de remettre à chacune des organisations partenaires, un rapport sur l’indice d’ingérence de l’industrie du tabac, édition 2025, rendu public le 24 avril 2026.

A en croire ces responsables d’organisations de lutte, l’industrie œuvre à affaiblir les politiques de lutte antitabac au Burkina, notamment en rusant avec les textes législatifs et règlementaires.
« On a souvenance que récemment la Cour d’appel de Ouagadougou a condamné l’industrie du tabac pour violation de la règlementation sur la publicité du tabac et des produits du tabac. En effet, la publicité du tabac vise l’augmentation des ventes du tabac et des produits du tabac y compris la cigarette électronique, l’initiation des jeunes au tabagisme, la diminution de l’envie d’arrêter de fumer et la rechute d’anciens fumeurs. Et la conséquence directe, c’est l’augmentation des victimes du tabac, si l’on sait que la consommation de tabac est à l’origine de 3 286 décès par an au Burkina Faso, selon the Tobacco Atlas (Burkina Faso|Atlas du tabac) », illustrent-ils, insistant que le marketing (publicité, promotion et parrainage du tabac) est la principale voie qu’utilisent les compagnies de tabac au Burkina pour toucher les consommateurs, nouveaux et anciens.

« Donc, interdire le marketing, la publicité et la responsabilité sociale des entreprises dans le projet de loi révisé portant lutte contre le tabac permettrait de renforcer la règlementation sur la publicité du tabac, préserver les acquis de la règlementation existante et de sauver des vies car selon le dossier d’investissement pour la lutte antitabac au Burkina Faso. (…). C’est pourquoi, nous invitons les parents et les communautés à protéger les enfants et les adolescents contre les dangers de la nicotine et du tabac. En effet, nos enfants consomment les cigarettes électroniques qui se déclinent en trois grands formats. Les modèles "Bic" ou Tube qui sont fins et légers, pour recruter les débutants. Les modèles "Briques" (ou Box) sont faits pour inhaler de grosse vapeur. Les modèles "Jouet" (ou Puffs/Pods) sont compacts, colorés, souvent jetables et très faciles à utiliser. Les enfants les utilisent facilement à l’insu des parents qui les confondent à des objets classiques sans danger. C’est pourquoi, ACONTA se joint aux autres acteurs de la société civile pour plaider en faveur de l’interdiction des nouveaux produits du tabac dans le projet de loi révisé portant lutte contre le tabac », a mis à nu Adama Zango, réaffirmant leur engagement à soutenir les actions visant à prévenir l’initiation au tabagisme, à accompagner les fumeurs désireux d’arrêter de fumer.

Le coordonnateur d’ACONTA, Adama Zango (3è à partir de la droite), livrant la déclaration luminaire.

Hommage au pneumologue Pr Georges Ouédraogo

« Sur ce point, c’est encore l’occasion pour nous, acteurs de la société civile, de féliciter et de reconnaître les efforts de notre gouvernement de disposer d’une unité de sevrage tabagique, premier du genre en Afrique de l’Ouest. Cette unité a été rebaptisée avant-hier, le 29 mai 2026 par arrêté du ministre de la santé en ‘’Unité de sevrage tabagique Pr Georges Ouédraogo’’ en hommage à ce pneumologue qui a consacré une partie de sa vie à lutter contre le tabac et partant à sauver des milliers de vies. Reposez en paix, Pr Georges Ouédraogo, nous n’oublierons pas ce que vous nous avez légué et nous continuerons la lutte pour une génération sans tabac au Burkina Faso », se sont-ils inclinés.

Au-delà, la « bonne nouvelle » est, selon M. Zango, la consécration du Burkinabè Dr Mathurin Narcisse Naré, médecin en santé publique, ancien point focal de la lutte antitabac en 2010, et ancien chargé de mission du ministre de la santé, Dr Robert Kargougou. En effet, Dr Naré est lauréat du prix de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la journée mondiale sans tabac 2026. « Dans la région africaine de l’OMS, il y avait certainement plusieurs candidats, et notre compatriote fait partie des cinq lauréats qui ont obtenu le prix. Ce qui prouve que des hommes valeureux au Burkina sont convaincus que protéger la santé publique, c’est aussi lutter contre la consommation du tabac et des produits du tabac. A travers ce prix, c’est le gouvernement du Burkina Faso et tous les Burkinabè qui sont honorés en Afrique et dans le monde ; d’où l’importance de combattre l’ingérence et les actions malsaines de l’industrie du tabac pour saper les efforts du gouvernement et des acteurs de la société civile engagés dans la lutte antitabac », a confié le coordonnateur d’ACONTA.

Les conférenciers plaident donc pour l’adoption du projet de loi contre le tabac au Burkina Faso, l’application effective du décret sur l’emballage neutre des produits du tabac, l’adoption du projet de décret sur la prévention de l’ingérence de l’industrie du tabac au Burkina Faso et l’adoption de la règlementation sur les points de vente du tabac et des produits du tabac.

O.L
Lefaso.net