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Danse : Douze jeunes chorégraphes expriment leur rêve et leur amour à travers le ballet Dounia

lundi 27 avril 2026.

 

Sur scène, les corps parlent avant les mots. Ils racontent des histoires de mémoire, de lutte, d’espoir et de devenir. À travers le ballet Dounia, porté par le Centre de développement chorégraphique (CDC) La Termitière, la danse contemporaine burkinabè s’affirme une fois de plus comme un espace de transmission, d’expérimentation et d’engagement social. Deux créations majeures ont structuré cette aventure artistique : D’un rêve, œuvre emblématique de Salia Sanou, et Champs d’Amour, une pièce originale ancrée dans les réalités contemporaines du Burkina.

Entre le 2 et le 27 février 2026, une première phase a permis aux interprètes de s’immerger dans l’univers de D’un rêve. Encadrés par le danseur et chorégraphe Ousseni Dabare, avec la collaboration du chorégraphe Idrissa Kafando, les jeunes artistes ont bénéficié d’un travail rigoureux de transmission du répertoire de Salia Sanou. Cette étape essentielle visait à restituer non seulement les gestes, mais aussi l’intention profonde de l’œuvre.

Inspirée de la célèbre phrase de Martin Luther King « Ne cherchons pas à satisfaire notre soif de liberté en buvant à la coupe de l’amertume et de la haine », la pièce déploie une chorégraphie lumineuse, pensée comme une comédie dansée. À travers une interaction étroite entre danse, chant et musique, Salia Sanou, danseur et chorégraphe, propose une réflexion sur le corps noir dans sa dimension universelle. « Où en sommes-nous du “je” et du “nous” ? De nos rêves communs ? », interroge-t-il. La scène devient alors un espace de traversée, où le passé et le présent dialoguent pour mieux questionner les utopies de liberté et d’égalité.

Ils sont au nombre de 12 à s’être exprimés à travers leurs corps ce 23 avril à la CDC La Termitière

Une seconde phase du projet de danse a donné naissance à Champs d’Amour, une création originale portée par Idrissa Kafando et la danseuse et chorégraphe Salamata Kaboré. Dans un contexte national marqué par des défis sécuritaires et sociaux, cette œuvre se veut une réponse artistique engagée. À la croisée de la danse, de la musique et du slam, Champs d’Amour explore les thématiques du vivre-ensemble, de la tolérance et du respect mutuel. Le spectacle puise dans les traditions et les rythmes burkinabè tout en s’inscrivant dans une écriture contemporaine. Pensée comme une création itinérante, la pièce ambitionne d’aller à la rencontre des publics sur l’ensemble du territoire, transformant chaque représentation en un moment de dialogue et de reconstruction du lien social.

Pour Salia Sanou, directeur du CDC La Termitière, le ballet Dounia dépasse le simple cadre artistique. « C’est une cellule d’insertion professionnelle », explique-t-il. Destiné aux jeunes sortant des grandes écoles de danse, le projet leur offre un espace de transition vers le monde professionnel. « L’école est un lieu d’apprentissage. Mais après, il faut entrer dans le champ professionnel. Le ballet leur permet d’ouvrir cette porte », souligne-t-il. Le chorégraphe insiste également sur la portée des œuvres présentées. Champs d’Amour, selon lui, évoque à la fois les territoires que nous habitons et les élans qui nous élèvent. « C’est une thématique abordée avec le prisme de la jeunesse, de l’avenir et de la résilience », précise-t-il. Quant à D’un rêve, il s’inscrit dans une réflexion plus large sur la condition du corps noir dans le monde contemporain. « Le corps noir peut raconter beaucoup de choses. Il est intelligent. Le projet appelle à lui donner toute sa place », affirme-t-il.

Salia Sanou, danseur et chorégraphe, est à l’origine du projet de ce ballet Dounia

Sur scène, cette vision prend vie à travers l’engagement des interprètes. Hortense Ouédraogo, danseuse formée au CDC La Termitière, témoigne de l’intensité de l’expérience. « C’est toujours un plaisir de prendre la parole avec le corps. J’ai aimé faire partie de cette aventure », confie-t-elle. Pour elle, Champs d’Amour incarne une dynamique collective tournée vers l’acceptation de l’autre et la réconciliation. « On y voit l’amour, la résilience, le fait d’aller ensemble », ajoute-t-elle.

Au-delà de la performance artistique, le projet a également reçu l’adhésion des autorités culturelles. Représentant le ministère de la Culture, la chargée de mission Marguerite Doannio s’est réjouie de cette initiative qui permet à la jeunesse de s’exprimer et de s’insérer dans le paysage professionnel. Dans un contexte où la question de l’identité culturelle est centrale, le ballet apparaît comme une action concrète de valorisation des talents nationaux. « La souveraineté culturelle passe par des actions comme celle-ci », a-t-il affirmé, saluant l’engagement du CDC La Termitière et le soutien des partenaires, notamment l’État burkinabè et la coopération suisse. Pour lui, les spectacles présentés témoignent du potentiel des écoles de formation en danse au Burkina Faso. « Nous avons vu l’énergie sur scène, l’expression corporelle, l’engagement. La preuve que cette jeunesse est prête à relever les défis », a-t-il conclu.

Le ballet Dounia veut s’imposer comme un espace de convergence entre transmission, création et engagement citoyen. Il révèle une jeunesse artistique en quête de sens, capable de transformer les réalités sociales en langage chorégraphique. Entre mémoire et projection, entre héritage et innovation, ces danseurs incarnent une parole vivante, portée par le mouvement.

Farida Thiombiano
Lefaso.net