
Burkina Faso : Le projet “BIIG-YI-NEERE” s’achève avec un héritage durable pour la protection de l’enfanceAprès cinq années d’intenses activités, le projet “BIIG-YI-NEERE’’, consacré à la prévention et à la lutte contre les violences sexuelles et sexistes à l’égard des enfants, s’est officiellement achevé. L’atelier national de clôture s’est tenu ce mardi 14 avril 2026, à Ouagadougou, sous la présidence de Windkouni Benjamin Ouédraogo, représentant le secrétaire général du ministère de la Famille et de la Solidarité. La rencontre a rassemblé divers acteurs issus des six ministères partenaires du Bureau international des droits des enfants (IBCR), dont ceux en charge de la Sécurité, de la Défense, de la Justice et de la Santé, ainsi que les membres des associations et des réseaux de protection de l’enfant. Derrière cette fin de cycle de ce projet financé par Affaires mondiales Canada (AMC), se dessine un parcours riche, engagé et profondément transformateur. Mis en œuvre entre 2021 et 2026, le projet BIIG-YI-NEERE s’est appuyé sur un diagnostic approfondi de la situation des enfants au Burkina Faso, mettant en lumière l’ampleur des violences, notamment sexuelles et sexistes, auxquelles ils sont exposés. Fort de ce constat, le projet s’est inscrit dans les priorités nationales pour renforcer durablement le système de protection de l’enfance. Sur le terrain, les actions ont été multiples et structurantes. Six ministères clés en charge respectivement de la Famille, de la Sécurité, de la Défense, de la Justice, de l’Éducation, et de la Santé, ont été mobilisés, impliquant ainsi des professionnels issus de divers secteurs étatiques. Parallèlement, les associations et réseaux de protection de l’enfant ont bénéficié d’un accompagnement soutenu, marqué par des formations, l’élaboration de procédures sectorielles et la mise à disposition d’outils pédagogiques adaptés. Une dynamique inclusive qui a permis de fédérer les acteurs autour d’une vision commune, celle d’une meilleure prise en charge des enfants.
« BIIG-YI-NEERE a permis de développer chez les enfants des capacités de communication, l’esprit d’initiatives, et le sens des responsabilités », Lara Pocock, représentante de la directrice générale du Bureau international des droits des enfants (IBCR)
L’une des innovations majeures du présent projet réside justement dans la place accordée aux enfants eux-mêmes. Loin d’être de simples bénéficiaires, ils ont été au cœur du dispositif. À travers un processus d’autonomisation, leur permettant de devenir de véritables acteurs de leur propre protection. Leur participation active, notamment au sein du comité consultatif du projet, illustre une approche participative saluée par l’ensemble des parties prenantes. « Ce projet pour les enfants ne s’est pas fait sans eux », a insisté Lara Pocock, représentant la directrice générale de l’IBCR à l’évènement national de clôture. Dans son allocution, elle a mis en avant les retours positifs enregistrés tant auprès des bénéficiaires directs que des acteurs impliqués.
Une réussite collective qui repose également sur une démarche de co-construction, impliquant institutions publiques, acteurs communautaires et partenaires techniques. 11 082 personnes touchées par le projet BIIG-YI-NEERE Selon la représentante pays du Bureau international des droits des enfants au Burkina Faso, Ndeye Astou Fall, ce sont au total 11 082 personnes qui ont directement bénéficié des actions du projet. Ce chiffre témoigne non seulement de la portée des activités déployées notamment dans les villes de Koudougou, Kaya, Ouagadougou, Ouahigouya, Dédougou, et Bobo Dioulasso, mais aussi de la volonté du projet d’agir simultanément sur les différents maillons du système de protection de l’enfant.
« En 5 ans de mise en œuvre, BIIG-YI-NEERE a bénéficié à 2 711 femmes, 5 365 hommes, 1 783 filles et 1 163 garçons, illustrant une approche inclusive qui a su toucher à la fois les adultes et les enfants », Ndeye Astou Fall, représentante pays de l’IBCR au Burkina Faso
Sur le plan opérationnel, des avancées structurantes ont également été enregistrées. Pas moins de onze procédures standardisées et un mode opératoire multisectoriel ont été élaborés, dont six spécifiquement dédiés aux secteurs étatiques tels que l’armée, la justice, l’éducation, la santé, la police et la gendarmerie. Co-construit avec la participation des enfants, ce dispositif intègre des outils adaptés à leurs réalités, renforçant ainsi leur prise en compte dans les mécanismes de protection. Par ailleurs, quatre procédures ont été conçues à l’attention des acteurs communautaires et associatifs, tandis que huit trousses de formation ont été développées, dont cinq destinées aux services étatiques, une pour les réseaux de protection de l’enfant et deux pour les organisations de la société civile travaillant avec les enfants. Autant d’outils concrets qui contribuent à professionnaliser davantage les interventions et à renforcer durablement le système de protection de l’enfant. Au nom du secrétaire général du ministère de la Famille et de la Solidarité, Windkouni Benjamin Ouédraogo a exprimé une grande fierté à l’occasion de la clôture du projet BIIG-YI-NEERE, dont l’appellation signifie, a-t-il rappelé, « pour le bien-être de l’enfant ». Selon lui, ces trois mots résument à eux seuls cinq années d’engagement collectif, marquées par le dévouement d’acteurs venus d’horizons divers pour garantir aux enfants du Burkina Faso un environnement plus sûr et respectueux de leurs droits.
« Les outils développés, les compétences renforcées et les changements de comportements amorcés dans les communautés constituent un capital précieux à préserver et institutionnaliser », Benjamin W. Ouédraogo, directeur général de la Famille et de l’Enfant
Cette volonté du ministère de la Famille et de la Solidarité vise à pérenniser le système de protection de l’enfant au pays des hommes intègres. Un engagement qui, a-t-il conclu, entend garantir que chaque enfant burkinabè puisse grandir en sécurité et voir son avenir protégé bien au-delà de la durée des projets. Le représentant du secrétaire général a également mis en lumière la force du partenariat qui a permis la mise en œuvre du projet, fruit d’une collaboration entre le gouvernement burkinabè, le Bureau international des droits des enfants et Affaires mondiales Canada. Cette initiative a su fédérer six ministères sectoriels, des organisations de la société civile, des réseaux de protection de l’enfance ainsi que les communautés et les enfants eux-mêmes autour d’une cause commune. Tout en saluant l’expertise de l’IBCR et l’appui financier du Canada, il a rappelé que la clôture du projet ne constitue pas une fin en soi, mais plutôt une étape vers la consolidation des acquis.
Des participants à l’atelier national de clôture du projet BIIG-YI-NEERE à Ouagadougou
Un financement de plus de 3,6 milliards de francs CFA Le représentant d’Affaires mondiales Canada, Aimé Tiendrébéogo, a rappelé l’ampleur de l’engagement financier consenti en faveur du projet BIIG-YI-NEERE. Doté d’un financement de 8 746 376 dollars canadiens, soit plus de 3,6 milliards de francs CFA, ce soutien a permis de déployer des actions concrètes visant à réduire les violences sexuelles et sexistes chez les enfants au Burkina Faso. Il a souligné que cette initiative s’inscrit dans une vision plus large du Canada, fondée sur la promotion d’un monde plus pacifique, équitable et durable. Dans un contexte international marqué par de fortes interconnexions, il a insisté sur le fait que les crises, notamment dans le Sahel, ont des répercussions globales, justifiant ainsi l’engagement du Canada dans des actions en faveur de la paix, du développement humain et de l’égalité sociale. Au-delà de l’appui financier, le représentant d’Affaires mondiales Canada s’est félicité des résultats obtenus au terme des cinq années de mise en œuvre du projet. Il a notamment relevé le renforcement des capacités des acteurs de protection, y compris les enfants eux-mêmes, l’amélioration des pratiques professionnelles, ainsi que le développement d’une collaboration intersectorielle plus efficace. L’implication accrue des leaders communautaires, coutumiers et religieux dans la prévention des violences a également été saluée comme un acquis majeur. Se disant particulièrement fier d’avoir soutenu un projet centré sur l’enfant et ancré dans les réalités locales, il a mis en avant la pertinence de l’approche participative adoptée.
Le représentant d’Affaires mondiales Canada, Aimé Tiendrébéogo, a appelé à poursuivre les efforts engagés, à capitaliser les acquis et à investir durablement dans la protection de l’enfance
Il a réaffirmé l’engagement du Canada à accompagner ses partenaires dans la construction d’un environnement plus sûr et protecteur pour tous les enfants. En plus d’avoir adressé ses remerciements au gouvernement burkinabè, en particulier au ministère en charge de la Famille, pour son leadership, l’IBCR a témoigné sa gratitude à Affaires mondiales Canada, dont le soutien financier a été déterminant dans la mise en œuvre du projet. Au-delà des résultats tangibles, ce sont les changements en profondeur qui retiennent l’attention, une meilleure collaboration entre les acteurs, une prise de conscience accrue des enjeux liés aux droits de l’enfant et l’émergence de pratiques plus protectrices. Autant d’acquis qui constituent désormais un socle solide pour l’avenir. Toutefois, comme l’a rappelé la représentante de l’IBCR, des défis subsistent. La nécessité de capitaliser les expériences, de pérenniser les acquis et de renforcer les mécanismes existants demeure plus que jamais d’actualité. La clôture du projet ne marque donc pas une fin, mais bien une transition vers de nouvelles perspectives.
Des participants à l’atelier national de clôture du projet BIIG-YI-NEERE à Ouagadougou
Dans cet esprit, l’initiative du « mur des engagements », lancée lors de la cérémonie, est apparue comme un symbole fort. Elle a invité chaque acteur à traduire son engagement en actions concrètes, afin d’inscrire les acquis du projet dans la durée. Par ces actions, le Bureau international des droits des enfants réaffirme sa volonté de poursuivre son accompagnement aux côtés de ses partenaires. Avec une ambition claire de contribuer à bâtir un environnement où chaque enfant au Burkina Faso grandit à l’abri de toute forme de violence.
Fondé en 1994, le Bureau international des droits des enfants est une ONG canadienne qui œuvre pour un monde où les droits de l’enfant sont pleinement respectés et appliqués au quotidien. À travers ses actions, l’organisation s’attache à renforcer les systèmes de justice et de protection de l’enfant, tout en contribuant à transformer la place accordée aux enfants dans les sociétés. Sa mission vise en particulier à garantir l’effectivité des droits des enfants les plus vulnérables, notamment ceux qui rencontrent le plus d’obstacles à leur reconnaissance et à leur protection. Hamed Nanéma |