Football féminin : De club scolaire à référence nationale, l’ascension des Étincelles du Faso
mardi 14 avril 2026.
Née dans un cadre scolaire, l’Association omnisports Étincelle du Faso (AOEF) s’est progressivement imposée comme l’un des clubs qui comptent dans le championnat national féminin de première division. Portée par la vision de son fondateur, Pascal Sawadogo, l’équipe allie formation, performance et ambition, avec des résultats notables tant sur le plan national qu’international.
L’Association omnisports Étincelle du Faso (AOEF) figure aujourd’hui parmi les meilleures équipes du championnat national féminin de première division, une décennie après son accession à l’élite. Initialement constituée comme une équipe de lycée participant à des compétitions informelles, la formation s’est progressivement structurée sous l’impulsion de son président, Pascal Sawadogo, dont la vision a permis au club d’enregistrer des performances remarquables au niveau national.
Le football féminin burkinabè poursuit son développement et sa professionnalisation. Parmi les clubs ayant su s’imposer durablement, l’Association omnisports Étincelle du Faso occupe une place de choix. Depuis sa montée en première division, l’équipe rivalise avec les formations les plus en vue du pays.
L’histoire du club remonte à 2008, lorsque les Étincelles du Faso, alors équipe du lycée apostolique, participaient à des compétitions inter-lycées informelles avec l’accompagnement de Pascal Sawadogo. À la suite de résultats jugés satisfaisants, une ambition plus grande voit le jour. En effet, le coach de l’époque, Pascal Sawadogo, nourrit la volonté de dépasser le cadre informel pour bâtir une équipe structurée et reconnue.
Ainsi, au début des années 2011, des démarches sont entreprises afin d’obtenir les documents nécessaires à la reconnaissance officielle du club. Dans l’intervalle, certaines joueuses sont mises à disposition de l’Union sportive de Ouagadougou (USO), qui participait alors au championnat et aux compétitions organisées par la Fédération burkinabè de football.
À l’entraînement, les joueuses de l’Association omnisports Étincelle du Faso travaillent sous la supervision de leur coach
Selon le coach, cette décision visait à permettre aux joueuses de maintenir un niveau de compétition en attendant la régularisation administrative du club.
« L’USO est venue me voir en 2011 pour dire qu’elle veut 7 joueuses. Ensuite elle a souhaité que je vienne avec mes joueuses. C’est comme ça que je suis allé à l’USO de 2011 à 2013 pour garder un peu le groupe et continuer à former mes joueuses en attendant d’avoir les documents au complet pour pouvoir constituer notre équipe », a expliqué le fondateur, Pascal Sawadogo.
En 2013, l’équipe du lycée apostolique obtient son récépissé, puis son affiliation à la Fédération burkinabè de football en 2014. L’année suivante, en 2015, elle prend part au championnat national féminin de deuxième division sous l’appellation Association omnisports Étincelles du Faso (AOEF).
Cette première saison marque un tournant décisif dans l’histoire du club. Pour sa première participation, l’équipe termine en tête du championnat et accède à la première division. À peine promues, les Étincelles du Faso affichent leurs ambitions. En 2016, les joueuses de Pascal Sawadogo réalisent une saison prometteuse, conclue par une quatrième place en championnat et une finale de la Coupe du Faso.
Au fil des saisons, l’AOEF s’impose progressivement comme une valeur sûre du football féminin burkinabè. En 2018, le club remporte le tournoi international de football féminin de Ouagadougou, réunissant plusieurs nations, avant de s’imposer en 2019 lors du tournoi international féminin au Bénin.
Pascal Sawadogo, fondateur du club, ambitionne de faciliter les transferts internationaux de ses joueuses
Sur le plan national, l’Association omnisports Étincelle du Faso poursuit son ascension et décroche à deux reprises le titre de championne du Burkina Faso, en 2019 et en 2024. Elle remporte également la Coupe du Faso en 2018 et en 2021. Sur la scène continentale, la performance la plus notable reste sa qualification pour les demi-finales de la Ligue des champions féminine en 2024. Revenant sur son engagement dans le football féminin, Pascal Sawadogo explique : « Quand j’ai commencé, j’ai vu qu’il y avait de la place. Au féminin, il n’y avait pas de personnes engagées comme ça. J’ai donc décidé de m’engager ici afin d’aller vite ».
Un modèle économique fondé sur la formation et les transferts
En ce mercredi 8 avril 2026, en fin d’après-midi, l’équipe s’entraîne sur les installations du lycée apostolique, berceau du club. Peu après 17 heures, certaines joueuses sont déjà à l’œuvre, tandis que d’autres rejoignent progressivement le groupe. Composée majoritairement d’élèves et d’étudiantes, l’équipe concilie études et pratique sportive, les joueuses rejoignant directement les entraînements après les cours.
La séance est rythmée par des exercices techniques sous la supervision du staff. Tandis qu’un groupe travaille la précision des passes et les longs ballons, un autre, composé de joueuses en phase de reprise après blessure, suit un programme spécifique en marge du groupe.
C’est dans cette atmosphère studieuse et engagée que les Étincelles du Faso poursuivent leur préparation quotidienne.
Félicité Kafando, milieu récupératrice, nourrit l’ambition de décrocher un contrat professionnel
Le fondateur du club met en avant un modèle économique reposant sur la formation et les transferts de joueuses afin de faire face aux charges.
« Au niveau du championnat pour le moment, même la prime du championnat est de 3,5 millions de FCFA. Avec 800 000 francs comme masse salariale des joueuses, il est difficile de tenir sur une période de 5 mois en comptant uniquement sur la prime du championnat. Donc nous sommes ouverts aux transferts également. Nous sommes dans la formation et le placement de nos joueuses à l’extérieur », a-t-il expliqué.
Cependant, il déplore l’absence de textes clairs encadrant les transferts de joueuses, tant au niveau national qu’international, une situation peu favorable aux clubs formateurs.
« Généralement, nos transferts sont gratuits. Parce que la FIFA dit qu’elle ne peut pas évaluer le coût d’une formation pour les filles. Donc lorsque les agents de joueurs détectent une joueuse, après les transactions avec le club désireux de s’offrir ses services, c’est ce qu’ils viennent nous donner qu’on prend », a-t-il regretté.
Depuis sa création, le club a néanmoins réussi à exporter plusieurs joueuses vers des championnats étrangers, notamment en Turquie, en Espagne, en Chine, en Tanzanie, en Égypte et au Maroc. Le plus important montant perçu lors d’un transfert s’élève, selon Pascal Sawadogo, à 3 millions de francs CFA.
Parmi les joueuses, Félicité Kafando, milieu récupératrice à l’AOEF, nourrit de grandes ambitions : « Au début je voyais les garçons jouer dans le quartier et je trouvais que c’était très intéressant. J’ai donc décidé d’intégrer l’équipe Etincelles du Faso. Je désire pouvoir signer un contrat professionnel dans l’avenir », a-t-elle confié.
Sous la direction de Pascal Sawadogo, l’Association omnisports Étincelles du Faso entend poursuivre son engagement en faveur de la promotion du football féminin à travers la formation. Déterminés, le coach et ses joueuses poursuivent leurs entraînements quotidiens au lycée apostolique : dès 5h30 pour les élèves de l’établissement, et en séances individuelles en soirée pour celles scolarisées ailleurs.
Muriel Dominique Ouédraogo
Jean Élysée Nikiéma (stagiaire)
Lefaso.net