
Moustaph Kaboré alias Vacsaint : Danser pour exister, danser pour guérirDanseur interprète et artiste burkinabè, Moustaph Kaboré, alias Vacsaint, a fait de la danse bien plus qu’un art, mais un moyen d’exister et de se réparer. Son parcours, marqué par des choix forts et des combats intimes, raconte une génération pour qui le corps devient un langage à part entière. Vacsaint n’est pas un pseudonyme choisi au hasard. Il trouve ses racines dans l’univers de la danse urbaine, notamment la danse de rue, où chaque danseur se forge une identité pour se distinguer, affirmer son style et exister dans le milieu. « J’ai commencé dans la danse urbaine. À l’époque, chacun se donnait un nom de scène pour avoir un genre. C’est comme ça que j’ai choisi vaccin. » Une passion héritée, une vocation assumée La danse s’invite très tôt dans la vie de Moustaph. Son père était danseur, et c’est en l’observant, dès l’enfance, qu’il développe ce lien intime avec le « mouvement ». Même après l’arrêt de la pratique par son paternel, la passion est déjà solidement ancrée en lui. « Depuis tout petit, je l’ai suivi. Quand il a arrêté, moi j’avais déjà pris goût. » Ce qui commence comme une attraction devient progressivement une évidence. Mais c’est à l’adolescence que la danse cesse d’être un simple loisir. Au collège, alors qu’il est en classe de cinquième, les choses se compliquent. Les répétitions s’intensifient, les prestations nocturnes se multiplient, les retours tardifs deviennent monnaie courante. Un choix s’impose. À 15 ans, Moustaph décide d’abandonner l’école pour se consacrer pleinement à la danse. Un choix lourd de conséquences. L’incompréhension familiale est totale. Dans une société où la danse peine encore à être reconnue comme un métier à part entière, il est perçu comme un marginal, parfois même comme un déviant. De l’autodidaxie à la professionnalisation Comme beaucoup de danseurs issus des cultures urbaines, Vacsaint débute en autodidacte, dans la rue et les quartiers, au contact direct du « mouvement ». Très tôt cependant, il comprend qu’aimer ne suffit pas : il faut se former. La véritable bascule intervient en 2019, lorsqu’il entame sa formation à l’école de danse d’Irène Tassembedo, figure emblématique de la danse contemporaine africaine, qui devient son mentor. Cette étape marque un tournant décisif dans son parcours. S’ensuivent de nombreux stages et résidences artistiques, notamment à l’École des sables au Sénégal, ainsi que plusieurs formations en France, dont un séjour à Château-Thierry. Un danseur sans frontières stylistiques Danse contemporaine, traditionnelle, urbaine ou moderne, Vacsaint navigue entre les styles avec une aisance assumée. Pour lui, la danse est avant tout un langage corporel, affranchi des barrières et des hiérarchies. Chez Vacsaint, toute création chorégraphique naît d’une intention, d’une idée, d’une émotion, d’un vécu, d’un son ou d’une image. Le corps devient alors un outil d’expression brute, qui se structure progressivement jusqu’à faire émerger une œuvre. Vivre de la danse au Burkina Faso, un défi permanent Pour Vacsaint, être danseur au Burkina Faso reste un défi quotidien. Manque de structures, de formations spécialisées, de bourses et de reconnaissance institutionnelle. Les obstacles sont nombreux. Il cite en exemple des pays comme la Côte d’Ivoire, où la danse est intégrée au système universitaire au même titre que les autres filières. Aujourd’hui, Vacsaint donne des cours privés, encadre des enfants de 6 à 7 ans dans une école de la place et organise des camps vacances danse, dont la première édition s’est tenue en 2025. « Un artiste, citoyen du monde » Les voyages ont profondément façonné sa vision artistique. Chaque pays, chaque rencontre, chaque projet nourrit son regard et enrichit son langage corporel. Du haut de ces 26 ans, Vacsaint se projette encore sur scène. Il souhaite continuer les tournées internationales, accumuler de l’expérience et nourrir sa vision artistique avant de se consacrer pleinement à la création chorégraphique personnelle. En parallèle, il envisage des projets entrepreneuriaux pour diversifier ses sources de revenus. « Ce n’est pas à l’école qu’on apprend tout. Ce n’est pas seulement avec de grands diplômes qu’on réalise. Avoir une passion, c’est une chance », martèle t’il. Anita Mireille Zongo/Hanifa Koussoubé Vos réactions (1) |