
Les atouts de l’agriculture urbaine et périurbaine à Niamey, Niger1. Introduction Niamey la capitale du Niger est illustratif de cette croissance urbaine importante et sans précédente des villes d’Afrique noire car elle s’urbanise tout en restant pauvre. En 60 ans, la population de Niamey a été multipliée par 45, passant de 33 816 en 1960 à 1 344230 habitants en 2020. En cinquante ans la population de Niamey passe de 1% à 8% de la population totale du Niger (Andres et Lebailly, 2012). Cette croissance rapide de la population va ainsi avec une extension également rapide la ville. La superficie de la ville est passée de 860 ha en 1960 à 10 000 ha en 2000 à environ 30 000 ha en 2020. Cette urbanisation rapide génère des nombreux défis en termes d’offre de sévices urbains essentiels, d’infrastructures et équipement divers, de logements et d’alimentation. Cependant tous ses défis s’avèrent difficiles à gérer pour les municipalités et États. En effet, Niamey comme les autres villes africaines en général et sahéliennes en particulier est confronté aux défis de l’alimentation de la population urbaine et de la construction de systèmes alimentaires sains et durables. Les systèmes alimentaires durables sont au cœur des enjeux territoriaux, environnementaux et climatiques. Ils sont indispensables pour lutter contre l’insécurité alimentaire et nutritionnelle dans les villes africaines en mutation. C’est pourquoi, il est urgent pour les agglomérations africaines comme Niamey en croissance rapide de mettre en place des politiques agricoles idoines et d’y consacrer des investissements conséquents pour faire face aux besoins alimentaires présents et futurs de plus en plus importants et diversifiés. Cette présente étude de cas soutenues par le projet AfriFOODlinks, s’inscrivent dans ce cadre. Elles permettent de collecter et d’analyser les informations nécessaires et importantes sur les systèmes alimentaires urbains (les acteurs, les potentialités et les contraintes du secteur, les politiques et projets agricoles, les marchés des produits agricoles, etc.) pour aider la ville de Niamey à mettre en place des politiques et ou à mener des actions permettant d’améliorer le système alimentaire et nutritionnel. 2. Matériel et méthodes 2.2. Travaux de terrain 2.2.2. Entretiens et focus group Les focus group ont concerné les groupements de producteurs des trois (3) sites de la ville de Niamey que sont : Koutéré Samboro, Gabougoura et Tondibia Gorou. 2.3. Enquête quantitative Au niveau de Kourtéré Samboro Deux (2) missions de terrain avec les agents techniques de la ville de Niamey ont permis d’avoir quelques informations sur les caractéristiques du site, de rencontrer et d’échanger avec les membres du groupement sur la pratique maraîchère, les potentialités agricoles et les défis majeurs à relever.
Figure 1 : Carte des sites maraîchers de la région de Niamey 3. Résultats Kourtéré Samboro est un site agricole riche de par ses potentialités physiques, géographiques (effet de situation) et humaines (expérience et savoir-faire) (Photo 1).
Photo 1 : une parcelle de chou à Kourtéré Samboro 3.2. Gabagoura Les potentialités dont dispose le site de Gabagoura sont immense (photo 2). On peut citer entre autres l’engagement des productrices ; la disponibilité du terrain et la disponibilité de la main d’œuvre, la fertilité du terrain, mais également le niveau d’organisation de ces femmes productrices citées en référence dans l’arrondissement communal Niamey I. Sur le plan technique, les exploitantes du site ont bénéficié de plusieurs formations en renforcement des capacités sur le suivi des cultures, l’utilisation des fertilisants (compost) et pépinières, la préparation des terrains (parcelles). Elles sont aussi formées sur la transformation de leurs produits, comme la fabrication du gari grâce au RESEDA qui a mis à leur disposition des machines à moulin.
Photo 2 : pompage à base d’énergie solaire à Gabagoura 3.3. Tondibia Gorou
Photo 3 : une parcelle d’aubergine à Tondibia Gorou 3.4. Les atouts du secteur et les potentialités agricoles
Figure 2 : les principaux atouts dont disposent les producteurs Les atouts techniques dont disposent les exploitants agricoles sont : la savoir-faire avec la maîtrise des techniques culturales. Cela s’explique l’expérience acquise dans la pratique agricole et surtout l’importance des formations en matière de renforcement de capacité. La volonté de travailler est aussi un atout important qui se manifeste sur les différents sites témoins de l’étude (figure 3). Figure 3 : les atouts techniques Les atouts sont également sociaux. On peut citer entre autres la disponibilité de la main d’œuvre, le savoir-faire, la proximité des marchés avec la demande des consommateurs (figure 4). Le maraîchage urbain présente de nombreux avantages pour les populations, contribuant à la fois à la sécurité alimentaire, à l’économie locale et à l’environnement (CRA, 2023). Production d’une variété d’aliments : le maraîchage urbain permet de cultiver une diversité de cultures adaptées aux goûts et aux besoins nutritionnels locaux, contribuant à lutter contre les carences en micronutriments et à améliorer la santé ; Espaces verts et réduction des îlots de chaleur urbains : les jardins maraîchers urbains créent des espaces verts dans les zones urbaines, ce qui améliore la qualité de l’air, réduit les îlots de chaleur et favorise la biodiversité.
Figure 4 : les atouts sociaux À ces atouts et potentialités physiques, e techniques et sociaux, les producteurs reçoivent de financement même si ça ne couvre pas entièrement les besoins qui sont importants. En effet, 88% (soit 79 sur les 90 exploitants interrogés), affirment recevoir des financements. Les principaux partenaires sont : le Fonds d’Investissement pour la Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle (FISAN), la ville de Niamey, le magasin RESEDA, PANA Canada, la Croix rouge Espagnole, l’État du Niger, le Programme d’Actions Communautaires (PAC) et les parents des producteurs (figure 5). Les contributions des partenaires sont importantes (photo 4). Il s’agit principalement de la dotation en points d’eau, l’installation de système d’irrigation, la clôture des sites, l’apport en intrants agricoles (semences et matériels) (figure 12). Ces interventions ont permis selon les producteurs la sécurisation des sites maraîchers, l’atténuation du coût des intrants agricoles, l’amélioration des conditions d’irrigation, les possibilités de produire en toute saison et en fin l’augmentation des rendements (figure 13). En ce qui concerne le renforcement de capacités, les producteurs et groupements de producteurs et agents techniques reçoivent régulièrement des formations. En 2023, la Chambre Régionale d’Agriculture de Niamey, en partenariat avec le Conseil de ville de Niamey, a mis en place des formations destinées à des jeunes hommes et femmes (15-35 ans pour les hommes et pas de limite d’âge pour les femmes), avec l’appui du programme NIG/028 de la Coopération Luxembourgeoise. Pour cette première année, 10 sites de formation ont été choisis, dont 8 sites pour le maraichage et 2 sites pour la riziculture au cours de la saison d’hivernage 2023 (CRA, 2023). Les compétences ont été renforcées sur plusieurs aspects de l’activité. Il s’agit de la préparation du compost rapide, le choix et la préparation du sol, la rotation des cultures, le choix des semences, la préparation de la pépinière, l’utilisation des bio pesticides, l’analyse Agro Eco System (AAES), le repiquage, la récolte, les travaux d’entretien, le compte d’exploitation, les ennemis de cultures et la conservation des produits (ibid.). La Chambre d’Agriculture de Niamey diffuse régulièrement des notes sur les cultures maraichères dans la Région de Niamey en milieu urbain et périurbain.
Figure 5 : effets des financements Conclusion Cette étude sur trois sites maraîchers urbains et périurbains de Niamey a permis d’interroger 90 producteurs, 50 à Kourtéré Samboro, 40 à Gabagoura et Tondibia Gorou (soit 20 sur chacun de 2 derniers sites). Des chercheurs, d’agents des services techniques d’agriculture, de génie rural, d’environnement, des partenaires financiers ont été interrogés. Ce qui a permis de collecter à la fois des données quantitatives et qualitatives ayant permis de mettre en relief les potentialités et opportunités de l’agriculture urbaine et périurbaine à Niamey. Les potentialités sont à la fois biophysique, techniques (savoir-faire), sociaux (main d’œuvre) et économique avec un important marché urbain pour écouler les productions. MOUSSA Yayé, Chargé de Recherche, Institut de Recherche en Sciences Humaines, Université Abdou Moumouni de Niamey, Niger Références bibliographiques Alfari Abass M., (2022). Accès à l’eau potable à Séno, Arrondissement communal Niamey V- Niger. Mémoire de master II, département de géographie, Université Abdou Moumouni de Niamey, 94p. Chambre Régionale d’Agriculture de Niamey. (2024). Cartographie des sites maraichers de la Région de Niamey, 6p. https://reca-niger.org/spip.php?rubrique118 |