Maison de l’intelligence artificielle : « Elle vise à favoriser l’appropriation de l’IA par tous les Burkinabè », Dr Olivier Lompo, concepteur de la maison de l’IADans le cadre de la promotion de l’Intelligence artificielle (IA) au Burkina Faso, des acteurs de l’écosystème du numérique envisagent créer une maison dédiée. Cette maison de l’IA ambitionne promouvoir l’IA au Burkina Faso. Doter le Burkina Faso d’une conception de projets liés à la maîtrise sécuritaire du cyberespace et cartographier les routes empruntées par les données, constituent l’une des nombreuses missions de la maison de l’IA. En attendant l’aboutissement du projet, nous sommes allés à la rencontre de l’un des acteurs du projet pour échanger sur les missions de cette maison. Maître de conférences en informatique et enseignant-chercheur, Dr Olivier Lompo est porteur de cette idée. Il en parle dans cette interview. Lefaso.net : Comment est née l’idée de la Maison de l’Intelligence artificielle ? Dr Olivier Lompo : Tout est parti de notre volonté, mon équipe et moi, de sensibiliser, former et accompagner les différents acteurs du Burkina Faso dans l’appropriation des technologies de l’IA. Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’une démarche qui vise à répondre aux défis de la transformation numérique, à accélérer l’innovation et la compétitivité, à assurer une gouvernance responsable, et à démocratiser l’accès pour tous à l’IA. Je me suis inspiré d’expériences réussies en Europe, ou j’ai participé à des créations et à des développements de projets purement axés sur les IA. Je souhaite simplement créer un espace collaboratif, pédagogique et professionnel où différents acteurs pourront expérimenter, apprendre, créer et co-créer autour de l’IA. À quand l’aboutissement de ce projet ? Avec mon équipe, nous avons prévu l’ouverture et le lancement de ce lieu le jeudi 19 juin 2025. C’est un événement qui se veut national et pour lequel nous souhaitons que chaque Burkinabè se l’approprie. Ce lancement va sans doute se faire avec la collaboration des institutions et entreprises du public et du privé. Le gouvernement à travers le ministère de la Transition digitale, des postes et de l’économie numérique va être sollicité pour encourager et présider ce lancement. Quelles sont les missions de cette maison ? Je tiens à préciser que c’est avant tout un lieu. Un espace d’expression pour tous. Des formations certifiantes et du renforcement de compétences vont être proposés et étalés sur des programmes éducatifs et des pratiques adaptés aux différents niveaux scolaires et universitaires (élèves, étudiants, professionnels, en quête d’emploi). L’objectif est de former des talents pour favoriser l’émergence de véritables experts en IA capables de résoudre de vraies problématiques au Burkina Faso. Comme tout espace d’idéation et d’innovation, nous allons développer des modules spécifiques pour les secteurs stratégiques (éducation, santé, agriculture, entrepreneuriat, etc.). La Maison de l’intelligence artificielle en collaboration avec les écoles et universités va construire des projets en soutien aux entrepreneurs et encourager l’adoption de l’IA par les entreprises et startups. Cet espace de co-création et d’expérimentation est un lieu où vous pourriez tester de nouveaux programmes d’accompagnement sur les projets innovants en lien avec les IA génératives. Tout comme les autres outils en lien avec les technologies, il va falloir comprendre et savoir comment gérer nos usages quotidiens. Je veux parler de gouvernance et d’éthique. Comment cela va se passer en termes d’organisation ? La Maison de l’intelligence artificielle repose sur plusieurs acteurs et de toute évidence sur une approche collaborative. J’ai développé avec mon équipe de recherche en Suisse un lieu à Neufchâtel qui fonctionne comme un hub technologique et pédagogique, où se rencontrent chercheurs, entrepreneurs, étudiants, institutions et investisseurs. Pouvez-vous nous expliquer le fonctionnement de cette maison ? Pour répondre aux besoins spécifiques des Burkinabè, la Maison de l’IA a prévu un pôle formation et éducation. Il s’agit de développer des formations adaptées pour les élèves, étudiants, professionnels et autodidactes. Il y a aussi un pôle recherche et innovation. Il sera question d’encourager des projets IA appliqués aux besoins locaux (éducation, santé, agriculture, administration, etc.). Nous aurons aussi un pôle entrepreneuriat et startups qui va dans le cadre du soutien aux porteurs de projets et développement d’un incubateur pour les startups IA. Il y aura enfin le pôle gouvernance et éthique. Cela va permettre de réfléchir et proposer des cadres réglementaires au gouvernement et assurer la veille sur l’usage responsable de l’IA. De ces collaborations naîtra une plateforme numérique. Elle est mise en place pour favoriser la collaboration à distance, l’accès aux formations et la diffusion des connaissances. Un vrai outil de connexion entre inventeur et créateur de solutions IA. Le financement de la Maison de l’IA est assuré par le secteur financier burkinabè, les partenaires techniques public/ privé et les entreprises privées. Le but étant de travailler ensemble à mettre en place des mécanismes d’autofinancement, progressivement développés par les services proposés, la formation, le conseil et l’incubation de startups. Il est prévu une gouvernance participative. En cela chacun des membres va pouvoir être réellement actif par sa représentation à travers un comité de gestion composé par des experts en IA, d’institutionnels et d’acteurs du secteur privé. En collaboration avec les universités, un conseil scientifique et éthique garantira la pertinence et la conformité des projets selon les valeurs et les besoins des Burkinabè. Le projet est-il soutenu par le gouvernement ? Notre souhait est de fédérer avec tous les acteurs de l’écosystème des domaines des sciences et de la Tech au Burkina Faso. Il est aujourd’hui important et même impératif pour le gouvernement de mettre en place une agence nationale de l’IA, pilotée par un conseil national. Être soutenu c’est vraiment le rôle que le gouvernement doit adopter. Accompagner la Maison de l’IA afin que par elle, les Burkinabè puissent véritablement en toute confiance croire aux technologies IA qui sont comme j’aime le dire, leur « pocket friends » Quelle sera la place de cette maison dans le développement de l’IA au Burkina Faso ? Nous allons jouer un rôle clé dans le développement de l’IA au Burkina Faso en facilitant son adoption par le grand public et les entreprises, en développant des solutions technologiques adaptées au contexte du quotidien des Burkinabè, en encourageant l’innovation et la recherche en IA et en travaillant pour notre souveraineté numérique et la compétitivité de notre pays à l’international. Nous sommes disposés à accompagner le gouvernement sur les cadres de concertation et de réflexion, sur la conception de projets liés à la maîtrise sécuritaire de notre cyberespace, clairement il faudrait apprendre à cartographier les routes empruntées par nos données. Vous parlez aussi de Crunch time. Peut-on en savoir davantage ? La Maison de l’IA prend contact avec les étudiants des différentes universités de formation en ingénierie informatique. Nous leur demandons de traiter des sujets en informatique appliquée que nous allons leur confier. Ils ont cinq jours pour créer, innover et contribuer à améliorer le fonctionnement d’un domaine de service. Les délégués de la Maison de l’IA suivent leurs travaux. À l’issue des cinq jours, nous procédons à la réception du livrable final. La solution qui a été conçu doit être opérationnelle et interopérable directement dans une infrastructure. Ce Crunch Time va clairement ouvrir la voie aux challenges, à la créativité et surtout révéler les brillants étudiants tout en leur inspirant une véritable philosophie entrepreneuriale. Interview réalisée en ligne par Serge Ika Ki Vos réactions (8) |