Actualités :: Banditisme : Ainsi , ce sont les peulhs, les bandits de grand chemin (...)

La brusque exacerbation du banditisme et l’impuissance des forces de sécurité créent aujourd’hui une situation de quasi désespérance pour l’ensemble de la communauté nationale. En ces moments difficiles, les raccourcis se présentent comme les solutions. Parce que quand on se noie, on s’accroche à toute bouée qui se présente à soi, peu importe sa consistance.

La mise à l’indexe d’une communauté donnée dans le cadre d’une crise aussi grave comme celle que nous traversons ne sera pas sans conséquence extrêmement dommageable. Depuis le début des attaques, régulièrement, les rapports font cas " de personnes parlant le mooré avec un fort accent peulh ".

Maintenant avec le témoignage d’un grand journaliste de la trempe de Louis Oulon, la certitude est faite que ce sont les Peulhs. Voilà comment il les décrit : " leurs morphologies confirment d’ailleurs ce que leur accent nous laissait comme impression. Il s’agit bien de Peulhs sauf un, dont la morphologie n’était apparemment pas de la même origine que ses compagnons ".

Ce sont non seulement des Peulhs qui braquent, mais ce sont eux aussi les indicateurs : " Les gendarmes ont ramené trois Peulhs qui roulaient sur deux motos, des présumés agents de renseignement des braqueurs mais pas les braqueurs ". La boucle est bouclée et le Burkina Faso tient à présent ces grands bandits.

Comme vous pouvez l’imaginer, le sujet est très délicat. Surtout pour celui qui écrit ces lignes, parce que je suis de cette communauté qui est aujourd’hui mise à l’indexe. Fallait-il en parler et comment en parler pour ne pas faire à rebours ce que je me propose de stigmatiser ? Le plus grand danger, à mon avis, était de se taire et de ne rien dire. Indiscutablement, certains bandits, la proportion reste à établir, sont d’origine peulh. Mais je fais remarquer aussi que curieusement, quand il s’agit d’autres compatriotes, il n’est jamais fait cas de leur ethnie d’origine.

Régulièrement, quand les gangs sont démantelés, la référence à l’ethnie n’est pas présente sauf quand il s’agit de peulhs. Il me semble que cette façon de faire, par omission ou consciemment, crée une stigmatisation qui ouvre la voie à toutes les discriminations et à tous les abus. Aujourd’hui, sans qu’on ait besoin de l’affirmer, être Peulh, c’est être un suspect en puissance.

Pour ceux qui suivent attentivement l’évolution du grand banditisme dans notre pays, ils auront remarqué que la communauté peulh a déjà payé un lourd tribut à ce phénomène. Dans la région de l’Est où l’insécurité sévit avec le plus d’acuité, au nom de ce que les suspects seraient " des personnes parlant le mooré avec un fort accent peuhl ", des familles entières de peulhs ont été décimées dans les opérations coup de poing.

Dans les départements de Pama, de la Kompienga, de Tamalbougou, de Kantchari et j’en oublie, les rafles ont concerné pour l’essentiel la communauté peulh avec des atteintes graves aux droits de l’homme. Les indicateurs des forces de l’ordre étant souvent des membres des ethnies rivales, les indications prennent l’allure des règlements de compte. Dans les opérations " coup de poing ", de paisibles membres de cette communauté ont été ainsi passés par les armes sans autres formes de procès. Un exemple comme on peut en multiplier par mille.

A Tamalbougou, une localité située sur la nationale qui mène au Niger, il y a un an, un paisible adolescent de l’ethnie peulh dont personne n’a jamais entendu parler en mal est appréhendé par des agents de police, alors qu’il était entrain de labourer son champ. Il était l’unique fils d’une famille dont le père est aveugle. Le père infirme attend des jours sans nouvelle de son fils et décide d’aller au commissariat. Quand il arrive, on avait déjà passé son fils par les armes. La mort dans l’âme, il ne retournera plus dans son village. Il aurait décidé d’émigrer au Bénin.

Dans cette région, beaucoup de familles peulh ont fui dans les pays voisins avec leurs biens, pour échapper à la persécution. Avec la stigmatisation qui pèse sur eux, n’importe quel fonctionnaire indélicat de la police, de la gendarmerie, de la justice et de l’administration y trouve là un moyen facile de racket : " Quand on est pauvre, on sait où trouver l’argent ". Mais il y a pire.

La stigmatisation communautaire débouche chaque fois à des dérives graves. Il faut se souvenir, et c’est un autre douloureux souvenir pour ma modeste personne, qu’en début des années 1980, alors la criminalité faisait rage en Côte d’Ivoire, c’était les Burkinabè qui étaient accusés. En ce temps, Burkinabè signifiait voleur et criminel. Des milliers de personnes ont payé dans leur chair et dans leur honneur cette stigmatisation. Fils d’émigré burkinabè en Côte d’Ivoire, ce fut pour nous des années de grande blessure morale.

Voilà qu’en faveur de l’insécurité qui sévit dans notre pays, je me retrouve à vivre encore dans ma chair et dans mon honneur, cette frustrante situation. Dans ces moments douloureux et de désespérance, sachons faire la part des choses. Autant les opérations " coups de poing " n’ont rien réglé, comme nous n’avions cesse de l’écrire au risque de devenir inutilement l’ennemi des responsables de la Sécurité, autant la stigmatisation communautaire ne résoudra pas la question de l’insécurité dans notre pays.

Pour le braquage de Pô, tous sont unanimes, c’est une œuvre de professionnels. Les braqueurs ont attaqué en trois groupes sur une ligne droite et à peine 200 m d’un poste de gendarmerie. Pour pousser le bouchon de l’audace à l’extrême, ils ont terminé le forfait en allant défier les pandores avec la voiture d’un colonel. Mais enfin notons, que toutes les victimes n’ont pas vu la même chose. Pour l’ex Bâtonnier, Me Harouna Sawadogo ," le groupe était multiethnique et la langue de travail utilisée était le mooré ".

Pour l’effet d’annonce, on peut s’attendre bien entendu, dans les jours à venir, à des rafles en règle. Il faut souhaiter que cette fois, ce soit les bons qu’on prenne.

Par Newton Ahmed BARRY
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