Actualités :: Affaire Saul Traoré : des avocats jugent le procès

"Quel que soit votre verdict, je l’accepte", a déclaré Saül Traoré le 16 février. Le lendemain vers 22h 30 mn, le verdict est tombé : il a été condamné à mort. Tous les chefs d’accusations retenus contre lui ont été établi, à l’exception de la tentative d’assassinat de son père.

Un autre accusé, Ibrahim Balima, a été condamné à un an de prison ferme, avec une amende de 100 mille F CFA. Les autres inculpés ont été acquittés. Les personnes condamnées ont cinq jours pour se pourvoir en cassation, à compter de la publication du verdict. Si les choses restent en l’état, Ibrahim Balima devrait être libéré le mois prochain. Il a déjà purgé une partie de sa peine. En attendant, deux avocats de la partie civile, Mes Prosper Farama et Kirsi Traoré (qui ont demandé un franc symbolique à Saül à titre de dommages et interêts) apprécient le procès de cette affaire à forte odeur d’assassinats.

Me Prosper Farama (avocat des ayants-droit de Adissa Kouanda)

"J’ai le sentiment d’avoir perdu"

"Le Pays" : Comment appréciez-vous ce verdict ?

Me Prosper Farama : Notre seule préoccupation était la manifestation de la vérité. Nous n’avions aucun sentiment de vengeance, ni de haine. Il est dommage que nous soyons arrivés à la peine de mort. Nous ne l’avons pas souhaité. D’ailleurs, nous n’avons requis aucune peine contre les accusés. Mais la Cour, après en avoir délibéré, a estimé que c’est cette peine qui sied. Nous en prenons acte.

En votre âme et conscience, avez-vous le sentiment que justice a été rendue ?

Justice a été rendue dans la mesure où la peine prononcée est prévue par notre Code pénal. Saül Traoré ne peut donc pas dire que cette peine, au regard de la loi, ne devait pas être prononcée. Mais il est peut-être regrettable que la peine de mort existe toujours dans notre ordonnancement juridique. C’est un débat sur lequel on pourra éventuellement revenir.

Que prévoient les textes juridiques burkinabè concernant l’application de la peine de mort ?

Au Burkina Faso, la peine de mort s’exécute par fusillade. Le moment de l’exécution est déterminé par le parquet, en présence des accusés et de leurs avocats.

Dans le contexte actuel, pensez-vous que la fusillade aura lieu bientôt ?

Je ne saurais vous le dire. Cependant, j’ai remarqué que des peines de mort ont été prononcées au Burkina mais n’ont pas, jusque-là, été appliquées. Je ne sais donc pas si le cas actuel sera appliqué dans les jours, semaines, mois ou années à venir.

Quelles leçons avez-vous concrètement tirées de ce procès ?

Ce procès a permis de mettre sur le tapis le problème de la dépravation des moeurs dans notre société. Cela est connexe aux grandes questions d’insécurité. Saül Traoré par exemple était animé par un esprit de facilité qui l’a finalement conduit à ces dérives . D’une façon ou d’une autre, nous sommes tous responsables de cette situation. Aujourd’hui, Saül n’est pas le seul qui cherche à s’enrichir par tous les moyens. De nombreux Burkinabè empruntent des raccourcis pour s’enrichir. Et personne n’a le courage d’y mettre fin.

En tant qu’avocat, avez-vous le sentiment d’avoir gagné ?

Absolument pas. Je suis d’ailleurs un peu triste. J’ai plutôt le sentiment d’avoir perdu. Chaque fois que dans un procès, on arrive à une condamnation à mort, cela signifie qu’il y a eu des faits suffisamment gravissimes qui vont entraîner d’autres conséquences tout aussi gravissimes. Supposons que Saül Traoré soit exécuté. En tant que partie civile, on aura éprouvé une double perte. D’abord un parent, en l’occurrence Adissa Kouanda, et un autre citoyen qui était un ami d’un parent déjà perdu. Ce genre de situation n’est jamais une victoire pour nous.

Me Kirsi Traoré
(avocat des ayants-droit de Salma Lingani)

"Je suis pour la peine de mort"

Me Kirsi Traoré : Le verdict me paraît assez cohérent en termes de droit, au regard bien sûr des thèses et des moyens de défense développés par les avocats de la défense. Concernant Saül, le verdict me paraît fondé mais deux points posent problème. Lorsque la Cour affirme qu’il a tenté de donner la mort à Irène (maîtresse supposée du père de Saül) et Goroko. Juridiquement, la tentative d’assassinat dans ces deux cas n’est pas très défendable. Cependant, même si la cour avait répondu par la négative à la question de savoir si Saül a tenté de les assassiner, cela n’aurait rien changé au fond du verdict. Le motif d’assassinat a en effet été retenu contre lui concernant notamment les cas Salma Lingani et Adissa Kouanda.

Le droit n’a donc pas été dit, selon vous, jusqu’au bout ?

Le droit a été dit jusqu’au bout. Mais une décision de justice est toujours susceptible d’être appréciée. Globalement cependant le verdict est fondé.

Avez-vous le sentiment d’être sorti vainqueur de ce procès ?

Je ne me suis pas engagé dans ce procès pour gagner quoi que ce soit. Je voulais seulement que Saül parle pour que les familles des victimes soient soulagées. On ne peut accorder son pardon que quand on sait la vérité. Mais Saül s’est vautré dans une défense qui a consisté à nier en bloc les accusations. Je le regrette un peu.

J’ai toujours été partisan de la peine de mort. Mais c’est la première fois que je participe à un procès qui se solde par une telle peine. Cela m’a un peu ébranlé. Cependant, un avocat, en tant que défenseur des droits de l’Homme, ne devrait pas être en principe pour la peine de mort.

Quelles leçons tirez-vous de ce procès ?

Le verdict traduit l’attente de la population. Comme on l’a dit à l’ouverture de ce procès, l’affaire Saül Traoré a choqué l’opinion et la société entendait se venger. Aujourd’hui, la grande majorité de la population a obtenu satisfaction.

Les avocats de la défense, commis d’office, ont fait le travail à fond. En deux jours de procès, l’Etat leur paie dix mille F CFA. Malgré la modicité de la somme, ils ont accepté d’être aux côtés de leurs clients au lieu de se rendre dans leur cabinet. Il importe que l’Etat intéresse un peu plus les avocats. Cela les motiverait davantage et apporterait plus de crédibilité aux procès d’assises.

La peine de mort paraît excessive, non ?

Du point de vue du droit, la peine de mort n’est pas excessive. Un seul cas d’assassinat suffit pour que la peine de mort soit prononcée. La loi est un peu dure mais c’est la loi.

Propos recueillis par Hervé D’AFRICK
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