Actualités :: Révendications sociales : quand la police gaze la police

Des centaines de jeunes policiers ont envahi les rues de la capitale burkinabè à l’aube du vendredi 18 février 2005 pour exiger de meilleures conditions de vie et de travail. Cette première des policiers, considérée comme une désobéissance, a été réprimée aux gaz lacrymogènes par d’autres policiers.

La date choisie par les manifestants n’était certainement pas fortuite : c’était en effet le premier anniversaire, douloureux s’il en est, de l’attaque meurtrière de trois policiers le 18 février 2004 à Zaogo dans les environs de Koupéla, dans l’exercice de leurs fonctions. Et c’est à 4 heures du matin qu’ils ont choisi de descendre dans les artères de la capitale, sans doute pour que l’effet de surprise soit total. La police est un corps parmilitaire où la discipline et l’ordre sont règles d’or, mais les flics ont choisi de franchir le rubicon pour dire aux autorités et à leur hiérarchie que la faim et le dénuement sont les ingrédients de la démobilisation, de la désobéissance et de la faiblesse des troupes.

En 1999, les militaires avaient été écoutés

Cela n’est pas sans rappeler cette autre marche pacifique, celle des militaires le 15 juillet 1999, une fois encore à travers les artères de la capitale pour réclamer leur dû (remboursement de retenues qui avaient été opérées sur leurs traitements de 1990 à 1998 ; indemnités non versées au titre des missions de maintien de la paix, que nos militaires avaient effectuées à l’extérieur du Burkina).

En son temps, la grande muette s’était fait entendre et satisfaction lui avait été donnée avec une promptitude efffarante. Aujourd’hui les temps ont bien sûr changé et les acteurs aussi. Conséquence, les marcheurs du vendredi ont reçu un tout autre accueil, celui des lanceurs de gaz lacrymogènes, dont les crépitements ont renvoyé les Ouagavillois des années en arrière.

Mais que revendiquent-ils exactement, les policiers frondeurs ? Dans une correspondance adressée à qui de droit, dont copie nous est parvenue, ils font le constat que "la police burkinabè est l’ombre d’elle-même, et délaissée depuis toujours. Elle est à l’image d’une chauve-souris, bête qui se trouve à cheval entre le mammifère et l’oiseau. Cela pour signifier qu’elle n’a ni statut ni identité".

Aussi disent-ils avoir décidé de prendre leur destin en main à travers la plate-forme revendicative qui suit :
- Les indemnités de garde doivent désormais apparaître sur les bulletins de paie et les arriérés d’indemnités faire l’objet d’un rappel ;
- vu l’insécurité grandissante, il est impérieux que le policier dispose de moyens adéquats pour mener à bien sa mission (pistolet automatique, menottes, aérosol, sifflet, etc.) ;
- la construction de l’internat, dont la première pierre aurait été posée en 2001, doit être concrétisée afin de protéger les élèves des agressions et des dépouillements dont ils font chaque fois les frais ;
- exigence d’indemnités pour les agents qui usent de leurs propres moyens de locomotion pour traquer les délinquants ou assumer leur déferrements ;
- relèvement du niveau du recrutement à la base, eu égard aux différentes disciplines enseignées à l’Ecole nationale de police (Droit pénal général, spécial, civil, administratif, procédure pénale), niveau BEPC au cycle agent ;
- initiation des agents à l’anglais et aux Nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) afin qu’ils puissent faire face au phénomène de la mondialisation ;
- transparence dans la gestion des services payés et des ristournes ;
- un statut propre à la police nationale burkinabè ;
- le droit d’être syndiqué.

Les policiers ont aussi une pensée pour leurs camarades tombés sur le champ de bataille, au nombre desquels :
- l’assistant de police Ouédraogo Innocent ;
- le commissaire de police Coulibaly Dramane ;
- l’assistant de police Ouédraogo Issa ;
- le brigadier de police Ouédraogo Cyprien ;
- les agents de police Poda Francis et Da Sansan. Maintenant, quel sort les autorités réserveront-elles à tant de revendications bruyantes ?

Des revendications fondées

Si l’on admet que depuis les dernières années, un petit quelque chose est fait dans le sens de l’amélioration des conditions de travail, il est loisible de constater que leur cahier de doléances est fondé quand bien même la voie empruntée est tortueuse. D’ores et déjà, on peut affirmer que la crise est prise au sérieux au sommet. Le ministre de la Sécurité a d’ailleurs décidé de la fermeture temporaire de l’Ecole nationale de police, six policiers, considérés comme les meneurs, ont été interpellés.

En attendant que les jours à venir nous situent sur l’issue de cette crise, il est à craindre qu’elle procure une nouvelle jeunesse à l’insécurité. Ce ne sont pas les partisans du moindre effort, les amateurs du gain facile qui écument la cité qui s’en plaindront. Espérons que les protagonistes sauront trouver un terrain d’entente afin que jamais les éperviers ne jubilent.

Bernard Zangré
Observateur Paalga

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