Actualités :: Mgr Paul Ouédraogo, évêque de Fada : « Le Saint-Esprit a son rythme de travail (...)

Sur les cinq paroisses que compte le nouveau diocèse de Dori, trois relevaient de Fada (Dori, Gorom-Gorom et Sebbah) et deux de Ouahigouya (Aribinda et Djibo).

Lors de notre reportage sur ce nouveau diocèse, le 13e du Burkina, initié pour notre édition de Noël (cf L’Observateur Paalga N°6297 du vendredi 24 au dimanche 26 décembre 2004) alors que nous nous apprêtions à plier bagages pour regagner Ouagadougou, nous avons eu la veine de tomber sur Mgr Paul Ouédraogo qui est évêque de Fada depuis le 24 mai 1997.

Vu que Dori relevait de sa juridiction ecclésiastique, nous n’avons pas manqué de réaliser avec lui cet entretien qui ne manque pas d’intérêt. C’était le 19 décembre 2004, dans le salon du presbytère de Dori, peu après 19 heures.

L’érection de ce diocèse est certainement l’aboutissement d’un processus. Pouvez-vous nous en faire la genèse ?

Effectivement, la création d’un diocèse est toujours l’aboutissement d’un processus plus ou moins long. Depuis 1998, et avec monseigneur Philippe Ouédraogo, évêque de Ouahigouya qui avait la paroisse de Djibo et d’Arbinda nous nous sommes toujours posé des questions sur l’évangélisation au Sahel, sur les possibilités qu’on avait d’organiser, de dynamiser cette évangélisation.

Nous avons commencé par réunir une fois chaque année l’ensemble des agents pastoraux qui travaillaient dans cette zone (les prêtres, les religieuses et les catholiques). C’était des rencontres de concertation à la découverte des différentes ethnies du Sahel : les Peuls, les Touaregs, les Sonrhaïs, les Foulsés, etc.

Cela nous a permis de nous rendre compte que cette entité était quand même spécifique. A cause de la grande population qui était islamisée, mais aussi des possibilités d’évangélisation et de collaboration dans le cadre du dialogue inter-religieux entre chrétiens et musulmans. L’idée d’en faire une entité spéciale nous est venue.

On s’est dit qu’il est bon de commencer par augmenter le nombre de paroisses. Il n’y avait que la paroisse de Djibo et de Dori, qui avait des agents pastoraux. En 1997, quand je suis arrivé comme évêque de Fada, il y avait un problème de personnel et Gorom-Gorom était desservi par l’équipe de la paroisse de Dori.

Avec Mgr Philippe, on s’est dit qu’il faudrait au préalable porter les paroisses de cette région à 5 pour permettre à l’autorité ecclésiastique à Rome de voir ce qu’on peut faire pour cette entité. Ainsi, on a créé la paroisse d’Arbinda dans le diocèse de Ouahigouya et celle de Sebbah dans le diocèse de Fada N’Gourma.

Quelle est la procédure qui a suivi, après que vous avez augmenté le nombre de paroisses ?

Nous avons présenté cette entité à Rome du point de vue administratif, social, économique, les infrastructures routières, scolaires, sanitaires, de télécommunications en nous appesantissant sur la situation pastorale (le nombre de catéchistes, de prêtres, de religieuses qu’on pouvait y trouver).

Tout cela contenu dans un important dossier d’une soixantaine de pages. Une fois que le dossier était prêt, en 2002, nous avons posé la question à la conférence épiscopale Burkina/Niger avec l’ensemble des prêtres du Burkina, en disant que nous sommes prêts. L’entité sahélienne, nous la connaissons.

Est-ce qu’on ne pourrait pas demander la création d’une entité spécifique pour cette zone ? Nous avons discuté entre évêques et nous sommes arrivés à la conclusion qu’il faudrait créer ce diocèse.

Mon frère Philippe et moi avons cosigné la lettre à la congrégation pour l’évangélisation des peuples, pour solliciter, au nom de la conférence épiscopale, la création de ce diocèse.

Donc, de 2002 à 2004, il fallait étudier le dossier et en novembre 2004, nous sommes arrivés à la création de ce diocèse.

Quand l’évêque nommé prendra-t-il fonction ?

On ne peut pas donner de date précise maintenant. Nous pensons au mois de mars 2005. L’évêque est parti à Rome, accompagné de Mgr Philippe Ouédraogo et il revient ces prochains jours (NDLR : l’interview a eu lieu le 19 décembre 2004). Il faut que nous reprenions contact avec eux pour savoir s’ils sont venus avec des éléments nouveaux permettant de déterminer une date officielle.

Quand on nomme un évêque et qu’il va à Rome, qu’est-ce qu’il y fait ?

D’abord il part se présenter à la congrégation pour l’évangélisation dont nous dépendons. Il se présente également au pape pour le remercier de la grande confiance qui lui a été faite, même si c’est une responsabilité qui lui a été confiée.

Il y a également des cas pratiques pour l’habillement, que ce soit pour la soutane noire et violette lors de nos déplacements, les robes, les problèmes de mitre ou de crosse. Donc il y a un trousseau qui est plus facile à constituer là-bas (à Rome) qu’ici.

C’est quoi la particularité de cet évêché, quand on sait que dans la zone, il n’ y a pas de Peulh catholique ?

L’Eglise en terrain d’islam continue d’être là pour l’évangélisation. Cette évangélisation qui consiste à annoncer la bonne nouvelle de Jésus Christ. Elle le fait dans le message qu’elle transmet ; surtout dans la patience et dans l’espérance. Je ne vois pas pourquoi il faudrait aller avec précipitation pour baptiser.

Ce n’est pas nécessaire. Ensuite, il y a même la transformation du cœur, du milieu, des conditions de vie de la population. Et tout cela fait aussi partie de l’évangélisation : mettre les gens debout et faire de leurs conditions de vie les plus épanouies et les plus heureuses. C’est la mission de l’Eglise.

C’est vrai que nous n’avons pas pour le moment de catholiques peulhs ; mais la qualité des relations entre les catholiques et les musulmans est certainement l’une des plus fortes dans ce pays.

L’Union fraternelle des croyants, qui m’a amené à Gorom-Gorom (Ndlr : l’évêque revenait d’une mission dans cette ville), regroupe des musulmans et des chrétiens qui travaillent ensemble dans le cadre du développement, de l’hydraulique, de l’agriculture, de la maraîcherculture et de l’élevage.

Mais ils le font ensemble et ça participe au travail de l’Eglise. Nous avons du catéchuménat chez les Gourmantchés de Sebbah, du catéchuménat chez les Mossis disséminés à travers cette zone, chez les Foulsés de Djibo, chez les Sonrhaïs de vers Falagountou.

Donc il y a un mouvement de catéchuménat qui est possible. Je pense qu’on crée un diocèse non pas pour récompenser les chrétiens, mais pour permettre à l’Eglise de mieux organiser l’évangélisation dans une zone donnée.

La paroisse de Dori existe depuis les années 60. Le constat est que jusqu’aujourd’hui, on ne voit pas les autochtones adhérer à la foi chrétienne. Est-ce qu’il n’y a pas comme un sentiment d’échec pastoral ?

Non ! Pas du tout ! Comme je vous l’ai dit, le climat de fraternité entre les deux populations fait partie de l’évangélisation. Déjà, la possibilité pour les chrétiens et les catholiques de témoigner de leur foi, où le respect mutuel et la fraternité sont présents, est très louable. C’est déjà heureux.

Vous avez un évêque en Irak, en Libye, en République islamique de Mauritanie. Ce qu’ils ont comme travail, ce n’est pas de baptiser à longueur de journée, mais c’est de rendre le message de Jésus Christ disponible.

C’est un message qui est chargé d’abord de transformer le cœur des hommes sur le terrain de la justice, de la fraternité, de l’acceptation réciproque et de l’accueil mutuel. Je pense que le message de l’Evangile porte sur ces aspects. Cela, on peut l’obtenir même si on n’a pas baptisé les gens.

Peut-on néanmoins affirmer que les Peulhs sont fermés à l’Evangile ?

Pas du tout ! C’est chez les Peulhs de Dori qu’il n’y a pas encore de baptême. Mais dès lors qu’ils quittent leur milieu, ils peuvent devenir catholiques. Lorsqu’il y a des pressions sociologiques, c’est difficile.

Au Mali, la majorité des évêques étaient des peulhs. En Guinée, vous avez des peulhs chrétiens. Certes il y a des milieux que l’histoire a rendu plus ou moins perméable ; il n’y a pas une ethnie en tant que telle, dont on peut dire qu’elle est fondamentalement fermée à l’évangélisation.

Mais cela exige un travail de patience et d’espérance, au rythme que l’on peut. Et le premier travail commence par l’apprentissage de la langue du milieu où l’on est. Cela permet aux peulhs de découvrir qu’on peut rencontrer des gens qui aiment les Peulhs au point d’appendre le peul !

C’est apprendre la langue pour pouvoir converser avec eux. C’est la première démarche de toute évangélisation. C’est se mettre à la disposition des intéressés et parler leur langue ! Ce que le seigneur va faire de ça, ça ne te regarde pas !

Mais il ne faut pas chercher des résultats extraordinaires dans les deux ou trois ans. Peut-être que ce n’est pas à ce rythme là qu’aime travailler le Saint-Esprit.

La cohabitation avec l’islam a-t-elle toujours été bonne ?

Les choses ont bien changé, il faut le reconnaître. Les premiers catéchistes ici, qui ont essayé d’élever des cochons, c’était tout un problème ! On poursuivait les cochons et on les tuait !

Vous aviez une agressivité qui se développait à l’endroit d’une bête, mais qui, en réalité, cachait l’agressivité à l’endroit de son propriétaire. Aujourd’hui, si vous arrivez à la marre de Dori, vous remarquerez que les vaches et les cochons sont ensemble, en train de chercher leur nourriture.

Ce sont les relations fraternelles qui ont quelque part provoqué cela ! Une certaine agressivité qui existait au niveau de la vache et du cochon est tombée. Et c’est de ça qu’on a besoin pour améliorer le vivre-ensemble. Quand la maladie ou la faim ou la soif vient, elle ne demande pas si vous êtes catholiques ou musulmans !

Donc il y a tellement de choses qui nous unissent et que nous devons nous donner la main pour combattre les maux communs. Nous reconnaissons que nous sommes croyants, nous n’avons pas la même conception religieuse, mais il est possible de se donner la main et de travailler ensemble afin de créer un foyer de fraternité ; et pour moi, ce foyer est réel dans le Sahel.

Sans porter un jugement sur le choix du Vatican de nommer Mgr Joachim Ouédraogo comme premier évêque de Dori, nous nous faisons l’écho de l’homme de la rue, qui pense que la nomination d’un évêque qui porterait les noms Diallo, Sidibé, Barry ou Cissé aurait été un signal plus fort à l’endroit des autochtones de ce nouveau diocèse. Qu’en pensez-vous ?

Le choix de la personne n’est pas si important. Quel que soit l’évêque nommé dans une région, on lui demande de faire corps avec le diocèse dont il est responsable. Donc l’évêque est appelé à se faire peulh chez les Peulhs ou Bobo chez les Bobos.

C’est ce qu’on attend d’un évêque dans la perspective de saint Paul. Sinon on n’allait pas commencer par des évêques européens en Afrique, qui étaient surtout capables de se faire africains dans les différentes zones où ils avaient été affectés.

C’est cette succession qui continue toujours. C’est le pasteur qui doit être à côté des brebis, près de ses brebis et à leur disposition à tout moment, et en les prenant comme elles sont.

Vous avez donc foi que la mission va porter fruit dans ce nouveau diocèse ?

Absolument ! J’entrevois même des perspectives extraordinaires en matière de catéchuménat dans ces différentes zones. Au point de vue échelle, quand on arrive, on a l’impression que le Sahel est sous peuplé.

Pourtant, le diocèse qui vient de naître a une superficie de 36 000 km2 et va être le diocèse le plus grand, après celui de Fada-N’Gourma. Ce diocèse a aussi une population de plus de 700 000 habitants.

Cela signifie qu’il a plus de population que d’autres qui en ont 400 000 ou 500 000. Il y a beaucoup d’espérance. Bien sûr on ne va pas assister à la création de grandes communautés catholiques comme Ouagadougou, Koupéla ou Diébougou, mais je pense que l’Eglise s’est toujours habituée à grandir petit à petit, au rythme que l’Esprit lui donne de vivre.

En fait, la conversion, c’est le Saint-Esprit qui l’opère. Les agents pastoraux que nous sommes, mettons à la disposition de l’Esprit saint notre générosité, notre courage, notre travail, notre prière, en somme toute notre personne ; mais l’acteur principal de la mission, c’est le Saint-Esprit, et pour moi, rien n’est impossible à Dieu.

Entretien réalisé par San Evariste Barro & Issa K. Barry

L’Observateur Paalga

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