Actualités :: Meeting-marche des syndicats : "Augmentez nos salaires de 25% (...)

Les chiffres font froid au dos : "de 1994 à aujourd’hui, les prix de l’essence ordinaire, du pétrole, de l’huile, du sucre, du ciment, des journaux (quotidiens) ont augmenté respectivement de 53,26%, 243,75%, 50%, 40,84%, 96% et de 100% ; soit en moyenne 97,30% en dix ans, c’est-à-dire 9,73% par an".

Sans compter la flambée des prix des céréales, le dossier Rood Woko et des "affaires pendantes" qui "pourrissent dans les tiroirs de la Justice". Les centrales syndicales et les syndicats autonomes n’en pouvaient plus. Le 18 décembre, ils ont protesté à Ouagadougou, à travers une marche et un meeting pour revendiquer une "politique sociale juste et équitable".

1h35 mn de marche, 1h07 de meeting. Au total, 2h42 mn de protestation. Bourse du travail, Place des cinéastes, Maison du peuple, Rond-point des Nations unies, quartier Dapoya, Cité An 3, Place de la Nation et retour à la Bourse du Travail. Les manifestants ont effectué une halte à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). Là, attendaient des représentants du gouvernement. Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Jeunesse, Alain Ludovic Tou, n’était pas au rendez-vous. Absent "pour des raisons indépendantes de sa volonté". L’un de ses conseillers techniques, Thimotée Soulama, chef de la délégation gouvernementale, l’a signifié aux leaders syndicaux. N’empêche, le "président du mois" des centrales syndicales, Jean Mathias Liliou, et ses "camarades" leur ont remis un message à transmettre au Premier ministre Paramanga Ernest Yonli. "Ce message parviendra à qui de droit", a rassuré M. Soulama.

Mais les syndicats disent être frustrés par l’attitude du gouvernement : "Ce sont des foutaises ; pour un événement majeur comme celui-là, il fallait que le ministre lui-même soit là", note visiblement déçu, un syndicaliste. Et un autre de cracher ses vérités en s’adressant aux manifestants, à la Bourse du travail : "Le gouvernement a encore eu peur des syndicats ; nous devons persévérer dans la lutte car toutes les victoires engrangées de la Haute Volta au Burkina Faso l’ont été par ce genre d’événement".

Les "dossiers pendants" continuents de "pendre"

Tour à tour, les Secrétaires généraux des centrales syndicales (CGT-B, CNTB, CSB, FO/UNSL, ONSL et USTB) sont montés au créneau pour déverser leur colère sur le gouvernement, dénonçant de façon acerbe "la politique anti-syndicale et anti-sociale actuellement en vigueur". Les manifestants ont scandé des slogans hostiles au régime Compaoré. Ils ont battu le pavé en dénonçant à l’unisson, "les privatisations sauvages, le blocage des avancements et des salaires, le renchérissement du coût de la vie, l’instauration des vignettes, le programme d’ajustement structurel (PAS) ...".

Une kyrielle de maux qui porte atteinte, selon eux, au développement humain durable. L’un des manifestants a même rappelé le "triste rang" du Burkina dans les classements annuels du PNUD : "Depuis 1994, notre pays est dans le cercle infernal des cinq derniers pays. Et voilà que le gouvernement continue de nous rendre la vie impossible".
Les leaders syndicaux ont cependant relevé des résultats positifs : "nous nous sommes réjouis du relèvement du taux de l’annuité de 1,33% à 2% qui induit une augmentation des pensions des travailleurs des secteurs parapublics et privés", a déclaré Jean Mathias Liliou.

Les syndicats ont aussi bien apprécié " l’engagement pris par le gouvernement de traiter certains dossiers de conflits de travail". Mais attention : "seuls les dossier des travailleurs de l’Abattoir frigorifique et des grosses de jugement des agents de Faso Fani ont été en partie traités", souligne M. Liliou. Les autres affaires pendantes continuent de "pendre" en attendant une éventuelle "délivrance". SOREMIB, SONAR, INB, Garage germano-burkinabè, CNEA, Burkina granit et bien d’autres dossiers "pourrissent dans les tiroirs de la Justice", déplorent les syndicats. Ils ont aussi dénoncé les "licenciements abusifs" et appelé le gouvernement à apporter rapidement une réponse honorable" au dossier "marché de Rood-Woko, incendié en mai 2003".

Les manifestants ont exprimé leur ras-le-bol face à la hausse des prix des denrées de première nécessité et la baisse de leur pouvoir d’achat. Le point focal des revendications se résume en une phrase : "Augmentez nos salaires de 25% !" .Selon les leaders syndicaux, le gouvernement entend aborder cette question en fin 2005. "C’est trop loin ; on risque de mourir avant cette date", s’est énervé une femme. Un rictus d’ecoeurement a aussitôt déformé ses livres...

Par Hervé d’AFRICK


Les "exigences" des syndicats

- "1. L’augmentation conséquente des salaires
- 2. La réduction des taxes qui frappent les produits de consommation courante, en particulier les hydrocarbures et les céréales
- 3. La réhabilitation diligente du marché Rood-woko
- 4. Les réponses au cahier de doléances 2004
- 5. L’exécution des engagements pris par le gouvernement dans le cadre des concertations avec les syndicats".


Leçon d’histoire

"La manifestation de ce jour se veut un signal fort, un avertissement au gouvernement afin qu’il prenne la mesure des préoccupations des travailleurs, mais surtout de leur détermination à se battre pour obtenir l’examen et la satisfaction de leurs revendications urgentes. De ce point de vue, le choix du 18 décembre n’est pas fortuit. Cette date nous rappelle les grandes manifestations menées en 1975 par les organisations syndicales pour empêcher la mise sur pied par le général Sangoulé Lamizana de son Mouvement national pour le renouveau (MNR) qui n’était autre qu’une tentative d’instauration du parti unique dans notre pays.

Ainsi, les 17 et 18 décembre 1975, à l’appel des centrales syndicales, une grève générale avait paralysé particulièrement toute la ville de Ouagadougou qui avait l’allure d’une ville morte. Les organisations syndicales ont ainsi porté dans la rue les revendications populaires. Du reste, les dates des 17 et 18 décembre constituent, avec celles du 3 janvier et du 1er mai, des dates importantes que nos organisations ont convenu de commémorer"

Source : déclaration des syndicats


LES A-CÔTES DE LA MANIF’

* "Bénissez cette marche !"

L’un des manifestants a demandé à un vieillard qui observait la marche au niveau du marché de Sankariaré, de la bénir. "Nous vous demandons d’implorer les ancêtres pour que le prix de l’essence diminue. Faites quelque chose s’il vous plaît", a-t-il lancé au vieil homme. Ce dernier a donné son accord par un signe de tête. "Merci beaucoup !", lui a répondu le jeune manifestant avant de scander un slogan contre le régime Compaoré.

* Ces mariés-là...

Le service de sécurité des syndicats a arrêté un cortège de voitures dans lequel se trouvaient un homme et une femme qui venaient juste de se marier à l’Hôtel de ville. "Mariage-là, c’est bon mais si la vie est dure, ça peut pas aller loin", a lancé un étudiant au jeune couple. "Fallait venir manifester avec nous avant d’aller vous marier". Et une femme d’ajouter qu’"à l’allure où les choses vont, vous risquez de ne pas avoir l’argent de la popote. Les prix des condiments ne cessent d’augmenter..." Mais les mariés n’ont rien entendu ce discours. Les vitres de leur voiture étaient bien verrouillées.

* "S’il vous plaît, n’oubliez pas Rood-Woko !"

Après le Rond-point des Nations unies, un commerçant a interpellé les manifestants : "S’il vous plait, n’oubliez pas l’affaire du marché-là !". L’un des membres de la CGT-B a alors piqué une colère : "Imbécile ! Viens marcher avec nous. Tu crois que c’est en regardant les autres marcher que les choses vont changer ?". "On va venir", a promis le commerçant sans pour autant rejoindre la file des manifestants.

* Vétérans du Liberia

"Justice pour les vétérans du Liberia", pouvait-on lire sur une pancarte. Celui qui la tenait, un jeune homme d’une vingtaine d’année, en était fier. Par moment, il se mettait aux abords de la voie pour présenter cet écriteau aux observateurs de la marche.

* Ouaga, Bobo, Koudougou... sauf Gaoua

Un leader syndical a déclaré à la Bourse du travail que "les travailleurs sont en train de manifester dans toutes les provinces sauf à Gaoua". La raison ? "C’est que le président du Faso y est pour la Journée nationale du paysan et toutes les routes sont barrées". Mais "rassurez-vous, nos camarades ont décidé de faire quelque chose", a-t-il ajouté sans dire de quoi il s’agit.

* Une déclaration vendue à 100 FCFA

La déclaration présentée par les centrales syndicales et les syndicats autonomes a été multipliée par les organisateurs et vendue à 100 FCFA. Certains manifestants ont boudé le fait que le document leur soit vendu au lieu d’être distribué gratuitement. D’autres n’ont pas hésité à mettre la main à la poche.

* Ni policiers, ni gendarmes

Pendant la marche, aucun "corps habillé" n’a été observé sur le trajet. Six militaires étaient cependant postés devant le Camp Guillaume Ouédraogo au passage des manifestants. Mais les choses se sont plutôt bien passées.

* Encore le PCRV !

Le Parti communiste révolutionnaire voltaïque (PCRV), parti clandestin, était au rendez-vous. L’une de ses déclarations a été distribué aux manifestants. Morceau choisi : "Cette année 2004 est particulièrement difficile pour les travailleurs et le peuple qui subissent de plein fouet, une avalanche de hausses des prix des produits de consommation courantes". Le PCRV a également décoché des flèches sur le régime Compaoré et appelé le peuple à "s’organiser davantage avec lui" pour un Burkina meilleur.

* La veuve Zongo était là

Elle était aux manifestations commémoratives du drame de Sapouy le 13 décembre dernier. La revoilà sur le "champ de bataille". Geneviève Zongo, l’épouse du journaliste assassiné, Norbert Zongo, est allée joindre sa voix à celle des manifestants, pour "plus de justice sociale". Juste avant le début de la marche, elle a salué le Secrétaire général de la CGT-B, Tolé Sagnon, en lui disant "bonjour, camarade !"

Rassemblé par Hervé D’AFRICK
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