Actualités :: Mendicité : Un dilemme pour les cœurs sensibles

En Afrique, la solidarité entre les hommes demeure une vertu cardinale. On a toujours un petit pincement au cœur si on n’arrive pas à donner une petite pièce de monnaie à un indigent qui ne demande qu’à pouvoir mettre quelque chose sous la dent. Mais il y a de quoi s’inquiéter face à l’ampleur que prend le phénomène.

Madame Bibata a eu la chance de mettre au monde deux enfants en une grossesse. Mais dans la réalité, ses gosses ne répondent pas à la qualification de vrais jumeaux selon la science. Qu’à cela ne tienne, madame va exploiter la situation à fond. Aujourd’hui avoir des jumeaux ou du moins deux enfants sensiblement égaux est une aubaine pour une femme qui n’a rien à faire ou qui ne veut rien faire pour gagner son pain quotidien. Bibata qui vivait à Pouytenga à plus de 100 kilomètres de Ouagadougou décide de venir dans la capitale. Du quartier périphérique où elle habite, elle parcourt chaque jour la ville pour demander l’aumône au nom des jumeaux.

Les pièces qui tombent dans le bol de plastique sont conservées avec soins après avoir donné le minimum vital aux enfants. Quelle ne fut la surprise du voisinage quand un jour "kinkirss ma"(la mère des jumeaux) comme on l’appelait dans le quartier a acheté un vélo dame neuf qu’elle utilise désormais pour se rendre à son lieu de "travail". Les efforts de chacun visent à améliorer ses conditions de vie mais avouons que ça frise l’indécence.
Boureima est un marabout. Il a étudié le coran mais c’est un gros paresseux. L’homme rechigne à la tâche et préfère vivre sur le dos des autres.

Pour bien faire voir à ceux qui croient que lui donner quelque chose leur ouvrira les chemins du ciel, Boureima s’est fait indigent. "Il a perdu l’usage de ses yeux"et porte des lunettes noires pour bien le montrer. Les usagers de la voie qui mènent au quartier Cissin après le pont sis non loin du marché de Paag-la-yiri le voient assis sur sa peau de mouton promettant le paradis ou une vie meilleure à qui veut lui donner quelque chose. Le problème c’est que Boureima a des yeux pour conduire le vélo qu’il a acquis au son de sa voix jusqu’à son domicile sans l’aide de qui que ce soit.

Ces exemples montrent comment des citoyens peuvent utiliser des subterfuges pour jouer sur la sensibilité des autres. Nous ne disons pas que tous ceux qui arpentent les rues des villes du matin au soir pour chercher de quoi tromper leur faim sont des malhonnêtes. La majorité a un handicap réel qui fait d’eux des êtres dignes du soutien de la société.

Le prétexte de l’école coranique

A la chaîne des quémandeurs à la moralité douteuse, il faut ajouter ces enfants supposés être des élèves coraniques. Ils donnent un visage encore plus laid à la mendicité. Voir des garçonnets de moins de 10 ans se lever avec le soleil, qui commencent à sillonner la ville à la collecte de jetons donne le haut le cœur. Sous le couvert d’enseignement de la science islamique, des "criminels" d’un autre genre réduisent à néant le futur de toute une génération. Pourtant aucune prescription ne recommande une telle mendicité . Au contraire. Ces sangsues doivent donc être combattus pour le mal qu’ils font à leurs semblables.

Quand vous abordez ces bambins, ils vous disent qu’il y a un montant minimum à apporter par jour à leur maître. Celui qui ne s’acquitte pas de ce devoir est châtié à la hauteur de "l’offense". Qui ne se rappelle pas ce garçon qui a perdu l’usage de ses membres supérieurs parce que son diseur de la bonne parole dans la région de Dori l’a attaché tel un animal d’abattoir pour cause de non-exécution d’une tâche à lui confiée ?

Les autorités doivent faire quelque chose

Le phénomène de la mendicité est en train d’atteindre un seuil critique au Burkina.Dans les coins de rue vous voyez des hommes et des femmes parfois accompagnés d ’enfants en très bas âge comme les jumeaux ou supposés tels qui implorent les passants soit du regard ou de la voix.

Quand un homme perd jusqu’à la dignité tout lui devient faisable. Il faut se pencher sérieusement sur la situation pour trouver ne serait-ce qu’un début de solution. Laisser les vrais et les faux mendiants écumer les centres urbains comme on le voit actuellement, c’est exposer les honnêtes citoyens à un danger potentiel.

La révolution avait tenté de solutionner le problème avec les cours de solidarité mais l’expérience a tourné court à cause de la mauvaise organisation. Il ne serait pas inutile de la réactiver en l’améliorant. Il est toujours mieux de soigner le mal à la racine pour éviter de mettre à mal tout le corps.

par Ahmed Nazé
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