Actualités :: Justice : Le pasteur Israël Paré condamné à 18 mois ferme

Le tribunal correctionnel de Ouaga, sous la direction du juge
Seydou Millogo, s’est penché, le vendredi 20 août 2004, sur le
dossier d’accident mortel dans lequel sont impliqués le Pasteur
Pascal Israël Paré et 4 de ses fidèles. A l’issue du jugement,
l’homme d’Eglise, poursuivi pour homicide involontaire, délit de
fuite et défaut de maîtrise, a été reconnu coupable et condamné
à 18 mois de prison ferme et à 3. 600 F CFA d’amende.

Quant à ses fidèles et co-prévenus, chacun d’eux a écopé de 8 mois avec sursis après avoir été reconnu coupable de complicité de délit de fuite.

Comme annoncé dans notre édition du 20 août, c’est ce même
jour que le Pasteur Israël Paré et 4 autres personnes ont
effectivement comparu devant le tribunal correctionnel de
Ouaga. Le Pasteur a répondu à la barre de cette juridiction des
faits d’homicide involontaire, de délit de fuite et de défaut de
maîtrise. En d’autres termes, il est reproché à l’homme de Dieu
d’avoir perdu le contrôle de sa voiture (défaut de maîtrise) qui a
accidentellement ôté une vie humaine (homicide involontaire)
sans qu’il ne s’arrête (délit de fuite).

Les 4 autres personnes ont
répondu chacune de complicité de délit de fuite pour avoir aidé
le Pasteur à dégager sa responsabilité de l’accident qu’il a
causé.

Les faits pour lesquels les 5 hommes sont poursuivis se sont
déroulés dans l’après-midi du vendredi 23 juillet 2004 sur la
route nationale n°6 (Ouaga-Saponé). Il s’agit d’un accident de la
circulation survenu ce jour-là à 25 km de Saponé et dans lequel
Jean Baptiste Tiemtoré, 18 ans, a trouvé la mort, percuté par une
voiture de marque Nissan, type Primera. Au volant de celle-ci, le
Pasteur Israël Paré en compagnie de son épouse. Les
circonstances exactes de l’accident ont été expliquées à
l’audience par le Pasteur et sa femme interrogés sur le sujet.

Disant craindre pour sa vie, le Pasteur a poursuivi sa route

Avant de répondre aux questions du tribunal, l’homme de Dieu,
interrogé le premier à 9 h passées, a reconnu les faits et
demandé pardon. Sur les circonstances, il dit que le jour de
l’accident, il se rendait à Ipelcé où il réside depuis 22 ans. A un
moment donné, et à l’entrée d’un village, il a aperçu un camion
benne sur le côté gauche de la route et un piéton arrêté au bord
de la voie. Arrivé à hauteur du camion, il klaxonne. Sans rien
comprendre, dit-il, le piéton se jette sur sa voiture.
Instinctivement, il braque du côté gauche de la route comme
pour éviter le piéton et se retrouve dans le décor.

Néanmoins, il
parvient à redresser le volant et à remonter sur la route. Il
constate que le pare-brise côté passager est brisé. Sa femme
lui dit de s’ arrêter. Le Pasteur lui fait savoir que si d’aventure ils
s’arrêtaient, la population pourrait s’en prendre à eux "peut nous
détruire" pour reprendre sa phrase) au cas où celui qu’il vient de
percuter mourrait. L’homme de Dieu poursuivit sa route.

Arrivé
au niveau de la brigade territoriale de gendarmerie de Saponé
(devant laquelle il doit forcément passer pour aller à Ipelcé), sa
femme lui dit de signaler l’accident aux pandores qui n’ont
aucun intérêt à le lyncher. Il répond que ce n’est toujours pas
prudent et précise devant le tribunal que depuis l’affaire de
tentative de putsch pour laquelle il a été deténu à la
gendarmerie de Paspanga à Ouaga, il a désormais peur de
toute personne portant une tenue.

En plus du refus d’avertir la
gendarmerie, il fait savoir à sa femme qu’il faut même se
débarrasser de la voiture. En cours de route, il rencontre
Barthélemy Ouédraogo, un des prévenus, agent d’agriculture à
la retraite qui était dans son champ. En ce moment, poursuit le
Pasteur, un voyant du tableau de bord signale que le radiateur
est à sec. L’homme d’Eglise s’arrête et explique ce qui lui est
arrivé à ce fidèle. Sa femme descend et il s’en va abandonner la
voiture au flanc d’une colline. Celle-ci sera recouverte de
branchages avec l’aide du fidèle qui a rejoint le Pasteur par la
suite après que la femme ait regagné Ipelcé.

Le camouflage fait,
le fidèle dépose le Pasteur chez lui sur son cyclomoteur.
Lorsque Mme Paré, qui a comparu comme témoin, a été
interrogée après les prévenus, elle a dit, concernant les
circonstances, que le jeune leur donnait dos. Arrivé un peu à sa
hauteur, son mari, qui croisait un camion venant en sens
inverse, a klaxonné. C’est à ce moment que le jeune homme
s’est retourné pour se jeter sur la voiture. Elle reconnaît avoir
effectivement dit au Pasteur de s’arrêter d’abord sur les lieux de
l’accident et ensuite à la brigade territoriale de gendarmerie. Madame précise que son mari était troublé, et parlait seul au
volant. Vu cette situation, elle dit s’être mise en prière en vue d’arriver à bon port.

Des fidèles en action pour couvrir leur père spirituel

Après les circonstances de l’accident, les questions se sont
focalisées sur ce qui a été fait pour cacher la vérité aux
enquêteurs. Le tribunal fait cas d’un scénario monté par le
Pasteur pour se tirer d’affaire. Ce dernier nie et dit avoir exposé
le problème à 4 fidèles, ses co-prévenus, en vue de trouver une
solution. Ceux-ci lui ont dit de garder le silence en attendant
qu’ils fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour résoudre le
problème, soutient-il.

C’est alors que le tribunal s’est tourné vers
les autres prévenus pour connaître le rôle que chacun d’eux à
jouer pour couvrir le Pasteur. Premier à être interrogé, Richard
Kouraogo, garagiste de son état. Celui-ci déclare que c’est au
cours d’une rencontre chez le Pasteur, après l’accident, qu’il lui a
été dit de confier aux enquêteurs que la voiture était dans son
garage pour réparation quand un émissaire de l’homme
d’Eglise est venue la récupérer et causer l’accident.

Il a laissé
entendre devant le tribunal qu’il a demandé au Pasteur de dire la
vérité étant donné que la gendarmerie était déjà sur l’affaire. Ce
dernier n’étant pas disposé à le faire, il a finalement accepté ce
qui lui a été suggéré de peur, dit-il, d’être taxé de dénonciateur
de son chef spirituel.

Après le garagiste, c’est l’agent
d’agriculture Barthélemy Ouédraogo qui a été entendu. Puis vint
l’audition du comptable Georges Tiendrébéogo. C’est lui qui a
conduit les autres chez le Pasteur à Ipelcé pour une prière après
avoir été contacté par le sieur Ouédraogo. Informé dans les détails
de l’accident par le Pasteur, il dit avoir pris la décision d’entrer
dans le jeu pour mentir et couvrir son chef spirituel, pour gagner
du temps. C’est ainsi donc qu’il devait dire le lendemain à la
gendarmerie que c’est lui qui a amené le Pasteur à Ipelcé dans
sa propre voiture vu que celle de l’homme d’Eglise est au
garage comme il l’a déjà dit aux gendarmes.

Yaya Ouédraogo,
vendeur de voitures d’occasion et le seul du groupe à avoir été
libéré après pour cause de maladie , a été le dernier des
prévenus a être entendu. II dit avoir été informé de la rencontre
chez le Pasteur par le garagiste avec lequel il a embarqué de
Ouaga pour Ipelcé dans la voiture de Georges Tiendrébéogo.

Après avoir été mis au courant de l’accident par celui qu’il
considère plus proche de Dieu, il a dit s’être opposé à la
proposition de ce dernier de ramener dare-dare la voiture à
Ouaga dans la nuit du 23 juillet en vue de corroborer la
déclaration du Pasteur selon laquelle la Nissan était dans le
garage de Kouraogo. C’est face à son refus de jouer ce rôle, que
la version d’un émissaire du Pasteur venu prendre la voiture et
causer l’accident a été suggérée au garagiste. Si le jeune Yaya
a refusé de ramener la voiture à Ouaga, il n’a pas non plus
dénoncé le Pasteur comme cela se devait et c’est ce que le
tribunal lui a beaucoup reproché.

3 ans ferme requis contre le Pasteur

L’audition des prévenus et du seul témoin, Mme Paré (les
témoins étaient en fait deux mais le tribunal s’est passé du
témoignage de Hervé Tiemtoré, petit-frère de la victime, à cause
de son très jeune âge) a fait place aux réquisitions du Procureur
du Faso, Adama Sagnon. Il n’a pas cru à la version de l’accident
donnée par le Pasteur. Pour lui, l’homme d’Eglise n’ a pas
d’abord respecté la limitation de vitesse ( 45 km/h) imposée par
le Code de la route à l’entrée de toute ville ou localité étant
donné que, et selon l’intéressé lui-même, il roulait à environ 80
km/h. Ensuite, le jeune homme ne s’est pas jeté sur la voiture.

Au moment de l’accident, la victime était en train de traverser la
route dit-il. La preuve est le freinage sur environ 33 m qui,
malheureusement, n’a pas permis d’éviter le choc vu que la
voiture roulait à vive allure. Enfin, le Pasteur ne s’est pas arrêté,
s’est débarrassé par la suite de la voiture et a monté un
scénario avec des fidèles pour se dédouaner. Au regard de ce
qui précède, il a demandé au tribunal de le reconnaître coupable
des charges retenues contre lui. Comme peine, il a demandé
que lui soit infligé 3 ans de prison ferme et une amende de
3.600 F CFA pour défaut de maîtrise. Concernant les autres
prévenus, il a également demandé qu’ils soient reconnus
coupables de la complicité de délit de fuite. A l’encontre de
chacun d’eux, le procureur a requis une peine de 12 mois avec
sursis.

Les avocats demandent la clémence du tribunal

Me Flora Kafando, avocate de Yaya Ouédraogo, a ouvert le bal
des plaidoiries. Elle a demandé au tribunal de comprendre
l’attitude de son client à savoir la non dénonciation du Pasteur
qui serait perçue comme une trahison du père spirituel chez qui
il s’est rendu, le jour des faits, pour une séance de prière
comme on le lui a dit au départ de Ouaga. Me Kafando a
demandé la relaxe de son client ou à défaut un léger sursis.

Me
Dieudonné Bonkoungou, avocat du Pasteur, a demandé
l’extrême clémence pour son client qui est aujourd’hui un
homme troublé. Il a aussi demandé aux juges de se mettre à la
place de l’homme de Dieu pour comprendre ce qu’il l’a amené à
fuir et aussi à entraîner d’autres personnes dans le pétrin.

Me
Abdoul Ouédraogo, avocat de tous les prévenus, a enfin plaidé
la culpabilité de ses clients et demandé pardon pour eux.
Concernant le Pasteur, il a a fait cas de crainte morale qui a
aggravé les faits et dont le tribunal devra tenir compte pour ne
pas voir l’homme de Dieu et les autres comme des personnes
ayant délibérément monté un scénario pour se soustraire à la
justice. A propos des peines requises, il les a trouvées
excessives et a demandé qu’elles soient ramenées à de justes
propositions pour vraiment servir de leçon.

Après les plaidoiries, le tribunal s’est retiré vers 11h 30 pour
délibérer. Trente minutes plus tard, le juge Millogo et ses
conseillers sont ressortis pour donner le verdict. Le Pasteur
Pascal Israël Paré a été reconnu coupable de l’homicide
involontaire, du délit de fuite et de défaut de maîtrise qui lui sont
reprochés.

En répression, il a écopé de 18 mois de prison
ferme et d’une amende de 3.600 F CFA pour le défaut de
maîtrise . Ses co-prévenus ont été également reconnus
coupables de complicité de délit de fuite et condamné chacun à
8 mois de prison avec sursis. Après le volet pénal, il reste celui
des intérêts civils (les réparations). Le tribunal a réservé lesdits
intérêts. En d’autres termes, la juridiction va y revenir lorsque les
parents de la victime se constitueront partie civile en faisant
connaître leurs demandes chiffrées de réparation du préjudice à
eux causé.

Par Séni DABO
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