Actualités :: Drame à Baléré : Le silence coupable des autorités locales

Le village de Baléré, dans la province du Gourma, a été le théâtre, en juin dernier, d’affrontements entre les habitants. Bilan non exhaustif de ce massacre, 10 morts et des blessés. Dans cet écrit, les signataires s’élèvent contre le silence des autorités dans ce drame.

Un soir de mars 2004, des individus à visage découvert se sont introduits au domicile de M. Idani Foldja dit Sadjo, et l’ont mortellement blessé en présence de quelques membres de sa famille. M. Idani a été évacué à l’hôpital Yalgado-Ouédraogo où il a rendu l’âme.

Après le décès de M. Idani, des membres de sa communauté ont arrêté pêle-mêle des personnes et les ont envoyées dans la cour du défunt, les ont ligotées, torturées, pour finalement faire appel à la gendarmerie, qui les a emmenées à la justice de Fada. Après enquêtes, les prévenus ont été libérés le 14 juin 2004 et chacun a rejoint son domicile.

Qu’ils soient coupables ou non, nous pensons que dans un état de droit, seul le juge est habilité à se prononcer dans de telles circonstances. Malheureusement, force est de constater qu’il y a encore au Burkina Faso des personnes qui s’érigent en juges interprètent les faits, les qualifient et les exécutent. C’est ainsi que le mercredi 30 juin 2004, le campement de Baléré a vécu des moments sans précédent.

Ce jour-là, des hommes armés de fusil de chasse, de machettes, ont envahi le campement, abattu tous ceux qui s’y trouvaient avant d’égorger certains d’entre eux. Après la razzia, les bourreaux se sont rendus à la gendarmerie de Fada pour annoncer victorieusement leur forfait.

De retour de la gendarmerie, les tueurs mettent de nouveau le cap sur le campement, où ils trouvent des rescapés en sanglots, qui enterraient leurs morts, ignorant que les cœurs des bourreaux ne s’étaient toujours pas attendris. Ils abattent de nouveau trois personnes, allongeant la liste à dix personnes, avec plusieurs portés disparus.

Pour comprendre les mobiles de ces crimes odieux, la presse, notamment la RTB, a contacté le haut-commissaire du Gourma. Monsieur le haut-commissaire, dans son intervention, a fait montre d’une ignorance coupable. En effet, ce dernier ignore non seulement la localité de Baléré, mais aussi et surtout les faits.

Pour ce qui concerne la localité, il a affirmé que Baléré dans le département de Diabo, n’était pas concerné, mais qu’il s’agit de Baléré, côté Fada ; ce qui suppose l’existence de deux Baléré.

Nous lui apprenons que Baléré est unique et se trouve dans le département de Diabo, et que ses habitants, principalement des éleveurs, s’y sont installés il y a plus de trente ans. A cette époque, il n’y avait pas un seul agriculteur. Ce n’est que plusieurs années après, lorsque les sols ont été bien fertilisés, que les agriculteurs se sont intéressés à la localité. Tous ses habitants relèvent bel et bien du département de Diabo.

Même si monsieur le haut-commissaire n’a pas participé activement aux recensements, nous pensons qu’il en a tout de même reçu les rapports. Il pourra d’ailleurs constater que toutes les victimes ont été recensées sur les listes de Diabo.

En ce qui concerne les faits, monsieur le haut-commissaire a avancé des propos d’une teneur gravissime : en affirmant que le problème est né des suites d’une erreur judiciaire, il laisse sous-entendre que ce sont les Peulhs de Baléré qui ont commis le crime et qu’en les libérant, la justice n’a pas fait correctement son travail.

Pour nous, la déclaration du haut-commissaire est totalement erronée. Monsieur le haut-commissaire, croyez-vous vraiment que des habitants de Baléré osent, à visage découvert, assassiner M. Idani dans sa cour et en présence des membres de sa famille ? En effet, il existe un problème foncier entre agriculteurs et éleveurs depuis de longues dates.

La récurrence de ces problèmes a amené à plusieurs reprises des délégations d’éleveurs de Baléré à contacter les autorités administratives de Diabo et de Fada, mais rien n’a été fait pour trouver une solution. Nous pensons que c’est cette indifférence, ce silence coupable qui a conduit aux événements tragiques du 30 juin 2004.

Par ailleurs, monsieur le haut-commissaire déclare qu’il y a eu au total huit morts. Ce qui est totalement faux et nous lui apportons la liste non exhaustive des victimes de cette boucherie :

1- BARRY Saïdou : tué, concession détruite, bétail disparu, 2- BOLY Sambo dit Dèbo : décapité, concession détruite, bétail disparu, 3- DIALLO Djougal : tué ; 4- SONDE Morebila : tué ; 5- SONDE Amadou (fils de SONDE Morebila) : tué ; 6- DIALLO Boré : tué ; 7 - BARRY Salou : tué ; 8- BARRY Barké : tué ; 9- DIALLO Djoubaïlou : tué ; 10- DIALLO Salou : tué.

Il existe aussi un nombre élevé de blessés graves et de disparus dont plusieurs enfants en bas âge. Signalons également que Boly Ali, frère aîné de Sambo dit Dèbo, qui a échappé de justesse, a vu sa concession détruite, son bétail disparu et sa femme, mère d’un bébé de moins de deux mois, grièvement blessée.

Monsieur le haut-commissaire, la bonne gouvernance ne se limite pas aux séminaires et aux cérémonies d’inauguration. Elle est un métier, un art et fait appel à l’intelligence et à la compétence. Par conséquent, elle ne sied pas aux fuites en avant.

En tout état de cause, le problème de Baléré, qui n’est pas un cas isolé, interpelle nos autorités sur le problème foncier dans notre pays, qui endeuille chaque année des familles entières.

Nous suggérons, compte tenu du nombre élevé d’éleveurs dans notre province, que tous les organismes y intervenant se concertent pour délimiter des zones de pâturage. Nous pensons notamment aux services de l’élevage, de l’agriculture, de l’environnement, du PNGT II, de l’ARICOPA et de toute autre structure qui pourrait apporter sa contribution.

Il est indéniable que l’agriculture et l’élevage sont complémentaires ; pour se développer, ils ont tous besoin de la terre, qui est une denrée qu’on ne peut pas accroître à volonté.

Faisons en sorte que ces deux importantes activités puissent se faire dans l’harmonie et la paix. Monsieur le haut-commissaire, en tant que représentant de l’administration centrale, vous devez œuvrer dans ce sens et non jeter de l’huile sur le feu.

Ouagadougou, le 6 juillet 2004.

Ont signé :

BOLY Moumini
DIALLO Mody
BOLY Ousséini
DIALLO Djibril
BOLY Idrissa
DIALLO Adamou
BOLY Mouni

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