Actualités :: Mise à pied d’agents du Laboratoire national de santé publique : Les raisons (...)

Sur dix agents du Laboratoire national de santé publique (LNSP) qui devraient effectuer à partir du 5 juin dernier, un déplacement au Maroc pour un stage d’un mois (30 jours), seul un, a accepté aller se faire former. Les neuf autres jugeant les conditions du stage insuffisantes ont catégoriquement refusé. Conséquences, une mise à pied de 15 jours pour les "récalcitrants". Genèse d’une situation avec le directeur général du LNSP, M. Daouda Traoré.

Sidwaya (S) : On parle de climat délétère au Laboratoire national de santé publique (LNSP), à quoi cela est-il dû ?

Daouda Traoré (DT) : Nous ne connaissons pas de climat délétère au LNSP. Je crois que Kantigui s’est un peu trompé dans ses humeurs. Si climat délétère il y a, c’est pour quelques agents qui ont pensé qu’ils avaient des vastes droits et ils pouvaient se permettre des comportements contraires à l’image que l’agent du laboratoire ou même le fonctionnaire doit donner. Alors le climat ne peut être délétère que pour eux.

S. : On parle pourtant de climat tendu entre la direction générale et certains employés. Qu’est-ce qui est à l’origine de cette situation ?

DT : Je dirai qu’avec l’importance des missions qui sont assignées au Laboratoire de santé publique et avec la nécessité pour nous, d’encourager le personnel et d’être véritablement compétents, nous avons obtenu grâce au gouvernement du Maroc, un stage pour former dix agents dans le contrôle de qualité des médicaments. Le stage devrait durer quarante cinq jours, mais compte tenu des questions budgétaires, nous avons ramené la durée de la formation à trente jours. Le stage a été obtenu y a plusieurs jours, mais nous ne savions pas les conditions précises de prise en charge du partenaire marocain. Nous avons tenu à connaître ces conditions avant d’envoyer nos agents.

Les partenaires marocains ont choisi de supporter tous les frais pédagogiques et ont alloué aux agents une somme de cent quatre vingt neuf mille (189 000) francs pour trente jours. Nous avons alors pris des mesures appuyées par le Conseil des ministres pour allouer à chaque agent en plus du soutien de la partie marocaine, une somme de sept cent trente neuf mille deux cents (739 200) francs. Alors, si nous faisons le calcul, (ce que le Maroc donne par agent plus ce que le Laboratoire donne), cela fait au total, la somme de neuf cent vingt huit mille deux cents (928 200) francs. Cette mesure a été portée à la connaissance des agents au cours d’une réunion. Nous leur avons donné des précisions sur les montants concernés et à quoi cela était destiné.

Nous leur avons dit que la partie marocaine c’est-à-dire, les 189 000 FCFA leur seront payé au Maroc et de concert avec notre ambassade, nous avons réservé deux appartements (qui leur serviraient de logements) dans le quartier même où ils devraient suivre leur stage et cela avec toutes les commodités.

Cela veut dire donc que les agents partaient avec les 739 200 FCFA en réalité juste pour l’alimentation, puisque le logement sera couvert par la partie marocaine à hauteur de 189 200 FCFA.

Les agents nous ont fait comprendre qu’ils voulaient non seulement les 928 200 FCFA mais aussi être logés et nourris au frais de l’établissement au Maroc. Sur cette question, je leur ai dit ceci : "nous sommes au Burkina Faso, en 2004, s’ils n’ont pas honte d’une telle revendication, moi j’ai honte à leur place". Je les ai conseillés d’aller faire leur stage, que je serai en contact étroit avec eux et l’ambassade est à leur disposition. J’ai même ajouté qu’en cas de problème, nous allons voler à leur secours. Le voyage devrait avoir lieu le 5 juin dernier et deux ou trois jours avant, ils ont refusé de prendre leur ordre de mission parce que les montants n’étaient pas suffisants. Il n’y a qu’un seul parmi eux qui a accepté y aller. Voilà comment cela s’est passé.

S. : Et quelle a été votre réaction devant ce refus ?

DT : Je leur ai dit, compte tenu des enjeux d’un tel refus et les relations que nous avons avec le Maroc, que s’ils ne partent pas pour le stage, le Maroc ne va plus nous prendre au sérieux. Par ailleurs, nous avons un aure projet avec ce pays dans lequel nous négocions quatre vingt millions (80 000 000) de F CFA pour acheter des équipements pour le contrôle des tensiomètres, les électrocardiographes... Tout cela pourraît être compromis s’ils se comportaient mal. J’ai alors expliqué la situation à notre ambassadeur qui a lui aussi noté que si c’est un seul qui effectue le stage, notre pays ne sera plus pris au sérieux par la partie marocaine. Notre laboratoire était cité en exemple par le Maroc qui nous a même construit un bâtiment.

Alors, en tant que directeur général, j’ai alors pris mes responsabilités, j’ai informé mes supérieurs hiérarchiques et j’ai fait sortir une note pour annuler la mission. J’ai aussi indiqué que des mesures seront prises pour qu’aucun agent ou groupe d’agents quel que soit leur titre et leur qualification ne puissent compromettre les intérêts de notre pays ou du laboratoire par des comportements capricieux.

J’ai envoyé à chacun, une demande d’explication écrite. Ils l’ont fait, mais personne ne s’est excusée. Ils ont simplement dit qu’ils n’avaient pas bien compris et que leur directrice était en séminaire, donc ils n’ont pas pu la contacter pour qu’elle m’informe à temps. Pourtant, toutes les informations ont été données en réunion, il y a des témoins et d’ailleurs, on ne refuse pas d’exécuter une mission ordonnée par le gouvernement.

En réponse, j’ai donné à chacun quinze jours de mise à pied. Ensuite, conformément aux propositions que j’ai faites aux supérieurs hiérarchiques et qui ont été acceptées, les fonctionnaires seront remis à la Fonction publique (puisque nous ne pouvons pas les employer) et les autres contractuels seront déployés dans d’autres services de l’administration pour ne pas détruire leur carrière.

Avec tout ça, ils continuent de faire des amalgames soit disant que les 928 200 F CFA leur appartiennent. Ils ont même dit au Syndicat des travailleurs de la santé humaine et animale, que je suis contre eux parce qu’il sont syndicalistes et que j’étais contre le SYNTHSHA et je veux les chasser. Pourtant, si tel était le cas, je n’allais jamais les envoyer en stage !

S. Mais est-ce que les conditions du stage ont été clairement définies au début ?

DT : Bien sûr, il y a une note de service qui a suivi la réunion d’information. Et cette note disait qu’en raison du faible niveau actuel de nos recettes propres qui doivent supporter l’opération, le gouvernement a obtenu de la Banque islamique de développement (BID), l’achat de dix billets d’avion et des solutions financières ont été prises, en concertation avec notre ambassade à Rabat pour pouvoir donner des frais d’hébergement et de restauration aux stagiaires. La note ajoute qu’enfin d’autres actions convergentes avec notre ambassade à Rabat ont permis de retenir deux (2) appartements de cinq (05) chambres chacun dans le quartier où est situé le laboratoire où devait se dérouler le stage, afin que nos agents y logent à moindre frais avec des commodités pour la cuisine, la tranquillité et le bien-être.

Au total, les conditions de prise en charge directe obtenues étaient les suivantes pour chaque stagiaire et pour trente (30) jours : une contribution financière versée par le Maroc et couvrant entièrement les frais de logement qui est de 189 000 FCFA. Une prise en charge assurée par le LNSP de 739 200 FCFA soit au total 928 200 FCFA que chaque agent devait recevoir sur lesquels les 739 200 F ne devaient servir qu’à la restauration et aux éventuels autres petits besoins personnels. Un montant que notre ambassade au Maroc a jugé tout à fait suffisant pour un bon séjour dans ce pays.

Voilà en résumé, les informations sur les conditions du stage qui ont été portées à la connaissance de nos agents de même que les sacrifices consentis par le gouvernement et le Laboratoire national et aussi l’importance des relations diplomatiques entre les deux pays.

S. Il semblerait pourtant que ce montant a été revu à la baisse ?

DT : Non ! les montants qu’ils disent être revus à la baisse, ce sont les mêmes qui figurent sur les papiers et que eux ont refusés de prendre soit disant qu’ils veulent être logés, nourris en plus des 928 200 FCFA. C’est là que je leur ai fait comprendre qu’ils partaient pour une formation, ce n’est pas une mission.

J’ai même appelé le Maroc pour connaître le montant qui peut permettre de les supporter. Alors qu’en réalité et conformément au texte pris par le Conseil d’administration, c’est normalement 350 000 FCFA qu’ils devraient percevoir.

S. : Face à cette situation, qu’avez-vous présenté comme excuse à l’endroit de votre partenaire marocain ?

DT : Nous avons trouvé avec notre ambassade au Maroc, les mots pour nous expliquer auprès de notre partenaire. Nous lui avons fait comprendre que la mobilisation des fonds pour la mission était difficile et il a fallu le soutien de la BID et que nous allons leur envoyer d’autres agents. Ils ont compris et bientôt d’autres agents partiront.

Entretien réalisé par Verlaine KABORE
Sidwaya

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