Actualités :: Université de Ouagadougou : Le règne des étudiants fraudeurs et (...)

Qu’est-ce qui empêche réellement les étudiants de manger à
leur faim dans les nombreux restaurants universitaires (RU)
mis en place par le Centre national des oeuvres universitaires
de Ouagadougou (CENOU) ?

Cette question, loin d’être sans
fondement, trouve toute son importance dans les "cafouillages"
qui naissent parfois au RU ou au guichet de vente de tickets et
qui empêchent les honnêtes étudiants de manger en toute
quiétude. "Car ce sont quelques individus ou un groupuscule,
qui sont toujours à la base de ces échauffourées calculées".
C’est le point de vue de l’étudiant I.B, qui, muni de sa gamelle,
déambulait vers le restaurant central de l’Université de
Ouagadougou, pour se procurer son pain quotidien. Sont-ce les
mêmes qui ont provoqué le cafouillage du jeudi 13 mai dernier
que nous avons relaté dans notre édition du 17 mai 2004 ?
Y-a-t-il, oui ou non, contingentement des plats et rationnement
des tickets ? Quelle est la part de responsabilité des autorités
du CENOU ? Pourquoi des étudiants eux-mêmes scient-ils la
branche sur laquelle ils sont assis, en se livrant à des pratiques
frauduleuses comme l’utilisation de faux billets de banque ou en
faisant établir des fausses cartes de "bénéficiaire des oeuvres
universitaires" à des frères, amis, voisins et autres
connaissances ?

A la base de cette petite enquête que nous
avons menée auprès des responsables du CENOU, parce que
ce sont eux qui sont accusés de "contingenter" et de "rationner",
nous avons su que la faute n’est pas toujours là où on le croit.

"En amphi, je ne suis pas très brillant, mais au restau je suis
très vaillant !" Ce bout de chanson des étudiants de l’orchestre
de l’Université d’Abidjan en Côte d’Ivoire a fait le tour du continent
et a créé, en son temps, de l’ambiance dans les fêtes
estudiantines. Mais ce n’est pas parce qu’ils sont toujours
joyeux que nos voisins ont chanté. C’est surtout pour faire
connaître les dures réalités du campus au public. Cette situation
n’est pas vécue que dans les universités d’Abidjan, Cotonou,
Accra, Ifé, Dakar, etc. Les étudiants burkinabè sont également
confrontés aux difficultés les plus diverses, allant des conditions
corsées de logement à celles parfois compliquées de
nourriture. Toutes choses qui ne les aident pas à mener un
cursus universitaire des plus aisées. "C’est le parcours du
combattant", a avancé I.B avec qui nous avons entamé un brin
de causette jusqu’aux portes du RU. Seulement, nous n’avons
pas pu aller plus loin car ce qui nous intéressait c’était le
pourquoi du contingentement des plats et du rationnement des
tickets. Tout naturellement, nos pas nous ont conduit à la
direction générale du CENOU.

Les étudiants ont raison

Sur un point, les étudiants ont raison, car, selon un calcul
rapide, pour les 21 000 étudiants environ qu’ils sont, ils ne sont
qu’autour de 6 000 à bénéficier des repas servis midi et soir, au
RU. Et là encore, c’est grâce aux efforts de la direction générale
qui, depuis 2 ans, multiplie les initiatives pour faciliter l’accès
des restaurants aux étudiants et leur offre des menus au choix,
pour 100 FCFA le plat. Avant ou ailleurs dans d’autres pays, ils
se seraient contentés du riz, et du riz, et encore du riz. "Vous
serez victimes de vos innovations et du succès du RU", aurait dit
quelqu’un à Robert Bibia Sangaré, le directeur général du
CENOU. Est-ce ce qui justifie de nos jours la grande
fréquentation et l’affluence hors-norme que connaissent les
restaurants universitaires, notamment celui central du campus
universitaire de Zogona ? Il faut bien que les étudiants mangent,
et bien, pour pouvoir bosser correctement !
"Des efforts ont été faits par le gouvernement et le CENOU et
des réflexions continuent d’être menées, car beaucoup reste à
faire", a relevé le DG du CENOU. "Toutefois, a-t-il ajouté, dans
aucun pays du monde, on ne peut satisfaire tous les citoyens,
tout comme c’est difficile, voire impossible de servir tous les
étudiants dont le nombre ne fait que croître d’année en année".
En effet, les contraintes budgétaires sont telles que pour un
pays comme le Burkina Faso, aucun abus ne doit être permis.
Or, ce qui arrive c’est que les universités au Burkina Faso
s’orientent de plus en plus vers des Etats dans l’Etat, obéissant
à la seule loi instaurée par des étudiants qui auraient horreur de
l’ordre. "Le comble c’est que ce sont de petits groupes qui
obligent la majorité à vivre sous un diktat qui ne dit pas son
nom", a noté Issa Sawadogo, directeur du Centre régional des
oeuvres universitaires de Ouagadougou, lui qui reste convaincu
que les étudiants considérés dans leur majorité sont
d’honnêtes personnes. "Des gens responsables", a appuyé
Souleymane Ouédraogo, l’agent comptable, responsable de la
vente des tickets au CENOU. "Cependant, si on n’y prend garde,
les fraudeurs et autres faussaires vont transformer l’université
en un espace de hors-la-loi qui sera à la longue ingérable", ont
estimé les intervenants.
S’appuyant sur des pratiques mafieuses, allant de l’utilisation
des "billets de Bouaké" (faux-billets) à l’établissement de
fausses cartes de bénéficiaire des oeuvres du CENOU, en
passant par les voies de violence perpétrées par des étudiants,
les responsables du CENOU ont manifesté toutes leurs
inquiétudes. Ils ont surtout mis en exergue le fait que
maintenant, "les étudiants sont devenus comme des citoyens
intouchables" qui "peuvent faire ce qu’ils veulent", sans peur de
représailles. Les employés des restaurants universitaires et les
contrôleurs de tickets et autres en savent quelque chose, eux
qui subissent chaque jour pratiquement la furie de ces étudiants
adeptes de "l’intégration" et du "faux". Ces étudiants sont-ils
conscients du mal qu’ils font à leurs collègues en instaurant le
"cafouillage" ? Savent-ils qu’en faisant faire de fausses cartes à
leurs amis, à leurs frères, à leurs voisins où à leur "parkeur", ils
diminuent leurs chances d’avoir à manger et de se faire soigner
dans des conditions optimales ? Savent -ils qu’en empêchant le
CENOU d’être rigoureux dans ses contrôles, ils facilitent la tâche
aux "fraudeurs" qui viennent "piller" leur nourriture ?

Pratiques frauduleuses

Si le système D, c’est-à-dire la débrouillardise ne peut être
condamné, des pratiques malsaines et malhonnêtes
organisées par des étudiants au détriment d’autres doivent être
bannies. "Comment comprendre que pendant qu’on parle
d’insuffisance des plats le CENOU paie presque toujours des
restes ?" Indignés, les responsables de cette structure, à l’instar
de Dame Hortense Amoussa, directrice des restaurants
universitaires, ont émis le voeu que le système de gestion soit
informatisé, dans l’optique de permettre de suivre, à partir de
n’importe quel service de l’université, la position réelle de
l’étudiant. "Car, la manipulation manuelle des fiches de plus de
15 000 étudiants facilite, sans doute, les nombreux cas de
fraude", a reconnu Robert B. Sangaré.
Quid du rationnement des tickets ? "C’est un faux problème",
assure l’agent comptable Souleymane Sawadogo qui évoque le
fait qu’il y a ceux qui veulent acheter honnêtement leurs tickets et
ceux qui ont des intentions inavouées. "Savez-vous que des
étudiants achètent beaucoup de tickets et les revendent de 125
à 150 F CFA, voire plus, à des personnes étrangères à
l’université ?" Nous ne le savions pas, mais depuis notre
rencontre avec les gens du CENOU, nous avons appris que les
mesures de limitation dans la vente des tickets obéit à des
règles de bonne gestion pour éviter les pénuries et
l’envahissement des restaurants universitaires par des
non-étudiants. "Tout est fait pour que les étudiants soient
vraiment des privilégiés et jouissent de ce qui leur revient de
droit" a conclu le DG du CENOU. Ce dernier n’a pas manqué de
regretter que les étudiants eux-mêmes ne s’impliquent pas
dans le contrôle et la gestion des oeuvres universitaires comme
les restaurants, par le biais de petits comités d’ordre "à l’instar
de ce qui se fait dans des pays voisins". Car, ce qu’il faut, "tant
au RU qu’ailleurs, c’est la discipline, le respect de son
camarade étudiant et du bien commun".
Il apparaît donc que pour la bonne marche des oeuvres
universitaires, les syndicats d’étudiants et les étudiants doivent
oeuvrer à la fin des pratiques mafieuses sur le campus. De
même, les autorités du ministère des Enseignements
secondaire, supérieur et de la recherche scientifique et le
CENOU ont le devoir de tout mettre en oeuvre pour rendre
lesdites oeuvres davantage accessibles aux étudiants. "Ventre
affamé n’a point d’oreille", dit-on.

Par Morin YAMONGBE

Légende

Spécimens de cartes frauduleuses

ENCADRE

Quelques pièces à conviction

Si parfois les éléments de fraude sur les cartes sont flagrants,
souvent ils sont à peine ostensibles parce que l’étudiant
ressemblant à son frère comme deux gouttes d’eau. Il y a même
le cas d’un "parkeur" qui était dans le lot des cartes
frauduleuses décelées. Du reste, toutes les UFR (Unité de
formation et de recherches) et toutes les années sont
concernées par ces pratiques mafieuses. Une étudiante a
même démontré que dans ce cas de figure, le problème du
genre ne se pose plus. Des cartes avec les mêmes références,
des cartes avec des photos différentes et les mêmes adresses,
etc., ont été répertoriées par les services du CENOU qui avec
des moyens du bord ont pu déceler toutes ces irrégularités. "Il y
a d’autres cas", ont signifié les responsables qui ont admis que
ces fraudes sont le fait d’étudiants de mauvaise foi. "La majorité
est en règle", ont-ils reconnu. Ce qui est encore plus grave, ce
sont "les billets de Bouaké" (les billets détruits par la BCEAO et
qui ont inondé le marché après la casse opérée sur l’agence de
ladite banque à Bouaké), dont se servent des étudiants pour
acheter les tickets.
Quelques spécimens des "pièces à conviction" sont entre les
mains des travailleurs du CENOU.

M.Y.

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