Actualités :: Kadiatou Korsaga directrice de la PEF : "L’éducation des filles, demeure (...)

"L’éducation d’une manière générale et plus particulièrement celle des filles, demeure avant tout l’investissement le plus rentable". Une conviction du Burkina qui a créé une direction pour la promotion de l’éducation des filles (DPEF) depuis 1996. Sidwaya a rencontré la directrice de cette structure, Mme Kadiatou Korsaga. Elle fait l’état des lieux de l’éducation des filles, et parle également de la discrimination positive, de l’opération kit scolaire...

Sidwaya (S.) : Quel est le taux de scolarisation des filles à l’heure actuelle ?

Kadiatou Korsaga (K. K.) : Présentement, nous atteignons un taux de scolarisation de 45% contre pratiquement 34% au cours de la rentrée 2002 - 2003. Les chiffres sont parlants. Nous sommes passés d’un effectif de 89 000 filles à 127 000 filles au cours de la rentrée scolaire 2003 - 2004.

S. : Parlez-nous de la discrimination positive ?

K. K. : L’attribution des bourses aux filles qu’on avait qualifiée de "discrimination positive" est une mesure qui concernait uniquement le secondaire. Ce n’est que cette année que cette mesure est en train d’être appliquée au niveau du primaire, par la prise en charge totale des frais de scolarité des filles par l’Etat. La mesure qui est dans sa phase d’expérimentation, a contribué à rehausser le taux de scolarisation des filles au niveau du primaire.

S. : Peut-on donc dire que les objectifs sont atteints ?

K. K. : Les objectifs sont doublement atteints. Et la discrimination positive y a beaucoup contribué. Il est bien évident qu’avant la prise de cette décision, il y a eu des actions multiformes dont les résultats se concrétisent présentement. Parmi ces actions, nous avons : la visite du chef de l’Etat, M. Blaise Compaoré à Pantaloana (province de la Gnagna) et la campagne massive qui a consisté à parcourir 19 provinces considérées comme des poches de résistance. A cet effet, 502 villages et 139 départements ont été visités en vue de faire la sensibilisation sur l’éducation des filles. Ce sont donc toutes ces actions conjuguées qui ont permis d’obtenir les résultats que nous avons au cours de cette année scolaire 2003 - 2004.

S. : L’opération "Kit scolaire" a-t-elle été effective durant cette rentrée scolaire, comme cela était prévu ?

K. K. : Le kit scolaire a été effectif au niveau de 24 provinces. Ce sont des provinces qui étaient prises en charge dans le cadre du budget PPTE (pays pauvres et très endettés). Cependant, au niveau du Plan décennal de développement de l’enseignement de base (PDDEB), les provinces qui devaient être couvertes par le budget de ce plan, ont connu un retard. Et jusqu’à l’heure où je vous parle, les élèves de ces provinces n’ont pas encore reçu les kits. Mais, les uns et les autres sont à pied d’œuvre afin d’y trouver une solution. Et nous espérons qu’au cours des prochaines années, il ne sera plus question de retard.

S. : Quelles sont vos perspectives pour ce qui concerne toujours l’éducation des filles ?

K. K. : Il s’agit d’abord de reconduire la prise en charge totale des frais de scolarité des filles pendant la rentrée scolaire 2004 - 2005. Cela va permettre non seulement aux nouvelles recrues au CP1 de bénéficier de la mesure de "discrimination positive" mais également les anciennes bénéficiaires qui seront admises en classe supérieure (CP2). Ensuite, la campagne massive sera encore menée cette année. Et mieux, c’est une campagne qui va débuter dès la fin de l’année scolaire 2003 - 2004. Cela risque d’être étendu à près de quatre provinces, donc à plusieurs départements et villages. C’est pour dire que nous avons espoir.

S. : Même en cas de parité au départ entre filles et garçons la plupart des filles ne vont pas jusqu’au bout de leur cursus scolaire. Quelles sont les mesures prises pour maintenir celles-ci à l’école ?

K. K. : Vous avez posé un problème qui est réel. Les autorités du MEBA sont conscientes de cela, y compris, tous les acteurs de l’éducation. Il ne suffit pas d’inscrire massivement les filles à l’école. Mais il faut aussi travailler à leur maintien. Que faut-il faire pour les maintenir à l’école ?

D’abord, il faut associer le plus que possible tous les acteurs de l’éducation, notamment les parents d’élèves. Ce sont eux qui, généralement, retirent les filles de l’école pour leur donner en mariage. Et nul n’ignore que ce phénomène de mariage forcé ou précoce est très fréquent dans la plupart de nos provinces. C’est pourquoi, dans toutes les écoles du Burkina, il a été créé des associations des mères éducatrices (AME). Ces AME ont pour mission de sensibilisés les parents d’élèves et de porter secours aux filles qui sont sujettes à ces genres de situation.

Nous avons ensuite le harcèlement sexuel qui constitue l’une des causes qui amène les filles à abandonner l’école. En vue de leur permettre de corriger leurs comportements sexistes à l’endroit des filles, les enseignants lors de leur formation, sont sensibiliséss à partir d’un module traitant de ce volet.

Nous avons enfin la sensibilisation et le plaidoyer auprès des leaders d’opinion et des autorités administratives. Car, lorsque les enseignants ont l’appui du député du département ou du chef de village..., il y a de fortes chances que la fille concernée par le mariage précoce ou forcé, soit épargnée. Il s’agit donc d’une conjugaison d’actions que nous menons dans le but de permettre le maintien de la fille à l’école jusqu’à la fin du cycle primaire.

S. : Des efforts sont faits pour loger décemment les enseignants. Quel sens donnez-vous à cette option ?

K. K. : Le logement est le deuxième bureau de l’enseignant. Lorsque celui-ci est bien logé, il donne le meilleur de lui-même. Après les devoirs à l’école, c’est dans son logement que l’enseignant prépare ses cours, corrige ses copies. Donc, nous nous sommes dit que la construction d’une classe est conditionnée par la construction d’un logement d’enseignant. Si les enseignants ont un logement décent, ils s’organisent de telle manière à avoir de loisirs.

S. : Lors de la remise symbolique des cotisations des filles aux APE et du cartable minimum aux élèves de vingt provinces à Zagtouli, vous avez dans votre intervention dit que des difficultés ont été constatées par rapport à la mise en œuvre de la mesure d’accompagnement de la prise en charge des cotisations des filles... Pouvez-vous nous énumérer ces difficultés ? Et comment comptez-vous les aplanir ?

K. K. : Ces difficultés sont nées au niveau de nos structures décentralisées que sont les directions provinciales de l’enseignement de base et les directions des écoles. Il revient aux directions des écoles de faire le point sur le nombre de filles inscrites au cours de l’année. Ces informations doivent être transmises à la direction provinciale qui, à son tour, est chargée de nous les transmettre. C’est cette transmission qui a connu beaucoup de retard. Au lieu de fin octobre, c’est pratiquement en décembre que nous avons reçu les données. Et pour certaines provinces, il a fallu attendre jusqu’en janvier.

Pour éviter un tel retard à la rentrée prochaine, nous avons initié une rencontre avec les directeurs provinciaux, qui ont promis de nous faire parvenir les données le plutôt possible (fin octobre).

S. : Mme Korsaga, quelles sont vos ambitions ?

K. K. : Je vous dirai quelque chose qui vous fera peut être sourire. Mon ambition est que d’ici à quatre ans, cette direction pour la promotion de l’éducation des filles disparaisse. Savez-vous pourquoi ? Parce que si la problématique de l’éducation des filles est résolue, on parlera plutôt d’une direction chargée du développement de l’éducation de base.

Interview réalisée par Aïssata BANGRE

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