Actualités :: Revalorisation des pensions françaises : Le général Sangoulé Lamizana très (...)

A partir de ce matin, les anciens combattants passent à la caisse pour percevoir le rappel de leurs pensions, suite à la mesure de décristallisation décidée par la France. Nous avons rencontré le général Sangoulé Lamizana, ancien combattant de l’Armée française qui a bien voulu faire avec nous, le tour de la question. L’ancien président du Burkina se dit amer car pour lui, cette mesure arrive tard pour nombre de ces anciens compagnons ou soldats.


S. : Comment et pourquoi a-t-on cristallisé les pensions des anciens combattants ?

Générale Sangoulé Lamizana (GLE GLE S.L.) : Je n’en sais rien. On s’est retrouvé avec cette loi, en son article 71 qui bloque nos taux de pension. Je ne peux pas l’affirmer mais je crois que cette situation est arrivée à cause du contexte politique de l’époque. Nos Etats venaient d’accéder à l’Indépendance lorsque le général De Gaulle a fait prendre cette loi.

Ce que je peux faire observer, c’est qu’on peut réviser ou rectifier une loi à tout moment. Ça n’a pas été le cas avec cette loi. Ce n’est qu’en 1970, lors de mon retour (j’étais Président de Haute-Volta) des festivités commémoratives du 25e anniversaire de l’ONU que Pompidou, a qui je venais de rendre une visite de courtoisie, m’informera de sa décision d’accorder chaque année, une petite augmentation à la pension de retraite des anciens combattants. Le 1er juillet de cette année, il y aura effectivement une augmentation de 1 ou 2%. Quelques mois après l’augmentation atteignait 3%.

Par la suite, nous aurons, chaque année au mois de juillet, une petite augmentation dont le taux variait entre 3 et 5%. Ce qui nous a fait sortir un peu de l’ornière sinon c’était la misère totale. Cette mesure se poursuivra jusqu’à l’avènement de Mitterand au pouvoir. Il nous accordera deux (2) augmentations avant de bloquer complètement les pensions pour compter du 1er janvier 1991.

S. La cristallisation des pensions visait-elle à punir les Etats africains ou les anciens combattants ?

Gle S.L. : Je ne peux pas affirmer que cette mesure visait à punir qui que ce soit. Je constate seulement que cette loi est arrivée juste au moment des indépendances.

Pourquoi a-t-on bloqué à nouveau les pensions en 1991 après la série d’augmentations intervenues à l’issue de la mesure Pompidou ?

Gle S.L. : On n’a pas fait que bloquer les pensions en 1991. C’était plus grave. Tout ancien combattant qui mourrait ne voyait plus sa veuve bénéficier de la pension de réversion. En outre, la retraite du combattant qui n’est pas quelque chose d’extraordinaire était bloquée. Ce n’est que l’année dernière que cette situation a été revue. N’empêche que ceux qui devaient accéder à cette pension pendant cette suspension ont été brimés. Bien sûr, ceux qui le percevaient continuaient de le faire même si le montant n’évoluait pas. Il faut savoir que cette retraite n’est acquise qu’à partir de 65 ans d’âge. La condition supplémentaire étant d’avoir fait 3 mois de guerre.

Qu’avez-vous fait pour la décristallisation des pensions ?

Gle S.L. : On a beaucoup lutté et ce, depuis longtemps. Je me suis personnellement investi dans la recherche de solution. J’ai écrit plusieurs fois à des amis français qui ont répercuté mes lettres jusqu’au Sénat français. Ces amis étaient très acquis à notre cause et d’ailleurs, ils n’ont eu de cesse de nous soutenir.

S. : Quelles étaient les motivations profondes des gouvernements français dans la conduite de cette affaire d’autant plus que les anciens combattants français et africains faisaient preuve de solidarité dans cette "épreuve" ?

Gle S.L. : Je n’en sais rien surtout que les socialistes sont venus aggraver la mesure de cristallisation avec Mitterand. Si on prend par exemple le cas de la retraite du combattant qui est une sorte de petit cadeau qu’on donnait automatiquement à partir de 65 ans (c’était 60 ans à un moment donné), la mesure était plus difficile à comprendre. Cette retraite est payé 2 fois dans l’année, en février et en août. Le montant est de 28 696 francs CFA pour tous. Il n’y a pas de distinction de grade à ce niveau.

N’y a-t-il pas eu un manque de solidarité dans vos rangs durant la lutte ?

Gle S.L. : En aucun moment. Les anciens combattants français étaient de cœur avec nous. Entre nous, c’était également la bonne entente. On se réunissait entre nous et avec les Français. A l’époque où j’étais Président, j’ai eu à faciliter les voyages des responsables des anciens combattants à Dakar et à Paris. On a toujours milité ensemble pour l’abrogation de cette loi.

On a d’ailleurs écrit beaucoup de lettres au gouvernement français mais ces correspondances ont toutes été ignorées.

S. : Diop ira même en justice...

Gle S.L. : Diop en avait marre. IL a porté plainte. Le Conseil d’Etat français lui a donné raison en condamnant le gouvernement français à payer mais cette décision restera inappliquée jusqu’à ce que Diop meurt. Cinq ans après sa mort, Pompidou après avoir été bousculé, tapera du poing sur la table pour qu’on revalorise un moment les pensions. La lutte se poursuivra. J’ai ainsi remis une fiche au président du Faso, Blaise Compaoré qui partait en visite officielle en octobre 2001 en France pour qu’il pose à nouveau notre problème au Président Jacques Chirac que je connais personnellement. J’ai connu Chirac au temps de De Gaulle puisqu’il était membre du gouvernement gaulliste.

Il y a un député français ancien ministre de la coopération, Godfrain qui est même intervenu dans l’affaire aux côtés de 50 députés. C’est grâce à leur intervention que la retraite du combattant a été rétablie en 2002. Signalons que cette retraite du combattant n’est pas réversible à la veuve. Lorsque l’ancien combattant meurt, la pension du combattant s’éteint.

S. : Maintenant que la loi 71 est supprimée, quelle est votre réaction ?

Gle S.L. : Je suis très amer parce que nombre de camarades qui ont beaucoup lutté pour la suppression de cette loi scélérate sont aujourd’hui décédés. C’est le cas d’un ami qui était à Pouytenga et qui est mort le 28 décembre 2002. Il y a aussi le père de Youma Zerbo, ministre délégué à l’enseignement professionnel qui est décédé comme par hasard le 28 décembre 2003. Ils ont eu la chance de vivre plus de 90 ans mais pas assez pour voir cette révalorisation des pensions.

Malheureusement pour la plupart de ceux qui sont morts, la pension sera perdue. Il n’est pas facile souvent aux ayants-droits de rassembler les documents relatifs à la position du regretté afin de toucher la pension. C’est en effet la croix et la bannière. Pour ceux qui vivent encore, il n’y aura pas de problème...

S. : On avance pourtant un nombre de plus de 7 000 bénéficiaires pour notre pays ?

Gle S.L. : Je ne connais pas le nombre actuel d’anciens combattants au Burkina Faso. Tout ce que je sais, dans le nombre, il y a au moins un bon millier qui a fait les guerres d’Indochine et d’Algérie et qui a droit à la retraite du combattant. Ces gens percevront donc leur rappel de 26 000 environ par semestre. Cette somme étant majorée de 20%. Pour le reste, je ne pense pas que tous soient encore vivants...

S. : Le taux de 20% est-il suffisant ?

Gle S.L. : C’est ce qu’on a bien voulu nous accorder. Il est donc difficile d’apprécier maintenant ce taux. Ce que je peux souligner, c’est qu’on a pris cinq ans au lieu de dix ans. Or le blocage complet date de 1991.

S. : Allez-vous poursuivre la revendication ?

Gle S.L. : Nous allons revendiquer quoi ? Ceux qui menaient la lutte sont morts pour la plupart. Malheureusement, ils ne sont plus nombreux. Ce sont ceux qui ont la carte du combattant qui sont les plus nombreux.

Or ceux-ci ne sont pas concernés. Ils n’ont pas la pension de retraité principal. Je crois que je suis l’un des rares avec le commandant Koeffé Robert à percevoir la pension d’ancienneté.

S. : Vous avez combien de sortes de pensions françaises ?

Gle S.L. : Il y a la pension d’ancienneté (25 ans) et la pension proportionnelle (15 ans). Ceux qui ont la pension d’ancienneté n’étaient pas nombreux. Aujourd’hui, ils le sont encore moins mais je pense qu’il faut poursuivre la lutte. J’ai 26 ans de service militaire dans l’armée française.

Le colonel Ouédraogo Vadogo qui avait 24 ans à sa libération n’a eu droit qu’à la pension proportionnelle. Il en a été de même pour le général Bila Zagré qui n’avait pas 25 ans de service au moment de l’Indépendance.

S. : Comment voyez-vous l’option du capital proposé ?

Gle S.L. : Je pense que cela aidera ceux qui sont âgés et qui n’ont plus de conjointe. Ils percevront 5 à 7 ans de pension. C’est une bonne chose car en cas de décès du pensionné, s’il n’y a plus de veuve, la pension s’éteint. Pour ma part, je ne crois pas avoir recours à cette option puisque ma femme vit.

D’ailleurs, les pensions de ceux qui sont décédés avant la décristallation risquent d’être retournées à la France.

S. : Un dernier mot ...

Gle S.L. : Je voudrais dire aux anciens combattants d’aller percevoir leur argent. C’est leur droit. On a attendu 40 ans pour avoir gain de cause. C’est légal. On n’a pas pris les armes pour obtenir réparation. Nous avons tenu bon. On aurait dû avoir plus mais un "tient vaut mieux que deux, tu l’auras". Alors, allons percevoir notre argent et faisons-en bon usage.

Entretien réalisé par Zakaria YEYE et Victorien SAWADOGO
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