Actualités :: Extrémisme violent : Les familles en quête de stratégies de résilience

La deuxième édition du Salon international de la famille de Ouagadougou (SIFAO) s’est tenue le 6 décembre 2022. Face au contexte actuel marqué par l’insécurité et l’extrémisme violent, le SIFAO a orienté ses réflexions autour du thème « la famille face à l’extrémisme violent : quelles stratégies pour une résilience des populations ». Des panels portant essentiellement sur les valeurs africaines comme socle de la lutte contre l’extrémisme violent, ainsi que la contribution de la femme dans cette lutte et la résolution des crises, ont rythmé cette deuxième édition du SIFAO.

Ce sont au total trois panels qui ont permis de poser la réflexion au cours de cette deuxième édition du SIFAO. Le premier portant sur le thème « les valeurs de la famille africaine comme ciment contre l’extrémisme violent », a été animé par Dr Zakaria Soré, maître de conférences en sociologie, socio-anthropologie. Celui-ci a relevé le fait que la famille africaine promouvait des valeurs telles l’exclusion de l’individualisme, le respect des aînés, la solidarité, etc. aussi, l’enfant était considéré dans la famille africaine, comme un bien de tous, ce qui faisait que son éducation revenait à la société entière, et non seulement à sa famille nucléaire. L’organisation de la famille était telle que, l’intrusion d’idéologies contraires étaient quasiment impossible.

Dr Zakaria Soré, maître de conférences en sociologie, socio-anthropologie

Dr Soré note cependant qu’avec la mutation de la société et sous la pression de la culture occidentale et de l’école, plusieurs valeurs autrefois prônées par la famille africaine, ont été perdues. On assiste donc à un effritement des liens familiaux, à la nucléarisation de la famille et la perte de l’autorité parentale. Aussi, la communauté n’encadre plus les enfants, dont l’éducation est laissée à la seule charge des parents qui ne s’en sortent pas toujours. Cette nouvelle disposition de la famille, crée également une ouverture vers d’autres types d’idéologies, souvent porteuses de violence. Ce qui entraîne bien souvent l’enrôlement et la radicalisation de certains enfants, dans des groupes qui prônent la violence.

Face à l’extrémisme violent qui gagne du terrain, Dr Soré préconise de puiser dans le passé, les valeurs importantes à promouvoir. Pour lui, il faut redonner de la force à la famille et à l’éducation en se défaisant de l’individualisme et en se réappropriant les valeurs importantes comme la solidarité et l’apport de la société dans l’éducation des plus jeunes. Il suggère aussi de remettre au goût du jour des institutions de socialisation comme les camps d’initiation, au profit des élèves et des étudiants afin de leur réapprendre à aimer la famille, la patrie et la société.

Moussa Zorom, directeur du suivi des programmes de filets sociaux et d’assurance sociale

A sa suite, c’est Moussa Zorom, directeur du suivi des programmes de filets sociaux et d’assurance sociale, qui a entretenu les participants sur le thème « les instruments règlementaires et législatifs de la famille au Burkina : forces et faiblesses dans la lutte contre l’extrémisme violent ». Il a laissé entendre que les quatre principaux instruments qui régissent et protègent la famille. Ce sont la politique de la planification familiale, le code des personnes et de la famille, la constitution et le code pénal. Il existe dans la société, des groupes prioritaires en matière de protection sociale qui ont besoin d’intervention ciblées, à l’image des jeunes, des adolescents, des orphelins et des personnes handicapées.

A en croire Moussa Zorom, les familles font aujourd’hui face selon lui, à plusieurs vulnérabilités, qu’il faut savoir appréhender et travailler à réduire, pour éviter que ces familles-là ne tombent dans des pratiques néfastes comme s’enrôler dans des groupes radicaux pour sortir de la pauvreté. Il recommande donc d’investir dans l’éducation des plus jeunes, de mobiliser des ressources pour aider les parents dans leur rôle d’éducateurs. Il appelle aussi à repenser la famille de telle sorte à ce que les parents assument leur rôle d’éducateurs à vie.

Le panel sur la contribution de la femme dans la lutte contre l’extrémisme violent, animé par Sabine Sawadogo/Bouda, directrice de la promotion des initiatives féminines à la paix et à la sécurité, a clos le bal des communications. La panéliste a laissé entendre que la femme joue un rôle primordial dans la résolution des conflits et la prévention de la radicalisation. Et dans cette crise sécuritaire, les femmes sont les plus touchées car constituant avec les enfants, la principale population de personnes déplacées internes. Très souvent victimes de violences sexuelles de la part des groupes radicaux, elles se voient également obligées d’assumer le rôle de chef de ménage, leurs époux ayant pris la fuite ou ayant été tués par les terroristes.

Sabine Sawadogo/Bouda, directrice de la promotion des initiatives féminines à la paix et à la sécurité

Selon Sabine Sawadogo/Bouda, la femme a toujours joué un rôle dans le maintien de la cohésion sociale et dans la pacification en période de conflit. Et son rôle d’éducatrice en tant que mère, fait d’elle un moteur de transmission des valeurs familiales et culturelles. Elle est donc à même de reconnaître les premiers signes de radicalisation de sa progéniture et doit donc réagir quand ces signes se présentent, pour contrer l’enrôlement de ses enfants dans les groupes radicaux. Mis à part ce rôle de prévention, les femmes apportent déjà leur contribution dans la lutte contre l’insécurité, a fait savoir la panéliste. A titre d’exemple, ce sont un peu plus de 2000 femmes qui sont enrôlées dans les groupes d’auto-défense (Koglwéogo). Les femmes des marchés et yaars, ont aussi mis sur pied des cellules de veille et d’alerte précoce à travers lesquels elles sensibilisent leurs pairs sur l’insécurité et dénoncent les comportements suspects dans les marchés.

En rappel, le Salon international de la famille de Ouagadougou est initié par l’association Force de l’espoir et du sourire (FONDES), en partenariat avec le Laboratoire genre et développement de l’université Joseph Ki-Zerbo.

Armelle Ouédraogo/Yaméogo
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