Actualités :: Burkina : La corruption a la peau dure, plusieurs secteurs éclaboussés

Comme les années antérieures, et ce, depuis plusieurs années maintenant, le Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC) a rendu public, ce mardi 6 décembre 2022 à Ouagadougou, son rapport 2021 sur l’état de la corruption au Burkina Faso. Les résultats affichent un phénomène de la corruption, qui a la peau dure, même dans les secteurs insoupçonnés.

La police municipale, la douane, la police nationale, l’enseignement post-primaire, la Direction générale des transports terrestres et maritimes (DGTTM), le Centre de contrôle des véhicules automobiles (CCVA), l’administration générale, l’action sociale, la gendarmerie on également été épinglés.

Outre ces services sus-répertoriés, l’étude met en pôle-position plusieurs autres en matières de pratiques de corruption.

Ainsi, la justice vient en 12e position avec 12, 42% de taux de corruption. Elle est suivie par le secteur de l’enseignement secondaire avec 11, 25% de taux de corruption.

Le commerce (chambre de commerce et d’industrie, la maison de l’entreprise, le ministère en charge de commerce), les impôts/domaine, les collectivités territoriales (mairie, etc.), la santé, l’enseignement secondaire, l’eau et l’assainissement, les sapeurs-pompiers, le trésor public, l’agriculture, l’ONATEL (Office national des télécommunications), la SONAPOST (La Poste Burkina Faso), l’enseignement supérieur et la recherche, la SONABEL (Société nationale d’électricité du Burkina Faso), la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), l’ONEA (Office national de l’eau et de l’assainissement), l’environnement/eau et forêts, la jeunesse et le sport, l’élevage et assimilé sont les secteurs qui sont, à des taux divers, touchés par le phénomène de corruption.

La cérémonie de présentation du rapport a mobilisé de nombreux partenaires et citoyens intéressés par la question

De la santé à la sécurité en passant par l’humanitaire …

Le rapport répertorie quelques témoignages d’actes de corruption. Dans un des témoignages, on peut lire : « Au mois de juillet, il y a deux femmes dans ma cour qui sont allées à l’action sociale de Dori pour prendre des vivres. Elles ont fait le rang toute la journée sans avoir eu. Ceux qui avaient des connaissances au service ont obtenu leurs vivres sans prendre le rang. Un agent de l’action sociale a proposé de les aider en contrepartie qu’elles acceptent céder une partie des vivres qu’elles vont avoir. Mais elles n’ont pas accepté et elles n’ont pas eu de vivres également » (un retraité à Dori).

Une autre ‘’déposition’’ de la même ville, Dori, chef-lieu de la région du sahel, fait ressortir : « J’ai un camarade étudiant qu’un agent de l’agriculture lui a demandé de payer 10 000 francs CFA pour qu’il l’insère sur la liste des agents enquêteurs du recensement général de l’agriculture 2021 ». Toujours dans la ville de Dori, un indépendant relate : « Courant mai 2021, j’étais avec mon frère au niveau de sa boutique à Dori, lorsque des agents des impôts sont passés. Mon frère n’avait pas payé les impôts depuis un bon moment, ils ont alors fermé sa boutique. Mon frère a négocié payer 12 000 FCFA sans reçu et ils ont ouvert sa boutique ».

De Gaoua, chef-lieu de la région du Sud-ouest, un citoyen se confie : « C’était au CHR (Centre hospitalier régional) de Gaoua en juillet, je suis allé pour des soins. J’ai vu un monsieur qui est venu pour ses soins, après consultation il a pris l’ordonnance, arrivé à la pharmacie, vu qu’il n’y avait pas quelques-uns de ses produits, il devait aller chercher en ville, c’est là que le médecin l’a appelé pour lui dire qu’il avait les produits. Le monsieur a eu ses produits, mais sans reçu. Je n’ai pas connaissance du montant ».

Le secrétaire exécutif du REN-LAC, Sagado Nacanabo, et son adjoint, Pissyamba Ouédraogo, à gauche et le chargé des enquêtes, Issouf Paré, à la droite

Toujours selon les témoignages contenus dans le rapport 2021 du REN-LAC, ce cas soulevé à Ouagadougou et concernant la SONAGESS (Société nationale de gestion des stocks de sécurité alimentaire) : « Le 5 décembre, je suis allé pour acheter du maïs à la SONAGESS de Paspanga. Arrivé, j’ai pris le rang, jusqu’à 12 h je n’avais pas pu acheter, du fait du nombre très élevé. Notons qu’une personne ne peut pas acheter deux sacs à lui seul. Pendant que j’étais toujours dans le rang, un monsieur est venu rentrer directement dans la salle et il a échangé un instant avec ceux qui vendaient et après, il a approché son véhicule et a chargé 20 sacs et est reparti ».

« J’ai eu mon permis de conduire en corrompant les examinateurs de la DGTTM par la complicité de mon auto-école »

Un étudiant à Ouagadougou dévoile également : « J’ai été à la Douane du BVA Ouaga en début décembre pour poursuivre un dossier de véhicule et on m’a fait payer illégalement trois fois. D’abord, on me dit de donner 2000 FCFA pour récupérer la quittance à la caisse, ensuite on me fait payer le TS (travail supplémentaire) à 12 000 FCFA alors que c’était l’heure de travail et enfin, on m’a fait payer 2000 FCFA encore pour l’écor (la finalisation du dossier), tout ça sans reçu ». Ou encore cet autre étudiant : « Je suis allé au ministère des Affaires étrangères de Ouagadougou pour la traduction de mes diplômes en anglais et l’agent public m’a dit que comme je suis dans l’urgence, de donner 5 000 FCFA pour qu’il fasse rapidement le travail. Je me suis exécuté ».

Le secrétaire exécutif du REN-LAC, Sagado Nacanabo

Parmi les indécences, on retient aussi ces cas au CCVA (Centre de contrôle des véhicules automobiles) et à la DGTTM (Direction générale du transport terrestre et maritime) : « Je suis un apprenti d’électricité-auto et cette année, j’ai été plusieurs fois au CCVA de la patte d’oie de Ouaga pour des visites techniques de certains de nos clients. Il faut dire que, quand tu arrives il y a deux cas, soit tu mets un billet de 10 000 FCFA dans les papiers du véhicule et tu leur remets pour avoir ta visite facilement, même si ton véhicule n’est pas en forme, soit tu ne mets rien et tu échoues à ta visite pour une petite panne. Personnellement, j’ai eu à payer les 10 000 FCFA plusieurs fois » ; « Cette année, j’ai eu mon permis de conduire en corrompant les examinateurs de la DGTTM par la complicité de mon auto-école. D’abord, j’ai payé 25 000 FCFA pour pouvoir réussir à mon examen de créneaux et enfin 25 000 FCFA pour réussir mon examen de circulation ».

L’enquête du REN-LAC a concerné quatorze villes (les treize chefs-lieux de région et la ville de Pouytenga) pour un échantillon de 3 000 personnes. « Le choix de ces quatorze villes est lié au fait qu’elles constituent non seulement des centres d’animation administrative et politique, mais aussi des lieux de concentration de populations et d’activités socio-économiques. (…). La population d’enquête est âgée d’au moins 18 ans, sans distinction de sexe, de catégorie socio-professionnelle, de nationalité ou de résidence. La collecte des données a été effectuée au moyen d’un questionnaire sur un support électronique administré auprès des personnes cibles.

Ce questionnaire a été conçu en utilisant Survey solutions et déployé sur des smartphones pour collecter les données. (…). Les enquêteurs ont d’abord été formés sur la méthodologie de l’enquête et les outils de collecte. Ensuite, une enquête test (pré-test) a été réalisée dans la ville de Ouagadougou. Ce pré-test avait pour but de tester la fiabilité du dispositif de collecte et de traitement des données », a expliqué le chargé des études et des enquêtes, Issouf Paré, précisant que l’étude a eu lieu du 22 novembre au 22 décembre 2021.

O.L
Lefaso.net

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