Actualités :: Région de l’Est/Fada : Fati Lankoandé, cheffe d’entreprise de production de (...)

Considérée comme une des spécialistes dans la production de savons essentiellement à base de plantes, Fati Lankoandé dispose également d’une expertise dans la production de pommades et de plusieurs types d’huiles. Malgré le contexte local particulièrement difficile, Fati Lankoandé et son initiative, l’entreprise savon du Gulmu (ESAG) basée à Fada N’Gourma, chef-lieu de la région de l’Est, œuvrent pour maintenir le flambeau d’une région de l’Est connue pour son expertise dans la transformation des produits de l’agro-alimentaire et des produits forestiers non ligneux. De passage à Fada en mi-novembre 2022, Fati Lankoandé a bien voulu nous parler de quelques aspects de ses activités.

Lefaso.net : Comment êtes-vous arrivée dans le domaine ?

Fati Lankoandé : Tout a commencé avec Tin-tua (Organisation non-gouvernementale nationale d’éducation et de formation pour un développement humain durable : ndlr). Elle a lancé un recrutement et j’ai postulé. C’était sur des critères bien définis, en 2007. J’ai bénéficié de la formation dans plusieurs domaines. J’ai vraiment eu beaucoup de formations grâce et avec à Tin-tua.

On a ensuite bénéficié de l’accompagnement financier du partenaire Cadre de concertation des ONG et associations actives en Éducation de base du Burkina Faso (CCEB-BF), en collaboration avec la coopération autrichienne. Leur soutien se poursuit et on les remercie vraiment pour les efforts qu’ils font pour nous.

A partir de quel moment vous avez commencé la production ?

C’est à partir de 2017. J’ai évolué seule avant de former, en 2018, avec d’autres personnes, une coopérative dont je suis la présidente. Dans la coopérative, nous avons un service diversifié.

Quelles sont les gammes de savons que votre entreprise met à la disposition du public ?

Nous avons le savon liquide, le savon parfumé et non-parfumé, les savons de toilettes, de vaisselles et de nettoyage.

Pourquoi avez-vous choisi de vous lancer dans la production du savon et du beurre de karité ?

C’est parce que le savon est un compagnon de l’homme, c’est la propreté. Toute personne a besoin de propreté. Et les savons vont en quelque sorte avec les pommades.

Ici, un échantillon de pâte d’arachide, 100% arachide, qu’elle met à la disposition du public grâce à la collaboration avec une transformatrice de métier.

A part le savon, faites-vous dans d’autres produits ?

Oui, je produis également des huiles : huile de neem, de balanites, moringa, nénuphar et de baobab. Ce sont des huiles qui sont très nutritives et bien pour la santé.

Vos savons sont faits à base de quelles matières ?

A base de nos plantes, les produits forestiers non ligneux, de beurre de karité, de miel, de lait, etc. Nous produisons également la pommade de beurre de karité.

Comment vous testez vos produits pour vous assurer de la qualité, vous attachez-vous les services d’un laboratoire ?

Nous n’avons pas de laboratoires à proprement dits, mais nous avons eu beaucoup de formations, beaucoup de renforcements de capacités et avec des techniciens des services de l’Etat. Nous travaillons sur la base de leurs consignes et méthodes. C’est cela qui nous permet de savoir la qualité de nos produits.

Y-a-t-il autant de bénéfices dans la coopérative qu’en individuel ?

C’est quand vous avez des résultats en individuel que vous pouvez évoluer en coopérative. Ça permet la solidarité et c’est profitable. C’est vrai que nous n’avons pas encore les soutiens qu’il faut, nous fonctionnons sur la base de nos activités, mais ça se passe bien.

Vous parlez de financements, en quoi ça va vous être utile, à partir du moment où chacun s’en sort bien ?

Ça va permettre de faire des produits en quantité et en qualité et de faire connaître nos produits aux plans national et international.

Cela veut dire que vos produits sont prisés à l’étranger ?

Oui, on a beaucoup de demandes, qu’on n’arrive pas à satisfaire. Cela est aussi lié à l’insécurité, ça nous handicape. Par exemple, depuis quelques semaines, il y a une de mes clientes du Niger qui réclame les produits, j’essaie de la rassurer, le temps de pouvoir la satisfaire. Je communique avec elle pour la rassurer. Ce n’est pas facile avec la situation.

Les noix de karité qui sont votre matière première, c’est sur place ici vous les achetez ?

Oui, nous les achetons sur place. Mais pour les besoins de qualité, on fait le choix des meilleures noix, on ne travaille pas avec n’importe quelles noix. La qualité du beurre de karité que nous produisons dépend de la qualité des noix.

Quel est l’impact de la crise sécuritaire sur vos activités ?

Pour avoir les noix, c’est devenu difficile. Ce qui fait grimper le prix aussi, le coût est très élevé. Et même pour les avoir, il faut tisser un bon réseau. Même avant la situation d’insécurité, l’utilisation des pesticides était déjà une mauvaise chose, parce que la pratique joue négativement sur nos productions. Pour avoir des produits naturels et bio, on regarde tout cela. Donc, on est obligé de faire un tri. On a de bons produits, on a de l’expertise, mais l’utilisation excessive des pesticides n’est pas une bonne chose, il faut vraiment être regardant sur ce plan, sensibiliser les gens à éviter au maximum les pesticides, parce que ça détruit beaucoup. Il faut que nos autorités regardent bien ce côté.

Vos clients sont d’où ?

En plus de Fada, mes clients sont de Ouagadougou et d’autres villes du Burkina. J’ai beaucoup de clients également au Niger, Mali, Togo, Bénin et même au Canada. En 2020, il y a une grande femme du Mali qui m’a sollicité des Etats-Unis pour former des femmes au Mali sur la fabrication du savon à base de beurre de karité. J’ai été là-bas pour former une quarantaine de femmes et tout s’est bien passé, elles étaient satisfaites.

Quel est votre circuit de ventes ?

C’est vraiment le bouche à oreille. Il y a aussi des clients qui publient mes produits sur Facebook, parce qu’ils sont satisfaits. Du coup, les gens entrent en contact avec moi pour s’informer et passer des commandes. Il y a aussi des invitations que nous avons pour participer à des foires et à des expositions (comme le SIAO, les Journées nationales de concertations en septembre 2021, le 11-décembre, etc.). J’ai aussi beaucoup de clients à Ouagadougou et dans d’autres villes du Burkina. Je compte ouvrir des boutiques dans les grandes villes du Burkina et avoir des représentations dans d’autres pays ; c’est vraiment un de mes rêves.

Qu’est-ce qui vous manque aujourd’hui pour être satisfaite dans le travail ?

C’est d’avoir un bon magasin de stockage et de production. La fabrication du savon est exigeante, il faut de l’espace. Le manque d’espace fait que je ne peux pas produire beaucoup ; parce que le savon, pour que ce soit bien prêt à être utilisé, il faut au moins un mois entre la production et son usage. [ Cliquez ici pour lire l’intégralité ]

Contact ESAG :71 11 72 64

Entretien réalisé par O.L
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