Actualités :: Koudougou : Des personnes handicapées tournent le dos à la mendicité

Des personnes handicapées résidant à Koudougou bravent toute difficulté pour gagner leur pain au quotidien. Elles ont compris que leur salut ne viendra pas de la mendicité.

Émile Bayala est un jeune plein de vie. Âgé d’une trentaine d’années, il a perdu la vue suite à une maladie. Vêtu d’un tee-shirt gris et d’un pantalon noir, il se promène dans sa cour sans avoir besoin d’une canne. C’est avec le sourire aux lèvres qu’il nous a accueillis chez lui au quartier Bourkina.

Il est 9h moins le quart ce mardi 8 novembre 2022 au domicile de Émile Bayala. Le maître des lieux commence à vaquer à ses occupations quotidiennes. Son premier réflexe, ouvrir son poulailler pour que ses poules sortent puisque notre interlocuteur du jour est un éleveur de volaille. Après cela, il avance vers nous pour comprendre la raison de notre visite.

Dans les échanges, M. Bayala nous fait comprendre d’abord que le handicap « n’est pas une fatalité ni une raison pour mendier ». Très prolixe, il nous révèle qu’il a obtenu un crédit bancaire pour financer son projet d’élevage. Outre l’élevage, il pratique la musique et forme également ses pairs à l’écriture braille.

Il ne cache pas par ailleurs sa colère contre certaines personnes qui pensent que handicap rime toujours avec mendicité. En ce sens, Émile Bayala nous fait part d’une de ses mésaventures en ces termes : « je suis allé un jour au marché pour payer des condiments et la vendeuse m’a lancé à la figure “ wend na loké’’ pour dire de continuer mon chemin, qu’elle n’a rien pour moi ; j’ai été vraiment frustré ». Il encourage donc les associations à sensibiliser les personnes handicapées sur le bien-fondé d’apprendre un métier pour, dit-il, « garder leur honneur et leur dignité ». Le polyvalent aveugle vit heureux avec sa femme Alima qui, elle aussi, ne voit pas. Avant de prendre congé de nous, il nous gratifie de quelques notes de la chanson sur sa guitare : san ka tar liguidi fo pa tar nèdyé… que l’on peut traduire par « si tu n’as pas l’argent, tu n’es rien ».

Émile Bayala, jouant à la guitare

Bien avant, nous avons rendu visite à Norbert Yaméogo, un handicapé moteur. Il est 7h30 minutes quand nous arrivons à son atelier situé au nord du marché central de Koudougou. Assis sur sa moto à trois roues, M. Yaméogo prend son petit déjeuner. À la fin, il se prête à nos questions. Il parle avec aisance et assurance et ne semble pas envier les autres.

Ayant perdu l’usage de ses jambes dès l’âge de cinq ans, ce quinquagénaire a appris à confectionner des chaises, des lits-picots et des grilles protectrices. Avec dextérité, il entrelace les fils de couleurs variées sur un cadre métallique pour donner forme à une chaise. Pour M. Yaméogo, les revenus de ses produits l’aident à scolariser ses enfants et à faire face aux autres charges de sa famille.

Une autre façon d’être utile aux autres

Norbert Yameogo forme également cinq autres handicapés dont trois sourds-muets qui n’étaient pas encore arrivés quand nous quittons les lieux. « J’initie des formations au profit des personnes qui sont dans la même situation que moi pour les emmener à arrêter de mendier. Certains acceptent mais d’autres préfèrent rester dans la rue. Il y a même des étudiantes qui sont venues se former avec moi », a-t-il confié.

Norbert Yaméogo encourage les personnes handicapées à se battre

Norbert Yaméogo se dit satisfait de son travail. Néanmoins, il rencontre des difficultés pour honorer le loyer des magasins où sont stockés ses produits. « Mes lits s’achètent surtout en période de canicule. En temps de fraicheur, le marché est morose donc je dois fabriquer et stocker en attendant », déclare-t-il. Il ajoute le manque de soutien et de financement de la part des autorités toujours au titre des difficultés.

À Koudougou, plusieurs personnes vivant avec un handicap se battent pour se faire une place dans la société. Toutefois, le manque de moyens reste un frein à leurs efforts. Ils lancent un cri de cœur à l’endroit des autorités afin qu’elles leur viennent en aide.

Une correspondance particulière de Sakinatou Rouamba
Koudougou

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