Actualités :: Burkina Faso : La mare aux crocodiles sacrés attend encore de (...)

Bazoulé, à environ 30 km de la capitale Ouagadougou, abrite la mare aux crocodiles sacrés d’ordinaire très fréquentée par les vacanciers, surtout quand l’hiver s’installe en Europe. C’est un petit village de 1500 habitants, dans le département de Tanghin-Dassouri (province du Kadiogo, région du Centre). Pour s’y rendre, il vous faut emprunter la route nationale n°1 en direction de Bobo-Dioulasso. Cependant, depuis la crise sécuritaire au Burkina Faso, ce joyau fait face à de nombreuses difficultés. Lefaso.net y a fait encore une nouvelle immersion le vendredi 4 novembre 2022. Cela, dans le but de s’imprégner de l’état des lieux du site.

10h35. Nous voici au complexe touristique de Bazoulé après une heure de route. Au pied de la pancarte sur laquelle est inscrite « Bienvenue au complexe touristique de Bazoulé », une grande statue de crocodile nous accueille. Cela, nous indiquant, que nous sommes sur le territoire de ces sauriens. Tout autour, sont érigés des arbres. Face à nous, sont frayés deux chemins. Pas ceux du bien et du mal. Mais ceux conçus pour le passage des riverains et les visiteurs de la mare. Si les deux chemins sont empruntés, celui de gauche l’est davantage. En effet, la voie de gauche est celle menant aux crocodiles sacrés. Quelques minutes plus tard, pendant que nous observons le paysage (constitué d’un musée, d’un alignement d’arbres tout autour, d’un enclos de tortues de terre à gauche…), des gens se dirigent vers nous. Ce sont les guides touristiques. Ils raccompagnent leur visiteur du jour, un Turc en séjour au Burkina Faso, selon Alfred Kaboré, guide touristique.

Le paysage qui se présente à vous, lorsque vous arrivez sur le site touristique de Bazoulé

« Nous sommes venus voir les crocodiles de la mare sacrée », déclinons-nous ainsi l’objet de notre présence sur le site. Si Alfred Kaboré n’y voit aucun inconvénient, il précise toutefois qu’il est impératif d’acheter un poulet pour inciter les crocodiles à sortir de l’eau. 3 000 francs CFA, c’est la somme payée pour ce qui doit servir d’appât aux reptiles. S’étant mis d’accord à ce sujet, le guide nous conduit au lieu sacré.

En moins de dix minutes de marche et nous voici arrivés à l’étang. Aucun crocodile en effet, n’est hors de l’eau. Pour les attirer vers la rive, c’est justement à l’aide d’un poulet accroché à un bâton que procède le guide. Il s’approche et les reptiles apparaissent de part et d’autre. Les males aussi bien que les femelles se présentent. À les voir, l’on peut être effrayé mais ils sont sans violence et n’affichent aucune agressivité. L’harmonie et la cohésion se perçoivent si bien entre le guide et les bêtes, à tel enseigne qu’ils lui obéissent au doigt et à l’oeil. La facilité avec laquelle il arrive à dompter ces créatures est fascinante.

L’un des crocodiles sacrés sorti de la mare pour dévorer le poulet sous nos yeux

Et c’est confortablement assis sur le dos de l’un des plus gros crocodiles qu’Alfred Kaboré nous parle de la mare aux crocodiles sacrés. « Le site accueillait bien avant la crise sécuritaire 70 à 80 touristes par mois. Ces chiffres sont aujourd’hui en baisse et tournent autour de 15 à 20 touristes. La plupart des visiteurs de la mare sont désormais de plus en plus les Burkinabè. Comparativement aux années antérieures où les expatriés étaient les plus nombreux à visiter le complexe touristique. Au point qu’il pouvait accueillir près de 10 000 touristes dans l’année. Ce sont parfois les élèves qui amènent leurs parents à venir le découvrir après avoir été eux-mêmes présents sur le site ».

Même si l’affluence de la mare aux crocodiles sacrés est en baisse, ce n’est pas le seul problème déploré par M. Kaboré. Le tarissement de l’eau en saison sèche est malheureusement l’une des tristes réalités qui l’affectent. « Si vous constatez en ce moment précis que la mare est pleine, ce n’est pas toujours le cas pour la période sèche. Car si vous mettez les pieds ici entre les mois de mars et avril, vous serez étonnés. La mare se vide pratiquement de son contenu pour ne laisser place qu’à la boue ».

« Le mâle est plus gros que la femelle. Mais il vit moins longtemps qu’elle, La femelle peut avoir une espérance de vie de 150 ans », explique Alfred Kaboré, guide touristique

Alfred Kaboré reconnaît certes que des aides ont été apportées pour faire face aux difficultés rencontrées. Mais il affirme qu’il en faut plus pour y remédier. « Nous avons bénéficié du ministère de l’Environnement, de deux forages et deux bouli (technique utilisée pour récupérer les eaux de ruissellement). Cependant, cela reste insuffisant car la mare contient aujourd’hui plus de 200 crocodiles ».

Des crocodiles succombent à la rareté de l’eau en saison sèche

M. Kaboré confie que plusieurs des crocodiles perdent la patte, la queue, voire même la vie en se battant pour s’offrir une place dans une mare où l’eau devient quasi-inexistante en période sèche. Cette rareté de l’eau entraîne aussi la disparition de certains d’entre eux qui partent souvent se retrouver dans des étendues d’eau lointaines. « Nous assistons malheureusement à la mort de deux à trois crocodiles par an, aussi bien des jeunes que des vieux », précise-t-il.

Les Burkinabè sont invités à venir découvrir le complexe touristique de Bazoulé

Pour Alfred Kaboré, la solution, c’est de curer la mare, et il demande du soutien à cet effet. « Ce n’est vraiment pas agréable de voir ces bêtes en saison sèche. Certains se font ensevelir par la boue. Nous sollicitons que la mare soit curée. Ce qui va permettre, nous l’espérons, d’offrir permanemment une quantité d’eau suffisante aux crocodiles afin d’éviter leur disparition totale ».

À la question de savoir si les populations riveraines ne contribuaient pas au manque d’eau dans la mare, M. Kaboré déclare qu’il leur est interdit d’y puiser l’eau à partir de janvier. À l’en croire, l’association mise en place pour l’entretien de la mare, le conseil villageois de développement, y compris le chef du village, tous veillent au grain. Ce, pour que l’interdiction ne soit pas foulée au pied.

La problématique de l’eau de la mare n’est aucunement liée aux jardiniers, rassure-t-il. Bien que le site existe depuis longtemps, l’association chargée de l’entretien de la mare a été créée avec l’aide de Belfort (ville située au nord-est de la France), souligne M. Kaboré. « L’association est mise en place depuis 1998 avec l’appui de Belfort qui nous a beaucoup aidé sur le plan financier. Sinon les recettes engrangées avant l’existence de l’association étaient directement absorbées par les guides et ne permettaient pas de contribuer à l’entretien de la mare, encore moins au développement de la localité », indique-t-il.

Lire aussi Burkina Faso : La mare aux crocodiles sacrés de Bazoulé se meurt

Panneaux explicatifs de la vie des crocodiles offerts par la Ferme aux crocodiles de Pierrelatte}

C’est donc avec l’aide de la ville de Belfort que le musée, le campement… ont été aménagés, selon M. Kaboré. À l’entendre, bien d’autres partenaires français ont aussi soutenu le site touristique tel que la Ferme aux crocodiles de Pierrelatte située dans la Drôme (au sud-est de la France). Mais aussi l’ambassade du Japon qui a contribué à la construction du musée. Cependant, seule Belfort marque encore sa présence malgré la crise, dit-il.

1500 francs CFA, le droit d’accès à la mare aux crocodiles sacrés

Les échanges se poursuivent avec le guide touristique. Cette fois-ci, nous apprenons de lui sur la question des recettes mensuelles, qu’elles sont actuellement autour de 8 000 francs CFA du fait de la crise sécuritaire. Alors que ces recettes étaient estimées à 200 000 francs CFA par mois. Si l’accès à la mare est individuellement facturé à 1500 francs CFA, nous avons pu observer durant notre passage, quelques personnes la visiter gratuitement.

C’est le cas de Sayouba Ouédraogo qui a marqué une halte pendant qu’il se rendait à domicile sur sa moto. Même s’il peut se lire une certaine crainte sur son visage en se rapprochant du guide pour s’asseoir sur le crocodile, cette peur est progressivement dissipée lorsqu’on l’aperçoit sur le dos de l’animal. Après avoir pris quelques clichés, notre micro lui est tendu pour s’exprimer sur ses sensations.

« J’ai eu le courage de monter sur le crocodile parce que je n’ai jamais entendu qu’il a fait du mal à quelqu’un », soutient Sayouba Ouédraogo, jeune cultivateur de la localité

« Non je n’ai pas eu peur. J’ai l’habitude de passer souvent par ici. Mais c’est la toute première fois que je m’arrête pour voir les crocodiles sacrés », a expliqué M. Ouédraogo.

Au sujet du manque d’intérêt des riverains pour la mare, Alfred Kaboré pense qu’il faut innover pour susciter davantage d’engouement chez les visiteurs du Complexe touristique de Bazoulé. « Insérer une balade en pirogue dans les activités peut par exemple être attrayant », suggère-t-il. Mais il faudrait d’abord que la mare puisse regorger suffisamment d’eau avant d’intégrer une telle activité dans le programme, mentionne-t-il.

C’est aux environs de 13h que nous mettions un terme à notre visite de la mare aux crocodiles sacrés. Bien après avoir témoigné au guide, notre gratitude pour l’entretien qu’il a bien voulu nous accorder sous un soleil assez brûlant.
Bazoulé est célèbre pour ses « crocodiles sacrés ». Des crocodiles du Nil, qui piégés par l’assèchement d’une rivière, se sont retrouvés dans une mare proche du village.

Selon la légende locale, ces magnifiques créatures sont venues du ciel à travers la pluie, il y a 570 ans

La population à l’époque, souffrait d’une sécheresse et devait parcourir dix à quinze kilomètres pour s’approvisionner en eau. Les traces des crocodiles ont révélé que ces reptiles vivaient dans des terriers où se trouvait l’or bleu tant convoité. Les femmes enlevaient ce liquide si précieux par sa rareté, depuis les trous des reptiles et ceux-ci ne leur faisaient aucun mal.

C’est ainsi que depuis lors, la population organise une fête de réjouissance et de reconnaissance pour honorer ces crocodiles devenus le totem du village. Et quand un crocodile venait à mourir, il est inhumé à l’instar d’un être humain. “Kom-Lakré”, est le nom donné à la célébration de ces créatures sacrées. Elle se tient tous les ans à la demande des habitants du canton. Le jour de la fête, les gens viennent de partout avec des offrandes (un poulet en général) pour les offrir aux crocodiles comme un sacrifice, ce, dans le but de voir leurs vœux se réaliser.

Hamed NANEMA
Crédits photos : Bonaventure PARÉ
Prises de vue : Auguste PARÉ
Lefaso.net

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