Actualités :: Système de taxis-motos à Fada : « Certains fonctionnaires et parents d’élèves (...)

La « cité de Yendabri », Fada N’Gourma, ce n’est pas seulement sa gastronomie, sa gamme de produits locaux et forestiers non-ligneux transformés sur place par ces unités de production ou encore …, son climat. Fada, c’est aussi ce réseau de taxis-motos à deux roues, au grand plaisir des populations et de ceux qui y séjournent surtout. L’association des taxis-motos à deux roues de la région de l’Est (A.T.M/Est) est sans doute une cheville-ouvrière en matière de mobilité dans cette localité sise à environ 220 kilomètres à l’Est du pays. Entre deux taches dans cette « cité de Yendabri », Ali Diallo, secrétaire général de l’organisation, parle des activités de ses membres dans un contexte régional et national qui n’a pas besoin d’être décrit.

Lefaso.net : Comment se portent aujourd’hui votre organisation et ses activités ?

Ali Diallo : L’association a pris une autre dimension, aujourd’hui, nous avons beaucoup de membres. Nous avons débuté avec trois taxis en 2008 et aujourd’hui, on est à 230 employés. Je pense que ça prospère.

Concrètement, comment ça se passe ; est-ce l’association qui met les motos à la disposition des jeunes ou chaque jeune vient avec sa moto pour s’affilier à l’association ?

Au début, c’est l’association qui avait mis les motos à la disposition des jeunes. Ensuite, les membres achetaient les motos et employaient des jeunes. L’association était une couverture des membres et des conducteurs. A partir de 2018, 2020 et 2021, on a eu un partenariat avec une entreprise de motos. La société met les motos à la disposition des jeunes sous forme de contrat. Le jeune qui prend la moto, sous la couverture de l’association, travaille et reverse une certaine somme jusqu’à ce que la moto lui revienne. Ce qui permet vraiment aux jeunes de s’épanouir, de pouvoir gérer leur famille et cela permet à beaucoup de réaliser leur rêve.

En clair, vous avez travaillé à ce que l’association soit une sorte de garantie pour les jeunes ?

Voilà, l’association est une sorte de garantie auprès de l’entreprise de motos et les jeunes. L’association recouvre les montants à verser régulièrement par les jeunes et les reverse à l’entreprise.

C’est dire que les centaines de jeunes qui évoluent actuellement dans le secteur à Fada sont satisfaits ?

Oui, ils sont satisfaits. Aujourd’hui, le nombre de jeunes en attente est important. Avec l’insécurité, nous avons travaillé à prendre des jeunes déplacés internes avec nos moyens de bords, mais il y en a toujours en attente. Au moment où je vous parle, l’entreprise est en rupture de motos, donc, des gens sont en attente.

Vous êtes 230 membres, 230 taxis-motos, et vous dites qu’il y a une liste d’attente, que vous comptez satisfaire. Est-ce dire qu’il y a toujours un marché à prendre ?

Oui, il y a le marché. La situation géographique de Fada fait d’elle un axe qui relie au moins trois frontières (Niger, Bénin, Togo, Nigeria). Beaucoup de voyageurs transitent par Fada. Aussi, il y a beaucoup de compagnies nationales qui desservent Fada et des transporteurs qui quittent Fada pour aller dans les autres localités de la région. Malheureusement, aujourd’hui avec l’insécurité, les axes ne sont plus accessibles.

Une situation qui vous a imposé une réorganisation, on imagine !

Avec les maquis, les restaurants, les écoles, les voyageurs, on s’est réorganisé pour s’adapter à la situation et tout se passe bien. Donc, chacun s’en sort, chacun gagne pour ses besoins personnels et pour sa famille, et tout en reversant aussi (pour ceux qui n’ont pas encore fini de payer) le montant pour la moto.

Quand vous faites référence à l’école, voulez-vous dire qu’il y a des parents qui se sont attaché vos services pour le déplacement de leurs enfants élèves ?

Oui, des parents se sont abonnés. On part chercher les enfants le matin pour les déposer à l’école. On les ramène à midi à la maison pour aller les chercher à 14h pour l’école et le soir, on les ramène à la maison. Il y a même des fonctionnaires qui le font, ils évitent d’utiliser leurs motos ou leurs véhicules, ils préfèrent s’abonner à un de nos conducteurs, il donne leurs heures de départ au bureau et de descente et on va les chercher. Les heures sont respectées et chacun est content.

Et ça se passe bien ?

Oui, tout se passe bien. On n’a jamais reçu un client qui s’est plaint à ce niveau-là, et on prie Dieu que cela n’arrive pas.

Comment les jeunes arrivent-ils dans votre association, et quelles sont les conditions pour être admis comme membre ?

Au début, les conditions de recrutement étaient un peu difficiles parce qu’il fallait présenter son casier judiciaire. Au fur et à mesure, avec l’enquête (il cite des structures compétentes : ndlr), on a élaboré un processus pour faciliter l’intégration des jeunes à l’association, parce que s’il y a trop de conditions, la personne peut avoir peur et se décourager. Imaginez un jeune qui quitte le village et arrivé ici, on le charge avec plein de papiers, ça le décourage. Donc, on a élaboré un processus simple, mais efficace. Un jeune qui vient envers nous, qu’on ne connaît pas, on lui demande de faire venir ses parents (soit son papa soit sa maman). Ensuite, on part connaître son domicile, on se renseigne autour de lui. Donc, on a une fiche qui permet de recueillir l’identité et la personne à contacter en cas de besoin. Quand tout cela est fait, on essaie la personne pendant au moins une semaine.

Avez-vous reçu de la formation sur le domaine ?

Oui, nous avons reçu des formations. Nous avons reçu par exemple des formations sur le code de la route grâce à un partenaire qui a financé par deux vagues, la formation de nos conducteurs pour le permis A1. Il y a aussi des séances de sensibilisation des conducteurs sur le code de la route, en partenariat avec un spécialiste de la circulation routière. Donc, quand le jeune dépose son dossier, on lui donne une formation : les feux rouges, le stop, comment il doit se comporter en circulation, le comportement avec les clients, le respect des citadins et des piétons, il ne doit pas circuler sans la blouse, sans feu rouge et clignotants de sa moto ainsi que les rétroviseurs. C’est après ce minimum montré qu’on leur fait passer le permis A1. Mais les moyens ne suffisent pas pour faire passer le permis à tout le monde au même moment, s’il y a de bonnes volontés qui peuvent nous aider dans ce sens, ça va nous arranger.

Donc, on n’est pas membre d’office de l’association ?

Non, on donne des enseignements à celui qui entre. En plus des règles de la route, il y a des formations sur le civisme, le trafic des enfants qu’on leur donne. Etant donné qu’ils sont sur la route, partout, c’est important. Ils sont arrivés à dénoncer plusieurs fois des cas de trafics d’enfants.

Vos membres ont-ils des cartes ?

Oui, ils ont des cartes de membre.

Vous est-il arrivé de sanctionner des membres ?

Oui, il y a des membres qu’on sanctionne. Diriger 230 jeunes n’est pas chose facile, parce que chacun a sa mentalité et sa façon de voir les choses. Il y en a qui dégamment (déconner : ndlr) parfois ou font des bagarres. Mais on n’a jamais reçu de plainte qu’un conducteur a fui avec les bagages de quelqu’un. Les bagarres, c’est surtout avec les filles qui travaillent dans les maquis. Quand ça arrive, on raisonne la personne, et si ça persiste dans la même erreur, on la sanctionne pour trois mois et on l’observe. S’il revient et que ça ne change pas, on la sanctionne définitivement. Les membres qui ne participent pas aussi aux rencontres et qui viennent après pour se plaindre ou qui font des choses par manque d’informations parce qu’ils ne viennent pas aux rencontres sont sanctionnés.

Ali Diallo, secrétaire général de l’association des taxis-motos à deux roues de la région de l’Est

C’est dire que vous avez des rencontres périodiques avec vos membres ?

Oui, chaque trimestre, on a une rencontre qui réunit tout le monde.

Concrètement, quel est l’impact de l’insécurité sur votre organisation ?

Nous détenons un récépissé régional. Donc, on partait dans toutes les localités de la région. Aujourd’hui, on a limité les déplacements à cause de l’insécurité. On a limité, parce que ça peut aussi déranger les missions de nos forces de défense et de sécurité sur le terrain. On a interdit à nos conducteurs d’aller au-delà d’un certain périmètre.

Avant cette situation d’insécurité, vous desserviez toutes les contrées de la région. Est-ce que les transporteurs ne vous accusaient pas aussi de faire de la concurrence déloyale avec eux ?

On a même commencé avec eux, quand on démarrait, on était dans les locaux des transporteurs. Ils nous ont aussi guidés et accompagnés. Il y a une bonne communication entre nous. On ne peut pas prendre leurs clients et eux aussi ne peuvent pas prendre nos clients. Les personnes que nous transportons sont celles qui viennent souvent en mission, qui veulent aller rapidement dans une localité pour régler un problème et revenir. C’est plus rapide avec nos conducteurs.

A part les Burkinabè, y-a-t-il d’autres nationalités parmi vos membres ?

Oui, il y en a beaucoup. Il y a nos frères nigériens, togolais, etc. On travaille avec tout le monde ; celui qui veut travailler seulement, honnêtement, on est avec lui.

On remarque que vous êtes à la pause d’une activité de formation à laquelle votre association est bénéficiaire. De quoi s’agit-il exactement et quel est son apport pour une association comme la vôtre ?

Oui, c’est dans le cadre d’un programme mis en place par l’ABF (Association burkinabè de fundraising) à travers son programme « Giving for change » (Donner pour le développement endogène). Nous disons vraiment grand merci à ABF à travers son partenaire régional Scoops Yanyema grâce auquel nous bénéficions de la formation. Ce que nous avons appris de ce programme est très énorme et ça nous avantage beaucoup. Grâce à cette formation, nous faisons désormais de la mobilisation de ressources locales. En fait, on le faisait avant, mais sans le savoir. Avec ce que nous avons vu avec ABF, on s’est rendu compte qu’il y a beaucoup d’étapes qu’on sautait, qu’on pouvait pourtant utiliser pour développer encore plus nos activités.

C’est tout un programme que ABF est en train de dérouler pour nous former et nous sommes à notre cinquième module aujourd’hui (donc cinquième formation). Avec ce programme, on a appris maintenant comment mobiliser des ressources locales pour faire le développement local. Il y a des activités pour lesquelles on n’a même pas besoin d’un partenaire. Mais avant, on courrait partout pour chercher des fonds. Désormais, on a vu qu’on peut, nous-mêmes, se débrouiller et c’est très important.

On s’est rendu compte qu’on faisait nos activités avant, mais mal. On sait désormais comment élaborer nos activités et avancer. Nous avons appris comment mobiliser les ressources locales pour faire le développement endogène. On a compris maintenant que nous-mêmes, on a les ressources pour se développer. On menait les activités avant, mais on les menait mal. Pour avoir eu la chance de participer à ce programme, ça va améliorer beaucoup de choses dans notre association. Je souhaite que beaucoup d’associations puissent en bénéficier, ça va beaucoup booster le développement endogène.

Au niveau de votre association, c’est quoi l’ambition ?

C’est vraiment de voir les jeunes s’épanouir, maîtriser l’activité qu’ils font. Notre vrai problème aujourd’hui, c’est le permis A1. Nous essayons aussi d’accompagner l’autorité dans le sens de la sensibilisation, car des textes existent, mais ils ne sont pas appliqués. C’est par exemple le port du casque. Nous sommes en train de sensibiliser nos jeunes par rapport au port du casque. Nous sensibilisons régulièrement nos jeunes sur le sujet et sur la visite technique. Donc, des accompagnements dans ce sens vont nous arranger. C’est notre vrai souci aujourd’hui. Rien que la semaine dernière, nous avons bénéficié d’une formation avec le ministère des transports. Je pense que notre organisation peut beaucoup contribuer dans la sensibilisation des populations sur ces questions de port de casque, de visite technique, de règles de la circulation, etc.

D’ailleurs, avec notre nombre, si les conducteurs de taxis-motos à deux roues donnent l’exemple, le reste de la population peut suivre. Mais pour qu’on y arrive, il faut vraiment des moyens, des formations et des sensibilisations. L’être humain, quand tu veux le forcer, il ne va pas accepter. Mais avec les sensibilisations, les formations, les rencontres, le port du casque va être une réalité avec tous les membres de l’association et c’est sûr que la population va suivre l’exemple.

La gestion des déplacés internes est une préoccupation nationale. Quelle est leur place, notamment les jeunes, dans vos initiatives ?

C’est une préoccupation vraiment, et à chaque fois qu’il y a des rencontres, je plaide pour eux. Parmi les jeunes qui sont en attente d’avoir les motos, il y a beaucoup de déplacés internes. Aujourd’hui, au sein de l’association, il y a 105 jeunes qu’on a recrutés. C’est cela même qui a fait que le nombre a considérablement grimpé. On était à 110 membres. Avec l’insécurité, chaque jour, on reçoit cinq à six jeunes. Il y a beaucoup en attente. Si chacun peut avoir sa moto et que par jour, il rentre avec 2 000 à 3 000 francs, ça peut aider des familles. Voilà pourquoi à chaque rencontre où j’ai l’occasion de prendre la parole, je lance le cri de cœur.

Vous avez parfois de l’accompagnement de l’Etat ?

Non, depuis que nous existons, on n’en a pas encore eu. Au niveau local, on a la mairie et la police municipale qui nous accompagnent en conseils et dans nos activités parfois. En tout cas, je demande que l’Etat regarde cette activité pour accompagner les jeunes par l’encadrement et la formation.

Qu’est-ce que vous avez à dire pour terminer ?

Dans la région, notre organisation est l’une des rares associations qui comptent 230 membres Au regard du secteur d’activités, c’est bien que l’Etat puisse les sensibiliser, les encadrer, pour que l’activité puisse prospérer longtemps. Nous allons remercier aussi ABF et l’association Scoops Yanyema et leurs coachs et encadreurs pour les formations qu’elles nous donnent. Grâce à leur accompagnement, on améliore beaucoup notre façon de faire et c’est tout le monde qui gagne, à commencer par ces jeunes qui travaillent, leurs familles et les populations qui s’attachent leurs services.

Interview réalisée par Oumar L. Ouédraogo
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