Actualités :: Destruction de l’ancienne résidence de Blaise Compaoré à Bobo-Dioulasso : Un (...)

Saccagée lors de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, l’ancienne résidence de l’ex-président Blaise Compaoré à Bobo Dioulasso porte toujours les stigmates du passage des manifestants huit ans après. L’état des lieux montre un endroit délaissé et voué à toutes sortes d’activités et dont la question de réhabilitation ou d’exploitation reste pour l’heure inconnue.

Les 30 et 31 octobre 2014 sont deux jours qui marquent l’histoire politique du Burkina Faso. En effet, ce fut une période trouble mais historique car le peuple burkinabè s’insurgeait contre le pouvoir de Blaise Compaoré.

Au pouvoir depuis 27 ans, le président Blaise Compaoré projetait de modifier l’article 37 pour se maintenir. Ce fut la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Et comme un seul homme, la population s’est mobilisée dans les quatre coins du Burkina pour demander le départ de Blaise Compaoré. Chose faite car le président Compaoré à travers une déclaration renoncera au pouvoir.

Cependant, avant son annonce, au-delà de la demande de départ du pouvoir, les insurgés avaient commis des saccages d’édifices publics ou privés. Les résidences et biens du président et ceux de ses proches ont été pillés et saccagés. A Bobo-Dioulasso, parmi les lieux saccagés, on note celui de la résidence de Blaise située à Lafiabougou au secteur 28.

Aspect des lieux

Pour toute personne qui franchit pour la première fois le portail d’entrée de la résidence, il y a une sensation d’insécurité liée au trop grand calme qui règne mais aussi à l’aspect vaste et lugubre des lieux. Huit ans après (2014-2022), l’intérieur de cet endroit porte toujours les stigmates des évènements. En témoigne les nombreux débris de verres éparpillés un peu partout, des débris de cailloux… En inspectant les lieux, on court le risque de se blesser les pieds si on ne porte pas de chaussures fermées.

Les murs intérieurs tous noirs témoignent du passage des flammes. On découvre également sur certains murs des écrits de toute nature ou des dessins insolites.
Par contre, on ne retrouve aucun objet de valeur ou d’équipements à l’intérieur tout ayant été pillé jusqu’au dernier objet. Tel est le triste spectacle qu’offrent les nombreux bâtiments de cette ancienne résidence.

Activités menées sur le site de la résidence

Cette résidence qui s’étend sur plusieurs hectares abrite diverses activités et accueille encore une diversité de visiteurs. Après avoir franchi le portail principal, juste à la droite dans les broussailles, on aperçoit ce jour un homme se livrant à un étrange rituel qui constituait à se badigeonner les mains avec une sorte de décoction. A quelques pas de lui, un autre était assis sur sa moto, l’air pensif. Un peu plus loin, un couple d’amoureux assis paisiblement sous les arbres.

Continuant notre visite, nous rencontrons un groupe de trois jeunes qui à priori nous ont donné un peu de frayeur de par leur aspect. Et quand nous demandons à échanger avec eux, ils nous signifient qu’ils sont justes en train de se promener.
Nous avons par ailleurs découvert au bas d’un bâtiment, un foyer de trois cailloux, un reste de sel… Ce qui laisse présager que quelqu’un a l’habitude de préparer en cet endroit précis.

Comme l’indique notre guide qui a eu l’amabilité de nous accompagner mais qui a préféré garder l’anonymat, diverses activités se mènent sur le site. Certains viennent faire du sport tandis que d’autres, en particulier les élèves ou étudiants viennent réviser. Il se passe aussi des choses pas catholiques sur ce site. Comme au niveau de cet endroit qu’on peut baptiser « le carrefour des sacrifices ». Des feuilles de décoction, versées au milieu de la voie, une calebasse contenant du soumbala et du sel, de la poudre de farine éparpillée sur le goudron…

Notre guide souligne que très tôt le matin ou dans la soirée, des gens de toutes catégories viennent à pieds à moto ou en voiture pour faire des sacrifices.

Et dans la soirée, le lieu présente un visage de prostitution. « Depuis 2014, le terrain est resté inexploité. Comme le terrain est resté vide, les gens viennent faire du sport, les élèves aussi viennent pour bosser. A mon avis, ça ne suffit pas. Si l’État pouvait songer à réaménager le coin pour exploiter, cela allait profiter à tous. Certes la population a détruit l’endroit pour exprimer sons ras le bol, mais je crois que c’est une erreur parce que cette résidence n’était pas seulement pour Blaise mais aussi pour le peuple », témoigne-t-il. Il ajoute : « Il y a d’autres personnes qui viennent faire du n’importe quoi. Quand on regarde les bâtiments, ce n’est vraiment pas intéressant. Les gens font aussi des sacrifices, certains se lavent nus, ce n’est pas trop intéressant mais on ne peut pas trop leur en vouloir parce que le terrain est délaissé, on ne sait plus à qui ça appartient ».

Même si notre guide rassure qu’il n’y a pas de bandits vu qu’il n’a jamais eu écho d’agression, il estime que l’endroit reste risqué vue la grandeur du site et sans sécurité, même si les forces de défense et de sécurité sillonnent l’endroit au moins chaque deux jours.

Notre guide nous a également montré un endroit où coule de l’eau limpide d’un tuyau abîmé depuis près de deux ans, selon ses calculs. Il déplore que toute cette eau soit ainsi gaspillée au moment où d’autres personnes sont en manque. Il invite l’Etat à revoir la situation du site soit en le réhabilitant soit à en faire des parcelles d’habitations.

La résidence vue de l’extérieur

A l’angle de la clôture de la résidence, se trouve deux lieux de commerce. Sous ces hangars sont installé Lassina Sawadogo et ses collaborateurs où l’un vend du café et d’autres petites marchandises et l’autre pratique la mécanique.

Concernant les activités menées autour de la résidence, selon Lassina Sawadogo, beaucoup de gens passent devant son lieu de commerce pour se rendre dans la cour de la résidence. Seulement, il ne sait pas pourquoi ces gens se rendent là-bas et il ne peut pas non plus leur demander pourquoi ils s’y rendent. Cependant, il a souhaité que le site soit réaménagé comme un lieu de travail ou autre chose car dit-il « c’est devenu un mauvais endroit où tout le monde rentre faire ce qu’il veut ».

Au regard de ces constats, la question qui reste posée est quel sort est réservé à cette ancienne résidence de l’ex-président Blaise Compaoré que ce soit dans un futur proche ou lointain ? Faut-il la réhabiliter pour en refaire un pied-terre pour les chefs d’Etat du Burkina Faso à Bobo-Dioulasso, des bâtiments administratifs ou des parcelles d’habitations ? Telles sont les questions que l’on pourrait se poser.

Haoua Touré
Marie Constance Ki (stagiaire)
Lefaso.net

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