Actualités :: Dédougou : Des personnes déplacées internes crient famine

Les personnes déplacées internes (PDI) dernièrement arrivées à Dédougou meurent de faim. Pour cause, l’Etat donne l’apparence de les avoir oubliées en matière d’assistance alimentaire. Les autorités provinciales en charge de l’action humanitaire ont plus ou moins bien accueilli ces PDI en leur trouvant un site d’hébergement, surtout pour celles qui n’ont pas pu se faire des familles d’accueil ou avoir des maisons à louer. Cependant, environ un mois après l’arrivée à Dédougou de ces PDI en provenance de Doumbassa, Souma, Sâ, Koussiri et Douroula, l’assistance alimentaire de l’Etat se fait toujours attendre.

5 août 2022, tôt le matin et sur le réseau social Facebook ainsi que dans certains groupes WhatsApp, des concitoyens s’envoient des messages pour se souhaiter bonne fête de l’indépendance du Burkina Faso. Au même moment nous nous déportons dans une famille de personnes déplacées internes (PDI) à Dédougou.

Assis devant la porte d’une maison en finition et visiblement la personne sur qui repose la charge de nourrir une douzaine de personnes, Moumouni Sankara a le regard dirigé vers les ciel, le menton appuyé contre ses deux pouces. Il passe pour un homme arraché à la réalité et perdu dans ses multiples pensées.

Dans un coin de la cour presque envahie d’herbes, totalement boueuse et en attente d’être clôturée, sa femme courbée, la tête quasi engloutie dans la bassine et avec son nourrisson d’à peine un mois au dos, s’affaire à la lessive.

L’homme, pense-t-il, lui aussi comme nombre de Burkinabè le font en ce jour mémorable, à cette date historique qui a vu consacrer l’indépendance du Burkina Faso ? Loin de penser à une quelconque indépendance, ce natif du village de Souma dans la commune rurale de Douroula médite sur son existence et celle de sa famille mises en ballotage, de surcroît livrées à la dépendance du bon vouloir et de la générosité des autres.

La réaction de M. Sankara à notre curiosité de percer son état pensif laisse froid et peu de commentaires. « Le peu de ressources que nous avions sur nous au moment de notre fuite sont déjà finies. Toute notre alimentation est restée au village et il est impossible aujourd’hui d’y repartir enlever sous peine de perdre la vie. Si je dis que je sais quoi faire pour nourrir ma famille, j’ai menti », a-t-il soufflé.

Dans cette maison, faisant office de cuisine, dorment Moumouni Sankara, son épouse et leur enfant né le jour-même de l’attaque.

Comme un grabataire qui, après moult efforts a pu se redresser sur son lit et parlant d’une voix à peine audible, Moumouni Sankara donne l’impression d’une personne frappée d’épuisement. Mais ce père de famille s’évertue à nous entretenir de l’accueil qui leur a été réservé. « A notre arrivée à Dédougou, les autorités (ndlr : en charge de l’action humanitaire) nous ont trouvé un site d’hébergement. Une partie de ma famille y est logée. J’ai pris, néanmoins, cette maison en location parce que ma femme a accouché le jour même de l’attaque de Douroula et vu la situation du nouveau-né, il ne pouvait pas rester sur le site », a-t-il expliqué. Selon lui, les documents relatifs à la naissance de son enfant ont été incendiés avec le centre de santé de Douroula.

Situation difficile

S’agissant toujours de l’accueil, le père du nouveau-né précise qu’en plus du gîte qui leur a été donné, « ce sont des nattes, des seaux, des marmites, des spatules et des gobelets » qui ont été distribués aux personnes déplacées arrivées de la commune de Douroula et de ses localités environnantes.

Le même son de cloche se fait entendre du côté de Issa Tougouma. Désormais refugié au secteur 02 de Dédougou, dans une zone non lotie, avec plus d’une vingtaine de membres de sa famille, ce villageois de Doumbassa, d’une voix caverneuse, déclare n’avoir rien reçu comme aide alimentaire ni des autorités ni de structure privée depuis leur arrivée.

Dans la même veine, Blahéma Konaté, habitant du village de Sâ et faisant partie des personnes responsabilisées au niveau du site, témoigne que c’est la croix et la bannière que de pouvoir trouver de quoi se mettre sous la dent. « Les gens ont épuisé le peu de ressources qu’ils ont pu fuir avec. Et jusqu’à présent, les autorités ne nous sont pas venues en aide sur le plan alimentaire. Ce n’est pas facile à ce niveau », informe-t-il, un air teinté de découragement.

Soumana Bazoum, chef de service Solidarité nationale et assistance humanitaire de la Direction provinciale en charge de l’action humanitaire du Mouhoun.

Ces témoignages sont confortés par le chef de service solidarité nationale et assistance humanitaire de la Direction provinciale en charge de l’action humanitaire du Mouhoun, Soumana Bazoum. Il confirme que jusqu’à la date du 10 août 2022, les PDI venues des localités de Souma, Sâ, Koussiri, Douroula et Doumbassa n’ont rien reçu comme assistance alimentaire de la part des services de la Direction provinciale. [ Cliquez ici pour lire l’intégralité ]

Yacouba SAMA
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