Actualités :: Circulation routière au Burkina : Ouagadougou, capitale des paradoxes

Baptisée capitale africaine des deux roues, Ouagadougou la fière est aussi la capitale des paradoxes où l’on est prompt à crier haro sur le baudet sur quiconque respecte “un peu trop” les feux tricolores et autres panneaux de signalisation routière. Comme dirait l’adage, à Ouagadougou, on tape toujours sur celui qui est droit, les tordus en général, on les laisse tranquilles. Ah Ouaga ! Bienvenue dans la savane !

Il suffit de sortir de la bulle “Burkina Faso” pour s’en rendre compte. La discipline, force principale des armées et des grands peuples notamment asiatiques, n’est pas une question de mer, de buildings ou de… croissance économique à deux chiffres. C’est avant tout une question d’éducation. Et c’est ce qui manque à beaucoup d’usagers de la route, ici dans la région du centre où 75,9% des ménages ont au moins une mobylette ou une moto et 11,1% des ménages ont au moins une voiture, selon le recensement général de la population et de l’habitation de 2019.

Des usagers brûlant les feux tricolores sur l’avenue Thomas Sankara

Pour parler, comme le Pr Laurent Kilachu Bado, Ouagadougou est une basse-cour à ciel ouvert qui grouille de dindons aux yeux de qui, ceux qui respectent strictement le code de la route sont coupables de tous les péchés d’Israël. Un paradoxe qui fait réfléchir.

De paradoxe en paradoxe

C’est à Ouaga que l’on peut voir des usagers rouler sur la piste cyclable, ensuite revenir sur la chaussée juste pour ne pas avoir à s’arrêter aux feux tricolores.

C’est à Ouaga, capitale du cinéma, que l’on peut voir un adolescent faire la vitesse tout en regardant par derrière pour s’assurer qu’un autre usager ne viendra pas le dépasser. En 2020, « un dindonneau » a mordu le bitume en se prenant pour un pilote de Moto GP face à une dame qui ne faisait que rouler tranquillement. Heureusement qu’il n’a laissé que quelques plumes.

C’est à Ouaga qu’un individu peut manifester pour réclamer des feux tricolores ou des panneaux STOP dans son quartier, alors que sa boutique biodégradable installée au marché empêche les usagers de voir le panneau STOP implanté au coin de la rue.

C’est à Ouaga que l’on peut voir deux amis rouler côte à côte et avoir le culot de vociférer parce qu’un usager a commis l’impair de tourner à droite sans avoir pris le soin de mettre le clignotant.

Les panneaux STOP sont moins respectés que les feux tricolores dans la capitale burkinabè

C’est encore chez nous que les nouveaux propriétaires de motos s’empressent d’arracher les rétroviseurs de leurs engins alors qu’ils sont des champions de la sensibilisation pour le port du casque sur les réseaux sociaux.

Que dire de ces individus qui, pour lutter contre l’excès de vitesse dans leur quartier se lancent dans la construction de ralentisseurs communément appelés « gendarmes couchés », alors qu’ils roulent à tombeau ouvert sur les routes nationales tout en ignorant royalement les panneaux avec la mention « Cédez le passage ».

C’est à Ouaga également qu’on peut voir des usagers faire un doigt d’honneur au bon sens à un carrefour malgré la pléthore de panneaux de STOP, de feux tricolores, de volontaires adjoints de sécurité et de policiers au niveau dudit carrefour.

C’est à Ouagadougou que des usagers peuvent alerter des individus suspects de la présence de la police sur une route ou à un carrefour. En 2019, des fraudeurs transportant des piles de cartons sur des motos de type Sanili et Aloba non immatriculées, ont été alertés par des usagers non loin du marché à bétail de Tanghin, de la présence de policiers sous l’échangeur de Tampouy. Les indélicats ont ainsi bifurqué en traversant le barrage numéro 2 (barrage de Tanghin), là où il n’y avait plus d’eau. Ils ont ainsi débouché dans les labyrinthes du quartier Ouidi.

Par ’’Cédez le passage’’, certains usagers semblent avoir compris ’’Forcez le passage’’

La vérité est implacable

Trop de paradoxes pour une capitale qui, selon le cinquième recensement général de la population et de l’habitation du Burkina Faso, a une population de 2 415 266 habitants soit 45,1% de la population urbaine du pays. Trop de paradoxes dans une ville où il faut tenir son chapelet à chaque sortie tant l’intolérance et l’arrogance sont devenus la règle et la courtoisie l’exception.

Les statistiques sont pourtant là pour rappeler à toutes et à tous que l’arrogance précède la ruine et que la tolérance en circulation ne coûte rien. Faut-il encore le rappeler, les services de Police ont enregistré au cours de l’année 2019, 12 499 cas d’accidents dans la ville de Ouagadougou, avec malheureusement 168 personnes décédées. De janvier à avril 2020, les données en la matière font état de 3 846 cas d’accidents enregistrés dont 53 décès. Selon la Police nationale, plusieurs de ces accidents sont dus, entre autres, à l’excès de vitesse et au non-respect des feux tricolores.

Dans une interview qu’il a accordée au Faso.net en décembre 2021, l’ex-directeur général de l’Office national de sécurité routière (ONASER), Adama Kouraogo a indiqué que 18 529 cas d’accidents ont été enregistrés au Burkina du 1er janvier au 30 novembre 2021. Ces accidents ont causé la mort de 956 personnes et fait 11 331 blessés. Selon l’Office, 80% de ces accidents de la route ont été causés par l’homme.

Conducteurs de triporteurs et motocyclistes, tout le monde s’y met

Après la carotte, le bâton

Le Burkinabè étant dur de la feuille, il n’est pas étonnant de voir le Burkina être un grand champion dans la sensibilisation tous azimuts. C’est bien beau, mais il faut véritablement sévir et de la plus belle manière. Et ce ne sont pas les idées qui manquent comme augmenter le tarif de la contravention et/ou définir une durée d’une semaine voire plus pour la mise en fourrière de la moto ou du véhicule.

Cela ne mettra certainement pas fin à l’indiscipline en circulation, mais aura l’avantage d’amener les usagers à réfléchir par deux fois avant de jouer les dindons. Si une telle proposition devrait être appliquée, il faudrait faire attention aux abus de certains éléments de police qui portent parfois des œillères et sont prompts à verbaliser à la tête du client. Tout changement fait toujours des mécontents, mais comme l’a dit Bouddha “Le changement n’est jamais douloureux. Seule la résistance au changement est douloureuse.”

HFB
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