Actualités :: Manifestations à Ouagadougou : Indignation autour de l’incendie de (...)

Sale samedi (22 janvier 2022) pour Sayouba Ouédraogo et El hadj Abdoul Rachid Karanga qui ont enregistré de lourdes pertes en cette journée de marche contre le pouvoir Roch Kaboré. A la base, et selon la version recueillie sur place, les forces de l’ordre ont, dans leur course poursuite des manifestants, jeté du gaz lacrymogène dans un bâtiment à niveau, sis avenue du marché, en face du siège de la loterie nationale burkinabè. Constat : du matériel médical entièrement consumé et bien d’autres dégâts.

Ce sont des commerçants et manifestants entre désolation et révolte, qu’on a trouvés sur cette bretelle de sortie sud-ouest du grand marché de Ouagadougou, Rood-Wooko. Aux côtés des sapeurs-pompiers, les uns et autres s’activent à éteindre le feu dans le bâtiment, sous les regards de plusieurs autres spectateurs.
Nous arrivons sur les lieux, plusieurs dizaines de minutes après le début de l’incendie.

« Quand ils ont jeté les premiers gaz lacrymogènes, les gens ont voulu sauver la situation, mais ils ont chargé à nouveau dans le bâtiment. C’était intenable », témoigne un des jeunes proches d’El hadj Abdoul Rachid Karanga.

« Comme le feu a commencé par le voisin, à un certain moment, il fallait forcer les portes avant qu’il ne soit trop tard. Malgré qu’on courait pour chercher des solutions, les forces de l’ordre continuaient à jeter le gaz dans le bâtiment, il fallait courir, sortir, respirer avant de revenir », précise le témoin.

Arrivé donc en pleine situation difficile, El hadj Abdoul Rachid Karanga a pu, grâce aux efforts conjugués et prompts, sauver ce qui pouvait l’être. Si les cinq pièces qui contiennent ses marchandises et son bureau ont été moins impactés par les flammes, ils ont cependant été inondés par les eaux qui ont servi chez le voisin. Sucre, thé, bouillons...ont donc été touchés.

El hadj Abdoul Rachid Karanga et des proches, constatant les dégats.

« J’étais chez moi, à Kossodo (quartier nord-est de la capitale, ndlr), quand les voisins m’ont appelé pour me dire de venir rapidement qu’ils (les forces de l’ordre, ndlr) ont lancé du gaz lacrymogène qui a enclenché un incendie chez le voisin et qui est en train d’avancer chez moi. Avec les embouteillages, j’ai mis du temps et les gens étaient obligés de casser le magasin et sauver ce qu’ils pouvaient. Dieu merci, j’ai été touché, mais grâce à l’aide des uns et des autres, on a pu sauver des marchandises. Mais comme dans ce genre de situations, il y a des gens de mauvaise foi, qui sont toujours là pour profiter (voleurs, ndlr), mais je peux rendre grâce à Dieu », explique El hadj Abdoul Rachid Karanga.

Contrairement à ce dernier, le voisin d’où est parti l’incendie, Sayouba Ouédraogo, lui, ne peut que constater la dévastation de son matériel médical.
En plus de l’important débris au balcon, c’est tout le magasin et son plein de matériel qui sont en ruines. Couveuses, appareils d’échographie et de massage médical, gangs,... bref, la liste est longue.

« On n’a pas ouvert aujourd’hui, justement, à cause de la manifestation. J’étais à la maison. Donc, il n’y avait personne dans le bâtiment. Mais je ne savais pas que ce sont les forces de l’ordre elles-mêmes qui allaient faire ce que nous avons craint et qui nous a poussés à ne pas ouvrir. Ils (forces de l’ordre, ndlr) jettent le gaz dans le bâtiment et plus grave, ils empêchent qu’on éteigne le feu », rapporte le propriétaire du commerce, Sayouba Ouédraogo.

Les sapeurs-pompiers décident finalement d’ "interpeller" les forces de l’ordre afin de pouvoir poursuivre leur travail.

Les nombreux jeunes à ses côtés expliquent comment ils ont été empêchés par les tirs à gaz dans le bâtiment. « Ils ont tiré et obligé les sapeurs-pompiers à se retirer un instant, personne ne pouvait respirer. C’est ce qui a fait que l’incendie a eu une telle ampleur. Sinon, dès que les gens ont constaté le feu, à l’aide de bidons d’eau, ils ont commencé à éteindre en attendant l’arrivée des sapeurs-pompiers. Mais ce n’était pas possible parce que les forces de l’ordre sont venues jusqu’à la marche du bâtiment pour charger les gens de gaz lacrymogène. Mais ce que je peux ajouter ici, c’est que le groupe qui a fait ça (ils étaient dans deux pick-ups), ce ne sont pas des Burkinabè, ce sont des étrangers, quand on a parlé avec eux, on a compris que ce sont des étrangers (ils identifient une nationalité, que nous taisons ici). On doutait fort que nos forces de l’ordre puissent avoir ce genre d’agissements, effectivement, ce ne sont pas des Burkinabè. Après leur forfait, ils se sont retirés et un autre groupe de deux pick-ups est venu se positionner. Le président Roch (Kaboré) a fait venir des gens d’ailleurs pour nous tuer », recoupe-t-on des propos de proches des deux commerçants victimes, et témoins des évènements.

Sayouba Ouédraogo constate tout son commerce parti en flammes.

« j’ai compris qu’à part Roch (Kaboré), personne d’autre n’est Burkinabè »

« Vous voyez tous ceux qui se sont mobilisés pour éteindre le feu-là, ce n’est pas parce qu’ils sont familiers aux propriétaires, c’est parce qu’ils nourrissent leurs familles grâce à l’existence de leurs commerces. Regardez (ils indexent), des gens pleurent. Il y a meme un jeune (il travaille ici) qui se battait pour éteindre le feu, mais le gaz qu’il continuait de recevoir l’a fait étouffer et il est tombé ici au niveau de l’escalier. Il s’est débattu pour se soustraire et est rentré chez lui », expliquent-ils dans une ambiance de colère.

« Ce qui me fait mal, ce n’est pas qu’ils aient lancé le gaz dans le bâtiment, mais plutôt le fait qu’ils aient empêché les gens de limiter les dégâts. Ça aurait pu se limiter au premier niveau (balcon, ndlr) », lâche Sayouba Ouédraogo, au bord des larmes.

« C’est aujourd’hui j’ai compris que je ne suis pas Burkinabè. C’est aujourd’hui aussi que j’ai compris qu’à part Roch (Kaboré), personne d’autre n’est Burkinabè. A part lui (Roch Kaboré), personne d’autre ne compte. Au nom de son pouvoir, il peut envoyer des gens pour venir incendier nos commerces. Il s’en fout de la vie des autres Burkinabè », se résigne Sayouba Ouédraogo.

Pendant que les soldats du feu étaient à l’oeuvre avec l’aide de populations civiles, des éléments des forces de l’ordre, postés dans les encablures sur deux pick-ups, et sous la provocation de certains manifestants, finissent par lancer du gaz sur les décombres du bâtiment. Ce qui va irriter les sapeurs-pompiers. « Pardonnez, permettez-nous de faire notre travail, ne les provoquez pas. Vous les provoquez, ils tirent et nous, ça nous empêche de travailler », a lancé un des soldats du feu aux manifestants, qui à leur tour, tentaient de justifier leurs comportements vis-à-vis des forces de l’ordre. L’élément des sapeurs-pompiers opte d’aller à la rencontre du groupe des forces de l’ordre auteurs des tirs à gaz. Après quelques minutes d’ "interpellation", les éléments reculent de leur position et allègent leur dispositif. Ce qui a permis aux sapeurs-pompiers et autres bonnes volontés d’achever le travail. Mais la tension est, elle, restée vive ; des manifestants, fort de l’incendie, tenant vaille que vaille au départ du pouvoir de Roch Kaboré qui, de leur avis, ne peut plus rien pour le Burkina Faso.

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