Actualités :: Ouagadougou : Ordures, sacrifices, carcasses d’animaux…des cimetières (...)

Des déchets de tous genres et même des chiens morts sont jetés dans certains cimetières de la ville de Ouagadougou. Cette facette plus ou moins cachée de la capitale, est souvent mise aux oubliettes jusqu’à ce que la mort d’un proche ou d’une connaissance nous ramène à nouveau aux réalités de ces espaces accueillant nos disparus. C’est ce que nous avons pu entrevoir le lundi 10 janvier 2022, lors de notre passage dans les quartiers de Toécin, Kilwin, Rimkièta et Karpala.

Les cimetières au Burkina Faso, en l’occurrence ceux de Ouagadougou, souffrent malheureusement encore aujourd’hui d’entretien. Odeurs nauséabondes, déchets aux alentours et à l’intérieur de ces espaces où nos défunts reposent, sans véritables clôtures, sont les principales images qui sautent à l’œil lorsque vous vous rendez dans les quartiers tels que Toécin, Kilwin, Rimkièta ou Karpala.

Trois femmes que nous avons rencontrées dans l’après-midi, près du cimetière de Toécin, ont toutes unanimement déploré cette situation qui ne fait que trop durer sans que des mesures concrètes ne soient prises pour y remédier. Nous-mêmes, très gênés par cette puanteur qui s’est introduite dans nos fosses nasales, avons cherché à savoir ce qu’il en était. Une fois la petite muraille dégradée censée servir de clôture franchie, nous apercevons des restes d’un chien en putréfaction et, juste en face de nous, des chèvres ayant transformé l’une des tombes en un dortoir.

Le chien mort jeté dans le cimetière de Toécin

« Chaque jour, des gens viennent jeter des ordures de toutes sortes dans le cimetière. Des porcs comme des chiens font partie des déchets qui polluent notre atmosphère », confient deux d’entre elles qui se sont exprimées presqu’en même temps. Ces dernières nous précisent que les auteurs de ces méfaits réduisent à néant les efforts de certains jeunes accompagnés de quelques femmes du quartier qui s’organisent pour l’entretien de l’espace.

L’une d’entre elle profitera de notre micro pour lancer un appel aux autorités compétentes afin que des actions d’urgence soient entreprises pour mettre un terme à l’incivisme de ceux qui se livrent à de telles pratiques.

Les femmes indignées par le cimetière de Toécin transformé en dépotoir d’ordures

« Nous demandons que l’État nous aide en clôturant le cimetière », clame l’une des femmes domiciliée à Toécin.

Des inhumations qui se poursuivent malgré l’espace saturé

Un jeune du quartier nous laisse entendre que les inhumations se poursuivent toujours malgré l’interdiction inscrite sur la pancarte indiquant l’espace saturé.
C’est effectivement le constat que nous ferons lors de notre arrivée au cimetière de Rimkièta dépourvu de clôture. Ici, nous avons trouvé des personnes en plein travaux pour offrir une tombe à leur proche qui est passé de vie à trépas. Et ce, malgré l’interdiction affichée sur la pancarte érigée.

Les engins à deux roues des personnes venues ensevelir leur mort dans le cimetière de Rimkièta

Pour ce qui est des immondices, l’on sera face aux mêmes faits au cimetière de Kilwin, où nous avons aperçu à l’entrée un petit vase traditionnel, communément appelé "canari" dans certains pays de la sous-région. Pourquoi est-il là ? À quoi sert-il ou à quoi a-t-il servi ? Les adeptes de l’occultisme auraient certainement une réponse à cette question.

À ce sujet, un des habitants du quartier nous confie qu’il n’est pas rare de voir des gens effectuer des sacrifices dans les cimetières. « Les sacrifices se font et pratiquement dans tous les cimetières. Il nous arrive de voir de grosses voitures venir se garer, ils font quelque chose de ce genre puis en ressortent », a-t-il précisé.
Les doléances à l’endroit des autorités sont identiques à celles évoquées plus haut à ce niveau : une clôture mais aussi un gardien pour la sécurité, jugent ces hommes à qui nous nous sommes adressés.

Le cimetière de Karpala, également sans muraille, côtoie une étendue de déchets plastiques et bien d’autres objets hors d’usage. Un état de fait qui inquiète plus d’un. « Si l’État pouvait véritablement aider à assainir l’environnement du cimetière, cela serait une bonne chose. Car si rien n’est fait, le dépotoir de saletés situé à proximité risque à un moment donné de rejoindre ledit cimetière », a souligné Awa Djigma, une riveraine.

L’étendue d’ordures côtoyant le cimetière de Karpala

Du même avis que celle qui l’a précédé, Edwige Ouédraogo estime également qu’une clôture résorberait un peu le problème d’insalubrité des cimetières. Mais pour l’instant, elle invite les autorités à doter de matériels adéquats, les jeunes volontaires des quartiers qui s’activent à entretenir ces espaces consacrés à la dernière demeure des citoyens.

Dans cette dynamique de résorber l’insalubrité des cimetières, des initiatives citoyennes ont vu le jour, notamment celle de l’association Song-taabawendyiinga (ASTWY) de Kamboissin, dans l’arrondissement n°9 de Ouagadougou. Une organisation créée dans le but d’aider gracieusement les familles endeuillées à rapidement accéder à une tombe pour l’inhumation des corps, en plus d’effectuer un nettoyage régulier des lieux.

Edwige Ouédraogo, habitante du quartier Karpala

« Un an après la clôture du cimetière envahit par les herbes, donnant l’impression que celui-ci était saturé, nous avons jugé utile de faire de son assainissement notre cheval de bataille tout en offrant un coup de main aux familles qui ont besoin d’une tombe pour inhumer leurs proches. C’est donc sans distinction de religion que nous apportons notre aide. Nous n’avons jamais creusé un sépulcre moyennant une somme d’argent et je défie quiconque de dire que nous l’avons fait dans ce cimetière de Kamboissin », a déclaré Ismaïla Congo, secrétaire général de l’association ASTWY. « Et nous pratiquons ce bénévolat depuis maintenant près de vingt ans », a-t-il souligné.

M. Congo dira que leurs besoins sont surtout d’obtenir des moyens financiers aux fins de louer des tricycles pour évacuer les herbes hors du cimetière. C’est donc dans ce sens qu’à l’issue d’un enterrement, l’association demande un geste de la part des personnes présentes pour y faire face. Dans cette dynamique, l’association a approché la mairie qui n’a jamais réagit, nous laisse-t-il entendre.

« Nous n’avons jamais creusé un sépulcre moyennant une somme d’argent », a déclaré Ismaïla Congo, secrétaire général de l’association ASTWY

L’argent qu’ils perçoivent ainsi, affirme-t-il, leur permet d’acquérir du matériel hygiénique en plus de la location des “motos taxi”.
« Le maire est au Cameroun pour la Coupe d’Afrique des nations », c’est l’information que nous a donné le conseiller municipal Jean Paul Kaboré lorsque nous tentions d’entrer en contact avec l’autorité municipale de l’arrondissement n°9 de Ouagadougou, le jeudi 13 janvier 2022. Contactée également pour réagir sur la situation des cimetières relevant de son ressort, la mairie de l’arrondissement n°3 n’avait pas encore réagit au moment où nous tracions ces lignes.

Si les ordures déversées dans les cimetières au Burkina Faso ne sont pas un fait nouveau, force est de constater que leur entretien reste toujours problématique. A ce fait, s’ajoute la quasi inexistence d’espaces pour l’ensevelissement des morts. Pour ce faire, les populations attendent que des actions diligentes soient menées en vue d’y apporter des solutions. D’autant plus que le taux de mort au Burkina Faso, connaît malheureusement une croissance en raison de la crise sécuritaire et sanitaire.

Dans 27 établissements de santé des régions du Centre, des Hauts-Bassins, du Centre-nord et du Sahel, 24 998 décès ont été enregistrés entre 2020 et 2021 par African field epidemiology network (AFENET).

Hamed NANEMA
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