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Vote des Burkinabè de l’étranger : Revoir la loi avant sa mise en œuvre

vendredi 30 octobre 2009.

 

Le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD) a organisé, mercredi 28 octobre 2009 en début de soirée, un débat autour du vote des Burkinabè de l’étranger. Cette rencontre, qui a regroupé des acteurs de la scène politique nationale et des représentants de la société civile, a pour objectif, selon les organisateurs, de susciter le débat démocratique entre acteurs de la gouvernance.

L’Assemblée nationale a voté le 7 mai 2009, la loi sur le vote des Burkinabè de l’étranger. Mais à peine cette revendication des partis de l’opposition et de la société civile satisfaite, la nouvelle disposition d’extension du choix de suffrage de nos compatriotes résidant hors du pays suscite de nombreux questionnements au sein de l’opinion nationale. Aussi, le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD) a décidé de regrouper les acteurs de la gouvernance démocratique afin de leur permettre d’échanger sur le sujet en vue de faire des recommandations pour une mise en œuvre "efficiente et efficace" de ce nouveau dispositif. Au menu de cette rencontre, il y avait une communication faite par le professeur Albert Ouédraogo de l’Université de Ouagadougou. Après avoir donc campé le décor, Julien Natielssé du CGD, laissera la parole au facilitateur du débat, Abdoul Karim Sango, également enseignant à l’université et membre de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), pour le communicateur de cette soirée. Albert Ouédraogo a débuté sa communication par l’histoire politique de la Haute-Volta au Burkina Faso.

Une histoire, pour le professeur, qui n’a pas du tout été un long fleuve tranquille avec à la clé une vingtaine d’années d’Etat d’exception. C’est en 1991 que le pays renouera avec l’Etat de droit. Depuis, des élections sont organisées pour consolider la démocratie. Les élections ne concernaient que les Burkinabè de l’intérieur. Pour le professeur Ouédraogo, les Burkinabè de l’extérieur ont tous les mêmes droits que leurs compatriotes restés au pays. Et, à l’entendre, ils sont aussi nombreux que ceux de l’intérieur. En effet, les chiffres du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération régionale estiment leur nombre à 12 millions. Ce qui lui a fait dire que "nous sommes 26 millions et non 14 millions de Burkinabè". Pour lui, il ya très peu de pays au monde où on ne peut pas trouver ne serait-ce qu’un seul Burkinabè. Il faut donc saluer, selon lui, le vote de cette loi qui est le fruit d’un long combat. Seulement, à l’entendre, la mise en œuvre de cette loi, s’avère difficile.

En effet, la loi à son article 48 stipule que seuls peuvent s’inscrire sur les listes électorales les Burkinabè déclarés à l’ambassade du Burkina Faso de leurs pays d’accueil. Elle exclut de fait des Burkinabè dont le Burkina Faso n’a pas d’ambassade dans leurs pays de résidence. Des pays comme le Soudan abrite environ 1,5 million de Burkinabè mais le Burkina Faso malheureusement n’y a pas une ambassade. Le Togo voisin accueille près d’un million de nos compatriotes et il n’y a pas d’ambassade du Burkina Faso. En revanche, des pays asiatiques comme la Chine ou le Japon abrite des représentations diplomatiques du Burkina alors que la proportion de nos compatriotes dans ces pays ne dépasse pas une quinzaine, voire une dizaine de personnes. Conséquence, des Burkinabè dont leur nombre ne dépasse guère une quinzaine peuvent voter parce que le Burkina Faso dispose d’une ambassade dans leurs pays de résidence tandis que des millions de Burkinabè vont être privés de ce droit.

Au regard de cette donne, le professeur Ouédraogo estime qu’il faut revoir cette loi afin de corriger ce qu’il considère comme une injustice. Pour lui, seul le bulletin de vote confère à l’individu, la véritable citoyenneté en démocratie. Il faut donc corriger cette loi qui comporte des lacunes afin de permettre à tous les Burkinabè de l’extérieur, d’exercer leur droit de citoyens. La communication a suscité des débats fort enrichissants. Dans l’ensemble, les participants estiment qu’il faut revoir cette loi, qui ne peut être remise en cause, mais exclut une importante masse de Burkinabè dans son application. Maître Halidou Ouédraogo, membre du conseil d’administration du CGD, estime qu’il faut une concertation, voire des états généraux sur cette vieille question. Pour Kassoum Kambou du MBDHP, cette loi qui exclut les Burkinabè de l’extérieur aux consultations locales, législatives, sauf la présidentielle et le référendum, est une violation de la constitution.

Mousbila Sankara, lui, pense que les partis politiques ont revendiqué cette loi sans tenir compte de leurs capacités dans son application. Selon lui, les partis politiques de l’opposition n’ont pas les moyens d’aller suivre le vote des Burkinabè de l’extérieur dans leurs pays de résidence. Achille Ouédraogo pour sa part propose que l’Etat prenne en charge les représentants des partis tandis que Sibiri Eric Kam se demande si la représentation nationale ne fait pas exprès pour voter des lois inapplicables. Florentin Sawadogo, lui, a proposé qu’une opération gratuite de délivrance de cartes consulaires à l’intention des Burkinabè de l’étranger soit organisée, car le constat est que ceux-ci ne se bousculent pas pour se procurer cette pièce qui est la condition sine qua non pour eux de pouvoir voter selon les dispositions de la loi. Pour le député Dim Salif Sawadogo, l’un des deux représentants du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), tout le monde souhaite la relecture de cette loi. "Le CDP y est favorable...", a-t-il relevé. A en croire, le facilitateur du débat, membre de la CENI, un comité de réflexion sur cette loi a été mis en place.

Etienne NASSA (paratena@yahoo.fr)

Sidwaya



Vos commentaires

  • Le 30 octobre 2009 à 14:44 En réponse à : Vote des Burkinabè de l’étranger : Revoir la loi avant sa mise en œuvre

    « Des pays comme le Soudan abrite environ 1,5 million de Burkinabè mais le Burkina Faso malheureusement n’y a pas une ambassade » voila un sérieux problème que notre gouvernement devrait résoudre. c’est valable aussi dans d’autres pays où vit une forte diaspora burkinabè.

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  • Le 31 octobre 2009 à 12:52, par BALZAC En réponse à : Vote des Burkinabè de l’étranger : Revoir la loi avant sa mise en œuvre

    QUE PENSEZ VOUS DES BURKINBÈ DE L´ESPAGNE ?PAS D´AMBASSADE NI CONSULAT.SON EXCELLENCE MONSIEUR LE PRESIDENT PENSEZ UN PEU A NOUS.

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  • Le 1er novembre 2009 à 02:59, par Samuel Kiendrebeogo En réponse à : Vote des Burkinabè de l’étranger : Revoir la loi avant sa mise en œuvre

    Les Burkinabè de l’étranger sont certainement reconnaissants à toutes celles et à ceux qui se battent au pays pour qu’ils puissent exercer leurs droits de citoyens. Ils ne demandent pas cependant à être traités comme des super-citoyens. Le professeur Albert Ouédraogo a certainement raison de faire observer que . Encore faut-il mettre les droits en balance avec les devoirs. Il ne semble pas juste de demander aux travailleurs vivant au pays de verser près de 20 % de leur salaire sous forme d’impôts, d’acquitter ensuite des frais pour l’établissement de leurs pièces d’identité, tout en dispensant les Burkinabè vivant à l’extérieur des quelques milliers de francs CFA demandés pour l’établissement d’une carte d’identité consulaire, sous prétexte de les pousser à voter. Ici aux Etats-Unis, cela coûte dix dollars pour faire établir une CIC, soit moins que ce qu’il faut pour casser la croûte à midi. Je ne suis pas sûr que ce soit la principale raison pour laquelle les gens ne se font pas établir des cartes d’identité consulaire. Poser la question à Tertius. Et puis chacun sait que le fait d’avoir une représentation à Tokyo et non à Khartoum obéit à la logique de la fameuse diplomatie du développement en vigueur depuis de début des années 90. Quelles seraient les conséquences pour les Burkinabè de l’intérieur, si celle-ci devait un jour faire place à la diplomatie du populisme ?

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  • Le 1er novembre 2009 à 10:43, par yampol En réponse à : Vote des Burkinabè de l’étranger : Revoir la loi avant sa mise en œuvre

    Nos gouvernents ne savent pas donner des priorités à leurs actions politiques. Notre pauvreté ferme nos yeux sur l’essentiel de la bonne gouvernance qui recommande d’abord des élections efficientes et crédibles dans sa mise en oeuvre sur la territoire national. Et puis, l’immensité des tâches du gouvenement par rapport aux moyens financiers est un argument massu pour reléguer à bien plus tard, les votes des Burkinabè de l’étranger. Des pays bien plus nantis que le Burkina sont plus regardant sur le poids financier des élections pour s’y hazarder.

    Nous connaissons aujourd’hui les difficultés financières de la ceni dans la mise en oeuvre des élections de 2010. A quand le relecture des listes électorales ? Comment le président Blaise Compaoré peut appeler au secours la communauté internationale suite aux inondations du 1er septembre, lui réclamer 70 milliards pour je ne sais quoi, et s’aventurer dans ce luxe électoral que constitue le vote des Burkinabè à l’étranger ? Je pense que les burkinabè de l’étranger constitut, de l’analyse magouillarde du pouvoir en place, un bétail électoral vue les difficultés politiques intérieures. Il est évident qu’aucun autre parti polilique que le pouvoir n’a les moyens de battre sa campagne politique au Soudan, en espagne ou ailleurs, et que le tripatouillage des urnes sera facilité les fonctionnaires zélés dans nos ambassades, nommés par le pouvoir, fera le reste.

    Jusqu’à quand le Burkina continuera-t-il de faire le garibou ? A croire que tendre quotidiennement la sébile nous nous rend chaque jour un peu plus bête et inconscient au vue de la communauté internationale !

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  • Le 2 novembre 2009 à 17:58, par Machiavel En réponse à : Vote des Burkinabè de l’étranger : Revoir la loi avant sa mise en œuvre

    Le vote des Burkinabè de l’étranger, c’est bon mais c’est pas arrivé. Nous avons assisté avec beaucoup de désolation à la séance tenue par la mission d’information dans un pays voisin. Premièrement, il était fragrant que la mission a été mal préparée car non seulement l’information n’est pas parvenu à temps et la mais, les travaux se sont déroulés de façon lamentable. De l’ambassadeur qui voulait parler plus que tout le monde au chef de mission qui croyait avoir affaire à des ignorants en passant par le second missionnaire qui voulait justifier son per diem, tout passe. Le bétail électoral était en déroute total tant les info n’étaient pas cohérentes et quand il faut traduire, ce que tout le monde pense pouvoir faire… Et la cerise sur le gâteau, il fallait mettre un comité en place et sur place, donc sans préparation aucune. Personne pour représenter l’opposition dans ce climat de suspicion généralisée où la carte d’un parti autre que le CDP est un passeport pour l’enfer. La carte du Mega parti même commence à brûler certains porteurs et non des moindres comme Salif Diallo. Plus sérieusement, je crois que les Burkinabè doivent éviter de tomber dans les phénomènes de mode. Ce que l’opposition réclame à corps et à cri peut donner la verge qui servira à vous frapper. Dans les ambassades, ces zones de non droit, vont sortir les scores les plus inimaginables et comme dans ces coins, si tu ne votes pas on te voit… Donc pardon, laissons-les nous voler seulement à la maison et n’allons pas exposer nos magouilles dehors. A propos, cette tournée de sensibilisation a coûté combien ?

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