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Pastoralisme au Burkina : « L’avenir de ce secteur est vraiment problématique, pourtant… » (René Millogo, coordonnateur de la PASMEP)

22 août 2018, 09:11, par Kôrô Yamyélé

- Mes amis, disons-nous la vérité, tout ça c’est la faute des politiques et des agriculteurs :

Les Politiques  : Ils n’ont jamais eu une vision concrète du développement de l’élevage depuis l’indépendance du pays. Ils ont vu l’élevage à travers le prisme dominant de leurs sociétés agricoles dominantes d’où ils sont venus. Alors, concept d’habitus de Pierre Bourdieu oblige, ils ont construit des politiques d’élevage en ne pensant qu’aux petits ruminants, aux porcins et aux volailles qu’ils ont connu dans leur enfance aux villages. Ils ont négligé le côté élevage bovin avec ses exigences qu’ils ignorent totalement. Et comme parmi les agents d’élevage ils y avaient très peu de peuls dans le temps, ils sont restés inaudibles et donc n’ont pas pu alerter ni orienter de ce que les politiques d’élevage sont inadaptés à l’élevage bovin notamment. Et à la longue, les nomades sont devenus comme des parias qu’il faut éloigner avec l’exacerbation des conflits agriculteurs-éleveurs. Même de nos jours les agents d’élevage ignorent royalement que l’élevage pastoral nomade contrairement à tout qu’on peut penser, ne détruit pas l’environnement mais l’entretien du fait de la répartition de l’exploitation des ressources. Et pour les services forestiers les éleveurs sont devenus des banques gratuites ! Combien de forestiers ont-ils érigé leurs villas sur la base des amendes infligées aux éleveurs peuls notamment ?

Les agriculteurs  : En réalité dans ce pays, les conceptions des politiques de développement ont surtout mis l’accent sur l’agriculture. L’élevage a toujours été le parent pauvre et ce n’est que récemment qu’il a eu un ministère entier. Allez demander au Dr Boubacar LY de Dori pour quelle raison il a démissionné. Sinon il fut même Directeur d’ORD ! Il n’a jamais pu faire imprimer sa vision de l’élevage au Burkina aux décideurs politiques, et pour ne pas se rendre complice de la destruction du secteur élevage, il a quitté et est allé créer son APESS ! Notre État a privilégié l’agriculture. Dans les années 70 on a distribué en masse des charrues bovines (CH9), asines (CH6) et des houes Manga aux agriculteurs pour qu’ils intensifient l’agriculture par unité de surface, c’est-à-dire mieux travailler le sol pour faire une bonne récolte par unité de surface et ne pas avoir besoin de défricher beaucoup pour avoir la même récolte. Et c’est exactement le contraire qu’ils ont fait ! Ils ont eu les charrues ? Alors ils ont agrandi les champs, rendant impossible la pâture des animaux car ces agriculteurs ont occupé tout l’espace. Ensuite l’introduction de la culture du coton a encore accentué la destruction de l’élevage nomade (ça j’en parlerai un autre jour !) tout en introduisant la monétarisation dans les économies aux villages. Ainsi au lieu d’une calebasse de lait troquée contre une calebasse de mil, l’argent est devenu l’intermédiaire. L’individualisme et devenu plus grand et le chacun pour soi a dominé tout et a déstructuré la société dans les villages. Les champs collectifs de famille ainsi que les greniers collectifs ont progressivement disparus. Désormais pour agrandir les champs, on chasse les peuls, on abat leurs animaux parce qu’ils n’ont de bases territoriales fixes c’est-à-dire qu’ils ne peuvent pas indexer un village et dire que c’est le leur. Aucun peul ne peut le faire dans ce pays même s’il a fait 100 ans dans un village ! Le peul n’est autochtone nulle part ! Ils sont tous de la société d’adhésion et non de la société d’appartenance, ce qui les fragilise partout et ils ne peuvent prétendre à aucun titre foncier sauf en ville s’ils ont eu une parcelle à usage d’habitation. Et comme les agriculteurs sont les plus nombreux, donc plus d’électeurs, les politiciens ont tendance à les favoriser. Voilà la vérité !

Conclusion : Les agriculteurs (cultivateurs) sont la pègre de ce pays ! Trop d’investissements pour eux, 80% de la population active et incapables d’assurer l’autosuffisance alimentaire. Il faut cesser d’être complaisants avec eux désormais et exiger d’eux des résultats !

Par Kôrô Yamyélé

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