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Hermann Yaméogo, un "héritier" joue la destabilisation du Burkina (2)

12 février 2011, 20:40, par Mechtilde Guirma

Je reviens sur deux précisions : Vous parlez de Thérèse Larbat dont Maurice Yaméogo aurait vécu mal le refus de sa demande de main. Information que vous avez sans doute glanée dans d’autres écrits. Mais qu’à cela ne tienne Thérèse Larbat est mariée maintenant aussi honorablement que si elle avait épousé Maurice Yaméogo. Ensuite vous parler de Suzanne Monaco. Fort heureusement, vous ne parlez pas du « comment » Maurice a épousé la mère d’Hermann, ni du pourquoi il a fini avec une burkinabé toujours de son terroir. Vous vous seriez là encore complètement gouré. Bref je ne voudrais pas me mêler de la vie privée de mon Président Yaméogo. Et par décence, je ne voudrais non plus parler de l’influence du système colonial et du marchandage exercé sur les instruits de l’époque qu’on appelait alors les évolués. Surtout quant il s’agissait des femmes qu’ils devaient épouser pour mériter d’être considérés dans leur fonction. Le président Lamizana, m’a-t-on soufflé en connaît quelque chose. Et peut-être également le président Saye Zerbo, Ouédraogo, Sankara et qui sait Ki-Zerbo, Joseph Ouédraogo, Gérard Kaongho, toutes ces personnalités de la scène politique burkinabé mais aujourd’hui disparu. Mais sachez que le président Maurice dans ce cas de figure et tout comme les premières cités, est resté ferme dans son patriotisme. Le nom Larbat est un nom burkinabé, c’est un Gourmantché. Thérèse Larbat est une gourmatchée tout court, la qualification de métisse ne signifiant rien pour nous et vous le saurez pourquoi plus loin. Quant à Suzanne Monaco, bien que son nom sonne européen (donc métisse), elle est aussi burkinabé à part entière. Son père fut instituteur à Koudougou et Maurice fut son élève. D’après ma mère, il aurait reçu sa femme des mains du Moro-Naba Koom, donc une princesse de la cour royale. Lors de la lutte des rois mossé pour reconstituer le territoire de la Haute-Volta, les vieux Monaco et Larbat, en bons voltaïques se sont rangés derrière les rois mossé. C’est toujours grâce à la fidélité à ce même patriotisme, que le président Yaméogo plus tard a demandé le départ de l’armée française de la Haute-Volta. Vous avez bien lu les témoignages lors des 50 ans d’indépendance. Si du côté du grand père maternel d’Hermann il y eut réticence également au début pour ses fiançailles, c’est tout simplement parce que le vieux en bon chrétien, se méfiait du système colonial dont Maurice Yaméogo était maintenant fonctionnaire (n’oublions pas la lutte de l’Église contre la franc-maçonnerie), et bien qu’il fut auparavant séminariste. Je vous disais plus haut, que vous allez savoir pourquoi la qualification de métisse ne signifie rien pour nous. En effet, tous les métis et métisses au Burkina qui ont gardé le nom burkinabé de leur père ou de leur mère, même quand certains d’entre eux, suite à leur succès scolaire, ont été plus tard reconnus par le père français, ont été marginalisés et méprisés par le système colonial. Tout comme les femmes blanches qui ont osé épouser des noirs parce que leurs enfants vont porter des noms africains. Mais ces métis burkinabés l’ont voulu pour servir ainsi le Burkina en hommage de leurs braves mères, qui ont refusé de les avorter (comme peut-être l’aurait voulu le géniteur français). Et pourtant, s’ils avaient accepté les noms français, toutes les portes leur auraient été alors largement ouvertes….
Venons-en maintenant à Maurice Kanga fils de paysan.
Moi j’avoue que je ne sais pas ce que veut dire Kanga. A ce sujet, je vous l’accorde Mr Bejot, je donne ma langue au chat. Mais en précisant que Maurice est fils de paysan, où voulez-vous en venir ? Moi je ne connais pas la date de naissance du président Maurice Yaméogo, mais je suppose que cela devrait être vers les 1916-1917. À peine 20 ans après la colonisation française et en pleine première guerre mondiale. Ce qui veut que son père devait avoir à peu près au minimum les 20 ou 24 ans. Ce qui veut dire encore qu’il est né à la période précoloniale. Pourquoi voudriez-vous alors qu’il soit autre chose que paysan ? Deux situations sont à considérer :
Au moment des recrutements pour l’école de son époque, il y avait la méfiance des parents vis-à-vis des blancs (l’esclavage écumait également l’Afrique de l’Ouest à partir de ses côtes : golf du Bénin, N’Goré). Les esclavagistes n’épargnaient personne pas même les princes (précisons tout de même qu’il était difficile de prendre des esclaves dans les royaumes mossé). Mais ceci est une autre histoire. Aussi quand on annonçait des recrutements, les femmes se sauvaient dans la brousse avec les enfants pour ne pas les donner au« Nassara » (blanc). Mon père a été pris et amené de force à l’école parce que lui était orphelin de mère.
Et qu’entendez-vous de façon tendancieuse quand vous parlez de fils de paysan. Moi je veux bien éviter de vous prêter des intentions que vous n’avez pas. Cependant laissez-moi vous dire, qu’être fils de paysan ne veut rien dire du tout. Chez les mossé la paysannerie est un métier noble. Il vit de façon indépendante et auto-suffisante, avec la récolte de ses champs, ses élevages de moutons de chèvres. Et quand ils devenaient nombreux, il les confiait aux peulhs afin de mieux s’occuper de ses champs et de ses basse-cours de volailles (poulets, pintades, canards et même des colo-colo que vous appréciez bien pour les réveillons de Noël). Être paysan, ce n’est pas être serfs comme vos époques moyenâgeuses. Ni même des vilains. Tout le monde est paysan ou fils de paysan au Burkina-Faso. Je me rappelle que quand j’avais 9 ans et que je suivais les grandes filles (qui n’avaient pu aller à l’école mais qui servaient dans les ménages), pour aller dans la brousse chercher du bois de chauffe et des feuilles alimentaires, nous traversions des champs sur une distance de 12 km de Ouagadougou avant d’atteindre la savane très boisée. Le dernier champ que nous traversions était celui du Moro-Naba Saagha. Maintes fois nous l’avons trouvé sur son champ en cache sexe en train de cultiver. La seule chose qui indiquait que c’était un roi, voire un empereur, était son cheval attaché à un karitier, là-bas. tout au bout du champ, son grand boubou accroché à une branche et aussi, en bordure du champ, se tenait un page avec son zaandé (casse-tête). Mes frères pendants la semaine des congés que leur accordait le petit séminaire ou le grand, aidaient mon père ou ma mère à cultiver son champ. Pourtant mon père était fonctionnaire dans la santé. Les jeudis nous aidions nos parents à cultiver. Si toutefois vous avez du mépris pour les paysans, sachez que c’est parce qu’avec l’effort des deux guerres mondiales, ils ont été réduits au rang de serfs de vos sociétés féodales. En effet, je me rappelle toujours de ces greniers chez le Baloum-Naba, qu’on appelait : Nassar baowa (greniers du blanc), où les paysans après la récolte, devait tout amener pour ces greniers et ne recevoir que le minimum vital. Voilà comment le système de féodalité a été introduit au pays mossé et est resté collé à la peau de sa chefferie. Lors de mon séjour en Allemagne, les Allemands que je rencontrais dans les jardins publics, sur la rue ou même dans les réceptions, m’ont toujours relaté les contingentements de mil (Hirtze), que l’Allemagne imposait à la France, parce qu’il y avait une telle misère et la faim. Ils terminaient toujours par ces regrets : « Viel Toten umsonst » (que de morts pour rien) surtout pour une guerre que la propagande Nazi avait laissée croire au départ qu’elle était d’éclair (Blitzkrieg). C’est pour cette raison du servage de la population et de sa transformation en main d’œuvre bon marché, dans les chantiers coloniaux, que les rois mossé avec les autres rois et chefs du Burkina, ont demandé la reconstitution du territoire de la Haute-Volta.
Un autre aspect de la paysannerie africaine et plus particulièrement chez les Mossé. Dans la société moagha, il y a douze ordres à la tête desquels il y a les princes régnants (Nabissi et Kombemba), qui relèvent de la tradition donc du pouvoir politique (l’exécutif en terme moderne). Les dix autres sont uniquement des coutumiers. Mais attention, cela ne veut pas qu’ils sont moindres que les premiers. Ils sont de l’ordre juridique (j’empreinte cette expression moderne pour vous faire mieux comprendre le système). Donc du domaine de l’interprétation des règles coutumières qui s’imposent même aux premiers. Cependant, ils accordent un titre honorifique aux premiers de : « droit de vie et de mort » sur les sujets. Ce qui pourrait correspondre, de façon moderne à « Magistrature suprême ».
Ce que vous ignorez, peut-être, c’est que dans le règlement intérieur de chacun de ces douze ordres, il y a également des princes régnants et de princes non régnants (Nabissi la Nakomsé). Pour dire vrai, il n’y a en fait pas de roturier dans la société moagha. Il y a ce qu’on appelle les talsé qui ne veut pas dire roturier, mais tout simplement sujet du roi. À ce titre tous les coutumiers sont des sujets du roi. Ce qui ne veut pas dire que le roi soit absolu. Dans d’autres pays africains, les douze ordres sont restés des entités royales, comme au temps de la pré-colonisation. Mais avec les mêmes fonctions spécifiques, pour la cohésion de la société. Ce sont par exemple les 12 royaumes baoulés de Côte d’Ivoire et jadis les douze du Congo, pour ne citer que ceux-là.
Fils de paysan donc, le père du président Maurice Yaméogo appartient soit au premier groupe, soit au second. Se réclamer de prince ou de princesse, cela n’exprime seulement le rang, mais également la noblesse du cœur, de l’âme, la probité, la crainte de Dieu et des ancêtres pour éviter de faire le mal. En un mot le « Burkindi ». Ils défendent la droiture, les faibles contre la méchanceté des puissants, surtout en ce qui concerne les fonctions spécifiques de la femme. Le nom Yaméogo donc est une variante en moré de lion. Nom que beaucoup de rois prennent pour spécifier leur programme. Avec la colonisation, ces noms sont devenus stables et s’étendent à tous les descendants.
A ce sujet une princesse Yaméogo vous a bien dit qu’elle ne « marchait pas cagoulée ». Cela veut tout dire Mr Bejot.
A présenj’ai tout dit, et je vous le répète c’est une simple question d’information et non de polémique

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