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Université Ouaga II en Université Thomas-Sankara : « Ce sont des défis qui sont lancés », dixit Pr Adjima Thiombiano, président de l’université

Accueil > Actualités > Société • LEFASO.NET • jeudi 30 juillet 2020 à 22h10min
Université Ouaga II en Université Thomas-Sankara : « Ce sont des défis qui sont lancés », dixit Pr Adjima Thiombiano, président de l’université

Le conseil des ministres du mercredi 22 juillet 2020 a décidé que l’université Ouaga II s’appellera désormais Université Thomas-Sankara. Pour le président de cet établissement d’enseignement supérieur, Pr Adjima Thiombiano, ce sont des défis qui sont lancés. Il nous l’a dit au cours d’une interview qu’il nous a accordée. Il fait également le point de l’état d’avancement des travaux de construction du site de l’université, situé à la sortie Est de Ouagadougou. Entretien !

Lefaso.net : Vous-voulez bien vous présenter aux internautes de Lefaso.net ?

Pr Adjima Thiombiano : On me nomme Adjima Thiombiano. Je suis professeur titulaire en biologie et écologie végétale de l’Université Joseph-Ki-Zerbo.

Quelle est l’histoire de l’université que vous dirigez ?

L’université Ouaga II, devenue Université Thomas-Sankara, a été créée en 2007. Elle émane de l’université de Ouagadougou, Ouaga I en ce temps. Cette université a été créée par la volonté du gouvernement pour régler un problème essentiel. D’une part, ce sont les effectifs pléthoriques qu’on commençait à constater au niveau de l’université Joseph-Ki-Zerbo. D’autre part, c’était pour permettre aussi à cette université d’assoir au sein du système éducatif universitaire, une diversité de formations dans ses domaines de compétence.

Depuis, sa création, l’université Ouaga II fonctionne tant bien que mal, toujours à Ouagadougou. Ses enseignements se déroulent sur une dizaine de sites de location. Les filières qui sont actuellement déroulées se concentrent essentiellement dans trois Unités de formation et de recherche (UFR) et deux instituts. Les UFR sont les Sciences juridiques et politiques, les Sciences économiques et de gestion. La toute dernière UFR née est Science et technologie. En plus de ces trois UFR, il y a deux instituts. C’est l’institut de formation ouverte et à distance (IFOAD) et l’Institut universitaire de formation initiale et continue (IUFIC).

Pour ces derniers instituts particulièrement, il convient de dire que c’est surtout des formations à caractère professionnel qui sont déroulées. Le premier institut s’adresse à tout public cible, dissimilé un peu partout au Burkina et même ailleurs dans le monde. Cette formation se fait à distance. Pour le second institut, il s’adresse prioritairement au public professionnel. Tous les travailleurs qui expriment encore le besoin de continuer leurs études, et sachant qu’ils travaillent dans la journée, peuvent s’assoir à partir de 18h pour suivre les cours en présentiel.

En termes de filières, il faudrait dire qu’actuellement, l’Université Thomas-Sankara a une diversité de formations. Elle se décline en 25 filières de formation pour les licences, 35 filières pour les masters et cinq filières pour les doctorats. Ces différentes filières se concentrent au niveau des UFR.

L’on sait que votre site est en construction. Où en êtes-vous et à quand le déménagement ?

La charge locative est très élevée. Avec l’accompagnement du gouvernement, un site a été identifié. Depuis 2010, ce site fait l’objet de construction. Les premières infrastructures ont été réceptionnées en 2013. Mais, il faut rappeler que l’occupation de ce site nécessite quand même le règlement de certains problèmes importants. Le premier problème, c’est la question des infrastructures.

Sur ce plan, on peut vous dire sans se tromper qu’aujourd’hui, si vous avez la chance de visiter le site de l’université Ouaga II, vous serez bien émerveillés. Ce site s’est construit autour d’un plan d’aménagement très bien réfléchi avec une approche participative de tous les acteurs. Nous voulons, à terme de notre vision, construire une université moderne au sein de laquelle on aura toutes les commodités. Cela, pour rendre cette vie universitaire assez facile.

Mais, de l’autre côté, vous avez aussi la question des indemnisations. Ce site a pris forme sur des espaces qui ont été dégagés grâce au concours des populations. Cette superficie cumule aujourd’hui autour de 1 890 hectares. Donc, naturellement, ayant pris les champs de ces propriétaires terriens, il était normal que le gouvernement voie dans quelle mesure il faut indemniser ces populations. Depuis pratiquement 2010 et particulièrement en 2016, lorsqu’on a reçu le décret d’utilité public urgent du site, il y a un processus qui est entré en vigueur.

A travers une négociation, aujourd’hui je peux vous dire que ce processus est très avancé. Voilà toute chose qui devrait nous permettre d’occuper dans un proche avenir. Donc, il me sera difficile de donner la date exacte de notre occupation du site. A l’heure où je vous parle, on vient de régler les derniers litiges de ce processus.

Pour parler des fonds, le gouvernement a bien voulu accompagner l’université avec une enveloppe exceptionnelle en fin 2019 d’environ 3 milliards. Ce qui fait que les fonds qui sont alloués à ce volet indemnisation est d’environ 4 milliards et demi. Cela devrait nous permettre de régler une bonne partie donc de ce qu’on pourrait accorder à ces populations.

De l’autre côté, dans les 1 890 hectares, nous avons dégagé 364 hectares. Nous avons parcellé pour les distribuer à ces populations. Nous tenons absolument à ce que le tissu social soit intact au moment de notre occupation. Parlant des infrastructures, au niveau pédagogique, nous avons à peu près 10 000 places assises. Tout ce que les gens ont vu comme infrastructures délabrées en 2018, tout est nickel aujourd’hui.

A côté des infrastructures, il y a aussi les infrastructures sociales. La cité a près de 2 000 lits. Pour les restaurants universitaires, il y a deux grands d’une capacité d’accueil d’environ 600 places assises chacune. En plus de cela, nous avons naturellement un centre médical moderne qui est déjà entièrement fonctionnel.

Quels ont été vos sentiments quand vous avez appris que votre université prenait le nom de Thomas Sankara ?

En tant que président, je dois dire que nous avons été très ému que cette université soit baptisée au nom de ce héros que le Burkina a connu. Je pense que notre satisfaction est également celle de toute la communauté entière, qui se reconnaît un tant soit peu dans ce nom. En même temps, cela nous interpelle en termes de défis.

Qui a connu cet homme, sait que ce sont des défis qui ont été lancés à l’université. Au-delà de toute considération, je pense qu’il nous appartiendra, en tant que premier responsable de cette université, de faire en sorte que cette mémoire du capitaine Thomas Sankara vraiment puisse être perpétuée pour les générations à venir. Du coup, quand nous avons entendu ce nom de baptême, alors les idées se sont bousculées.

Véritablement, quand on entend ce nom, on se pose naturellement la question par où commencer pour que tous ceux qui se revendiquent de l’idéal Sankara puissent véritablement se sentir à l’aise dans cette université. Du reste, je pense que nous avons déjà réfléchi par rapport à cette vision de cette université que nous voulons sur trois socles. Le premier socle, c’est naturellement un socle social. Ça doit être une université au service de la société. Une université qui puisse tirer toute la société vers le développement durable.

Une université qui crée un lien fort entre l’intelligentsia et la population. Le deuxième socle, c’est naturellement la lumière en termes de connaissance. Nous voulons que de cette université naissent vraiment des génies. Des génies qui puissent permettre de proposer des solutions innovantes. Certainement moins coûteuses pour pouvoir tirer le Burkina vers le haut. Nous avons pour ambition de créer d’autres filières.

Le 3e socle, c’est naturellement l’environnement. Nous voulons que tout cela se passe dans un environnement naturel. Celui qui connaît le site, sait que véritablement nous avons un potentiel en matière de forêt. Vous savez que le capitaine Thomas Sankara a fait donc de la lutte contre la désertification, un combat de sa vie.

Nous voulons faire en sorte que cette université soit un lieu d’expérimentation, un lieu où on peut apporter notre contribution à réduire les problèmes de déforestation, de contribuer à la séquestration du carbone, qui devenue aujourd’hui une question émergeante. Je reste conscient que c’est un lourd défi mais nous sommes capables de le relever.

Un nouveau nom pour votre université. Qu’est-ce qui va changer ?

Cela peut beaucoup changer. Je pense que le gouvernement a vu juste. On dit que rien n’est plus important que le capital humain. En décidant de donner ce nom à une université, ce sont de générations qui vont passer dans ce temple du savoir. C’est le moyen de perpétuer l’idéal Sankara. C’est le moyen sûr de conscientiser les jeunes générations. C’est le moyen de pouvoir lutter contre certaines dérives.

Ce que ça va changer, c’est une réelle opportunité pour notre université. Déjà, le seul nom Thomas Sankara est un label internationalement connu. Je pense que pour peu que nous fassions l’effort d’entrer dans l’idéal Sankara, de défendre certaines valeurs, je pense que quand même, c’est une université qui a plus de chance d’être connue sur le plan international. En même temps, cela nous interpelle quant à la qualité, quant à l’excellence de ce qu’on devra accomplir dans cette université

La Covid-19 a certainement eu un impact sur vos activités académiques…
Je pense qu’à l’image de tous les secteurs de la vie burkinabè, on ne peut pas dire qu’il n’y a pas eu d’impact. Mais, il était très important pour les universités de trouver des mesures de résilience. Nous devons dire que dans cette riposte à la Covid-19, il y a eu donc trois principales phases. La première, c’est naturellement l’incertitude, le questionnement. Tout le monde a été surpris. La deuxième phase, cette surprise a engendré la fermeture des universités, compte tenu des mesures développées. Cela a engendré des retards qui pouvaient encore s’accroître.

Dans cette phase, on a cherché à comprendre et à trouver des solutions. Passé la phase des questionnements, c’est la phase des résolutions des problèmes. En tant qu’université, nous avons apporté notre contribution dans ce sens. Est arrivée la 3e phase, où il fallait trouver des mesures d’atténuation. Toutes les mesures qu’on pouvait imaginer à savoir les équipements qu’il fallait et bien sûr les nouvelles technologies qu’on avait développées pour pouvoir faire face à cette Covid-19.

Pour la reprise depuis le 11 mai, on a eu deux groupes d’étudiants. Il y a le premier où on a estimé que les effectifs étaient tels que nous pouvions respecter les mesures barrières en présentiel. Ces groupes ont effectivement repris les cours. Mais, il y a aussi un second groupe constitué des effectifs plus importants. Il fallait imaginer des enseignements en ligne.

Parallèlement à cette initiative, je peux dire qu’au niveau des gros effectifs, nous avons également imaginé un autre système de duplex entre les pavillons, de sorte que normalement, un groupe qui devait se trouver dans un pavillon se retrouve dans deux pavillons et suive les cours par le canal de la vidéo-projection. Nous avons quand même accusé un retard. Grâce à l’implication des étudiants, des enseignants et du personnel, je peux dire que nous sommes actuellement en train de rattraper cela.

Quel est votre dernier mot ?

Mon dernier mot, c’est surtout par rapport au nom de baptême de cette université. Je pense que dans les réseaux sociaux, on a quand même vu certaines déclarations. Ce que je peux dire en tant que président de cette université, il faudra que les Burkinabè sachent se retrouver devant l’essentiel. Il n’est jamais tard pour bien faire. Mais, en même temps, je pense que quand on donne un nom à une université, l’essentiel ce n’est pas de chercher à savoir qui a donné et pourquoi il a donné, faisant allusion aux calculs politiques, mais c’est de se poser la question, est-ce que c’est une bonne œuvre.

Par rapport à cela, je pense que chaque Burkinabè conscient de ce que le capitaine Thomas Sankara a abattu comme travail dans ce pays, devrait être fier. On doit faire en sorte que cette université même si elle ne remplissait pas les conditions pour mériter ce nom, que désormais, main dans la main, on puisse faire en sorte que cette université puisse retrouver le niveau pour mériter ce nom.

J’invite tout Burkinabè qui aimerait découvrir cette université en attendant que nous fassions passer un documentaire, que chacun fasse le déplacement du site pour voir en live ce qui se trouve sur ce site. Vous aurez du mal à croire que vous êtes au Burkina Faso. Le dernier cri de cœur que j’ai à lancer, c’est surtout à la jeunesse estudiantine.

Je peux leur dire que c’est une grosse chance qu’ils ont d’avoir ce nom. Ça leur donne l’occasion plus que jamais de montrer de quoi ils sont capables, de montrer surtout que Sankara est un repère pour eux. Je crois que le reste viendra.

Propos recueillis par Dimitri OUEDRAOGO
Lefaso.net

Vos commentaires

  • Le 30 juillet à 16:37, par KABORE En réponse à : Université Ouaga II en Université Thomas-Sankara : « Ce sont des défis qui sont lancés », dixit Pr Adjima Thiombiano, président de l’université

    D’abord, on dit que l’université a été créé en 2017. Puis plus loin, on affirme qu’un site a été trouvé depuis 2010 et mieux, que les premières infrastructures ont été réceptionnées en 2013. Mais en 2010 et en 2013 de quoi parlions-nous alors ?? On a débaptisé l’hôpital Blaise COMPAORE, puis on viens donner le nom de SANKARA à l’université Ouaga II, quelqu’un qui ne savait même pas que Ouaga I allait être saturé un jour ! On a dépassé le stade de la malhonnêteté intellectuelle, puis de la mauvaise foi ! Là nous somme à fond dans la provocation !! On verra jusqu’où cela mènera le Burkina.
    Ce qui même fait le plus mal, tout ces gens qui passent leur temps à se chatouiller avec le nom et les idées de SANKARA ne les appliquent même pas !! La plupart sont de grands délinquants au col blanc !!

    Répondre à ce message

  • Le 31 juillet à 21:23, par Le Vigilent En réponse à : Université Ouaga II en Université Thomas-Sankara : « Ce sont des défis qui sont lancés », dixit Pr Adjima Thiombiano, président de l’université

    Mon cher @KABORE, on dirait que même l’évocation du nom de Thomas Sankara vous fait perdre le nord. C’est écrit noir sur blanc que l’Universite Ouaga II, récemment rebaptisée Université Thomas-Sankara Arte créée en 2007 et vous, dans vos délires, vous lisez 2017. Tu t’offusques de ce que l’on a débaptisé l’hôpital Blaise Compaore. Si tu as pu lire 2017 la ou c’est écrit 2007, tu pourrais bien lire « Hôpital Blaise Compaore là où c’est désormais inscrit « Hôpital de Tengandogo ».
    Apparemment tu es l’un de ces gens qui ont grossi suite à l’assassinat de Thomas Sankara et qui sont devenus très misérables après la fuite de Blaise Compaore dans sa belle-famille ! Apprenez à vivre avec !!!

    Répondre à ce message

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