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Brigade verte : Ces femmes balayeuses et fières de l’être

Accueil > Actualités > Portraits • • lundi 19 septembre 2005 à 18h08min

Créée en 1995, la Brigade verte composée essentiellement des femmes est un maillon important pour l’entretien des grandes artères et espaces publics de la capitale. La Direction de la propreté de la commune en a fait un partenaire privilégié.

Pour l’accomplissement de ses obligations, des difficultés ne manquent pas. Injures et accidents sont des épines aux pieds de ses braves femmes.

Deux fois par semaine, les lundis et jeudis, sur le boulevard France- Afrique et sur bien d’autres avenues, la Brigade verte est à la tâche. Constituée essentiellement des femmes, cette Brigade s’attèle à la propreté de la ville de Ouagadougou. Dès 5 heures du matin, ces femmes prennent d’assaut les grandes artères de la capitale avec balais et autres instruments de nettoyage. Elles se donnent les moyens de laisser les rues après 8 heures du matin dans un état irréprochable de propreté.

Des avis sont néanmoins partagés sur les heures de balayage des rues par ces femmes de la Brigade verte, qui travaillent de 5 heures à 8 heures. Ces moments coïncident avec les grands embouteillages dans la circulation, D’où les accidents. D’aucuns proposent qu’elles viennent plus tôt pour finir avant 7 heures 30, moment auquel les Ouagavillois partent au travail.

Certaines femmes affirment ne pas être contre, mais craignent les bandits qui pourraient tomber sur elles à bras raccourcis si elles doivent arriver plus tôt. C’est aux responsables de trouver le juste milieu afin que ces dames puissent mener leurs activités avec le maximum de sécurité.

Vieilles mais combatives

Elles sont pour la plupart d’un âge assez avancé et de milieu défavorisé. Par cette activité, elles parviennent bien que difficilement à assurer leur pitance. Koudpoko Zongo, chef de l’équipe 43, se trouve à la tête de 31 femmes qui, de l’ex-Bata jusqu’au rond-point Bassawarga, balaient la route. Elle comptabilise bientôt 3 ans dans cette activité : " C’est le seul travail que je fais depuis 3 ans. Il nous permet de subvenir à nos besoins. Néanmoins, on aimerait bien que les autorités communales rallongent les jours de travail par semaine. ", plaide la vieille Zongo.

Pour Mahamadou Sidi Cissé, ingénieur en génie de l’environnement à la Direction de la propreté de la commune de Ouagadougou, le choix de ces balayeuses tient à des critères précis. Ils portent sur les femmes qui vivent dans le dénuement : des veuves, des divorcées n’ayant pas de situation sociale minimale et bien d’autres cas de pauvreté ambiante. La Brigade verte, selon toujours Cissé, n’est pas une structure de la mairie.

C’est une association comme ces mille et une associations au Burkina Faso qui travaille en partenariat avec la commune. Il arrive parfois qu’en plus des tâches habituelles qui leur sont dévolues, la mairie les sollicitent pour d’autres travaux. C’est notamment le balayage des grands espaces à l’approche des grandes manifestations et les alentours des lieux publics pendant les grandes rencontres. Leur rétribution est dans ce cas fonction du budget alloué à la commission qui s’occupe de la propreté qui est généralement confiée à la mairie de Ouaga.

Revenu faible mais bénéfique

La journée de travail des dames de Brigade verte est rétribuée à 1 250 fcfa par personne. Elles travaillent 8 jours dans le mois à raison de 20 000 fcfa par personne. Elles reçoivent ponctuellement des vivres offerts par les partenaires de la mairie pour arrondir les fins de mois.

Socoba Guélika née Semdé, responsable de l’équipe 37 avec 34 femmes assure le balayage depuis le rond point Bassawarga jusqu’au camp Guillaume Ouédraogo, se dit contente de son travail parce qu’il lui a permis de s’occuper. Elle affirme que certaines parmi elles se sont épanouies à tel point qu’elles se sont achetées des mobylettes. " Nous avons une organisation interne très efficace de travail. Ce sont les femmes qui élisent leurs représentantes qui servent de courroie de transmission entre elles et les autorités. ", souligne la dame Semdé.

La création de la Brigade verte est intervenue en 1995 durant le premier mandat du conseil municipal. Constatant que beaucoup de femmes s’étaient adonnées au ramassage du sable pour assurer la " bouffe " journalière, activité qui pourtant dégrade l’environnement, le bourgmestre Simon Compaoré, leur a suggéré le balayage des rues en lieu et place de leur ancienne activité.

C’est ainsi que 20 femmes pionnières ont débuté le travail de façon volontaire et le maire, en guise de reconnaissance, leur donnait des subsides pour les encourager. C’est en 1998 que la Brigade verte s’est réellement constituée en association. C’est la même année qu’elle a été reconnue par le ministère de l’Administration territoriale.

Pour le travail proprement dit, les femmes ont besoin de couvre-nez pour se prémunir contre les maladies respiratoires. Elles reçoivent le plus souvent des dotations de la part de la mairie. Les femmes ont droit à une visite ophtalmologique et une visite pneumonique par an. Certaines équipes de la Brigade verte sont mixtes. Les femmes se chargeant du balayage et les hommes s’occupent du ramassage des ordures. 1 400 personnes au total s’occupent de la propreté des grandes voies. Sur ce nombre, 98% sont des femmes. 160 kilomètres de voies sont entretenus deux fois par semaine à Ouagadougou.

Satisfaites malgré tout

La vieille Zongo de l’équipe 43 avoue que dans sa famille, tout le monde est content du travail qu’elle mène : " C’est elle qui insiste le jour du balayage pour que je parte afin de ne pas être en retard. ", avoue-t elle. Les moqueries et railleries viennent d’ailleurs. " Des gens nous tancent que nous perturbons la circulation. Pendant que vous balayez, des mauvais esprits n’hésitent pas à jeter des peaux de bananes et autres ordures à des endroits déjà balayés ", se plaint-elle.

Des accidents, ils n’en manquent pas non plus. Le 5 septembre dernier, deux femmes de la Brigade des équipes 14 et 15 ont été victimes d’un accident de la circulation sur le boulevard France- Afrique. Une voiture de marque Volvo a ramassé ces vieilles femmes en pleine activité. En août dernier , une autre avait essuyé un accident de voiture à proximité de l’ex bar dancing de la cité An 2. Heureusement, on ne déplore pas de blessées graves. La Direction de la propreté indique avoir honoré les ordonnances médicales des deux femmes renversées par la volvo.

La propreté devrait être l’affaire de tous, clame une vieille femme de la Brigade. Elle pense que certains en font à leur tête et n’ont cure de ce qui se dit sur l’entretien du cadre de vie. Cela s’aperçoit même à des niveaux insoupçonnés : " Souvent, ce sont des gens qui sont dans des voitures luxueuses qui se permettent de jeter des saletés à travers les vitres de leur véhicule. " s’indigne-t-elle.

Malgré l’acharnement de ces femmes à rendre le centre-ville propre, il y a toujours des poches de saleté. Certes, les grandes artères sont astiquées, mais dans la périphérie des espaces verts sont devenus des dépotoirs d’ordures. La Direction de la propreté dit se battre à ce niveau aussi. Elle assure avoir répertorier dans les secteurs, des lieux où sont déposés des amas d’ordures. Ces tas d’immondices sont enlevés mais l’incivisme aidant, quelques jours après, on revient à la case départ. Nuitamment, des gens sans scrupule reviennent jeter à nouveau des ordures

Merneptah Noufou Zougmoré
L’Evénement

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