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Alliance police nationale : « Le pire est à craindre avec la tension qui monte chaque jour dans les rangs » (Ousmane Ouédraogo, SG de l’APN)

Accueil > Actualités > Société • LEFASO.NET | Par Issoufou Ouédraogo • vendredi 7 juin 2019 à 01h33min
Alliance police nationale : « Le pire est à craindre avec la tension qui monte chaque jour dans les rangs » (Ousmane Ouédraogo, SG de l’APN)

L’Alliance police nationale (APN) observe, depuis le mercredi 5 juin 2019, un mouvement d’humeur. Pour comprendre davantage le motif de cette grève, nous avons eu un entretien, au téléphone, ce jeudi 6 juin 2019, avec le secrétaire général adjoint de l’APN, Ousmane Ouédraogo. Avec lui, il a aussi été question de la crise que traverse la grande famille de la police depuis un moment.

Lefaso.net : Quelle est votre position par rapport à ce mouvement d’humeur ?

Ousmane Ouédraogo : C’est le mercredi que nous avons constaté le mouvement d’humeur décrété par la troupe. Nous ne sommes pas les instigateurs du mouvement mais vu son bien-fondé et sa revendication légitime, nous avons décidé de soutenir le mouvement.

Pourquoi ce soutien à la troupe ?

La cause est noble et les policiers ne demandent que du matériel pour protéger la population. Que l’autorité prenne toutes les mesures nécessaires pour les équiper afin qu’ils puissent accomplir normalement leur mission.

Le deuxième point concerne le service payé communément appelé « SP ». À ce niveau, il manque de la transparence. En 2017, il y a eu des enquêtes et ces enquêtes ont révélé des malversations. Une loi a été votée le 1er juin 2018. Cette loi comporte 22 décrets et le décret sur les services payés n’est pas encore passé. Mais d’autres décrets passés ne connaissent toujours pas d’application. Jusqu’à présent, le décret n’est pas encore appliqué et la hiérarchie continue toujours de piller les frais de mission des éléments.

Sur le SP, prenons par exemple le cas de l’hôpital Yalgado, où les éléments montaient la garde. Le directeur de l’hôpital a dit qu’il donne à peu près 1 million 300 mille francs CFA par mois comme frais de restauration. Et il l’a fait savoir aux éléments qui prenaient la garde à l’hôpital où il n’existe pas de frais de restauration.
Un jour, le directeur de l’hôpital vient et il trouve que les éléments présents sont en nombre très réduit.

Étonné, il cherche à comprendre, et on l’informe que les autres sont allés pour manger. Il finit par lâcher cette phrase : « Mais je donne des frais de restauration à hauteur de 1 300 000 F CFA ». Et les éléments d’affirmer qu’ils ne reçoivent aucun kopeck. Après vérification, l’argent partait à la Direction régionale de la police du Centre. Et c’est ce directeur régional du Centre qui menace aujourd’hui les policiers qui sont en train de revendiquer légitimement ce qui leur revient de droit jusqu’à dire qu’il va les radier. Tirez vous-même la conclusion entre ces deux faits. Ce sont des faits qui remontent les éléments.

Un autre exemple concernant le directeur des Unités d’intervention, Brice Hien. Il fut un moment où il était le commandant de la CRS et il y avait un problème concernant la sécurisation du site d’Essakane. On a tenté à plusieurs reprises de résoudre le problème en vain. Et nous avons demandé à voir la hiérarchie pour comprendre ce qui se passe réellement.

Ce qui se passait est que les éléments pouvaient aller faire la mission et passer quatre mois sans rien toucher comme frais de mission, à raison de 3333 F CFA par jour. En voulant mieux comprendre, on nous fait savoir que la mine est à jour du payement des frais. La mine paye chaque 27 du mois mais on ne savait pas où l’argent transitait pour échapper aux éléments.

Mais après vérification, nous avons remarqué une perte de 12 millions de francs CFA. Ce qui revient à dire que quelqu’un a coupé les 12 millions et maintenant il faut accumuler les retards pour pouvoir enlever pour les mois à venir afin de pouvoir boucher les mois passés. Tous ces faits ont révolté les éléments et ils ont exigé de la transparence dans la gestion de leurs frais de mission. Les éléments ne demandent que la transparence dans la gestion.

Parlant des décrets passés, nous devrions constater l’incidence financière à travers la correction des indices et des indemnités, ce qui n’a pas encore été fait. Le non-respect de ce décret a fait que les policiers sont bloqués. Ils n’avancent pas et ne reculent pas. Tous ces faits font partie des revendications de la troupe et les ont amenés à observer ce mouvement d’humeur.

Depuis que notre syndicat Alliance police nationale a été créé le 13 octobre 2018, nous avons tout fait pour contacter la hiérarchie afin d’expliquer tout ce qui se passe à la base. Les dures réalités que la base vit, nous les savons car nous sommes en contact permanent avec eux [les éléments de la base].

Avec toutes ces informations que nous avons, nous avons essayé de prendre contact avec le ministre Clément Sawadogo en son temps pour lui exposer le problème à travers deux correspondances pour une audience mais sans réponse. Également avec le directeur général de la police sans réponse, et même avec le ministre actuel de la Sécurité Ousseni Compaoré et toujours sans réponse. Ainsi, toutes nos demandes d’audience pour exposer les difficultés de la troupe à la base sont restées lettre morte.

C’était pour les alerter de la situation dans laquelle se trouve la troupe pour qu’ils puissent prendre des décisions nécessaires pour éviter le pire. Mais personne n’a voulu nous écouter et, pis, la hiérarchie policière tente par tous les moyens d’étouffer le syndicat Alliance police nationale.

N’est-ce pas l’existence de plusieurs structures au sein de la police qui crée ce désordre ?

Non, il n’y a pas plusieurs structures à la police, c’est l’UNAPOL et l’APN. C’est uniquement les deux structures. Et nous l’avons dit, la police a besoin d’un syndicat crédible qui va porter haut et fort ce que les gens disent bas.

Est-ce que le courant passe entre l’UNAPOL et l’APN ?

Je ne saurais répondre à cette question parce que si un syndicat est en difficulté, la solidarité syndicale exige que l’autre lui vole au secours. Lorsqu’on nous avait refusé le récépissé, nous avons attaqué cela deux fois devant les juridictions et le droit a été dit. Nous avons eu notre récépissé. Mais durant toute cette démarche, nous n’avons à aucun moment bénéficié du soutien de l’UNAPOL. Au regard de tous ces faits, dire que le courant passe, c’est trop dire.

Rien qu’hier(ndlr, le 5 juin), l’APN était obligée d’intervenir pour sauver une situation qui était la sécurisation de l’examen. Les policiers avaient refusé catégoriquement de sécuriser les examens mais nous leur avons dit que ce sont nos petits-frères qui doivent composer et le peuple observe. Il faudrait que nous fassions de notre mieux malgré les difficultés d’équipement, pour assurer la sécurité des examens.
Et quand on a informé les délégués régionaux, ils ont compris et ont accepté de sécuriser les examens. À l’heure actuelle, les éléments sont sur le terrain pour accomplir la mission.

Nous n’avons rien contre la hiérarchie car si aujourd’hui, on nous appelle au dialogue, nous allons y aller pour travailler à décanter la situation parce que les éléments ont vu que l’APN est un syndicat crédible et qui défend les intérêts des policiers.

Qu’est-ce qui vous fait dire que votre structure est crédible ?

Nous avons le soutien de plusieurs personnes. Renseignez-vous avec les éléments, ils sont combien qui nous soutiennent ? Des milliers !
À vous écouter, l’UNAPOL ne semble pas être crédible.
Il faut leur poser la question et demander aux éléments ; ils pourront mieux vous dire ce qu’est l’UNAPOL à leurs yeux.
Malgré toute cette forfaiture dans la gestion opaque des affaires, la hiérarchie a continué d’intimider nos militants, les menaçant de radiation et d’affectation.

Parlant d’intimidation, vous avez été en garde à vue…

Oui. Après notre conférence de presse, on m’appelle au camp CRS sur instruction de la haute hiérarchie. Ils m’ont dit que nous sommes allés tenir une conférence de presse sans autorisation. Pourtant, la loi est claire : le syndicat mène ses activités librement. Il n’y a pas de subordination entre le syndicat et la hiérarchie.

Et quand j’ai fini de m’expliquer, on me tend une demande d’explication écrite pour incitation à la violence, comportement attentatoire à l’éthique et à la morale du corps. Que j’ai tenu des propos blessants à l’encontre de la hiérarchie… Parce que j’ai un peu révélé les détournements qu’ils sont en train de faire.

Ensuite, on me dit d’entrer au violon. J’ai d’abord refusé mais les éléments m’ont dit de le faire. Et quand je suis entré, je n’ai même fait pas dix bonnes minutes. Les militants sont venus me dire de sortir, que je ne dois pas entrer dans cette salle de discipline à cause des propos tenus lors de la conférence de presse.

Car pour eux, ce sont des vérités que j’ai crachées pour prendre l’opinion nationale à témoin.
C’est aux environs de 18h que les choses ont débuté. À 20h, il y avait plus de 300 policiers qui étaient mobilisés pour exiger ma libération. Comme la hiérarchie a su que les éléments étaient déterminés et ont compris leur mode de fonctionnement, elle a décidé de suspendre la sanction.

Nous demandons à l’autorité d’intervenir le plus tôt possible pendant qu’il est temps, car le pire est à craindre avec la tension qui monte chaque jour dans les rangs. Nous avons même interpellé le chef du gouvernement par des correspondances et jusqu’à présent, aucune réponse. Et c’est une bombe à retardement qui est là.

Propos recueillis par Issoufou Ouédraogo

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