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Grève du SYNTSHA : « Que je sois au service ou non, des gens continuent de mourir », Dr Abou Dao, médecin spécialisé dans le traitement des cancers

Accueil > Actualités > Société • LEFASO.NET | Par Justine Bonkoungou • mercredi 22 mai 2019 à 23h20min
Grève  du SYNTSHA : « Que je sois au service ou non, des gens continuent de mourir », Dr Abou Dao, médecin spécialisé dans le traitement des cancers

En grève depuis le 21 mai 2019, le Syndicat des travailleurs de la santé humaine et animale réclame la mise en œuvre du protocole d’accord signé avec le gouvernement en mars 2017. Un protocole qui, s’il est mis en œuvre, devrait permettre d’améliorer leurs conditions de travail. En attendant, certains militants du syndicat s’expriment sur leurs conditions de travail. Lisez plutôt.

Dr Juste Bonzi, néphrologue au CHU Yalgado Ouédraogo

Les conditions de travail sont très difficiles dans l’hôpital, parce que le personnel est en nombre insuffisant. Le matériel est aussi dépassé, désuet et insuffisant. Quand vous prenez le centre de dialyse aujourd’hui, même un simple climatiseur, on peine à l’avoir, or les machines utilisées ont besoin d’une température donnée pour fonctionner de manière adéquate. Nous avons donc aujourd’hui dans le plus grand centre de dialyse un problème de climatiseur qui fait qu’on accuse des pannes récurrentes de machines qui amènent à reporter les malades.

En plus de cela, il y a même la capacité du centre par rapport au nombre de malades. Pour une séance de dialyse trois fois dans la semaine, nous sommes aujourd’hui à deux séances ou même moins. Ce qui est très difficile aussi bien pour les patients que pour les praticiens, parce que si les malades ne sont pas dialysés de façon adéquate, ils sont appelés à tomber malade de façon fréquente et cela sollicite fréquemment le praticien.

Le minimum qu’il nous faut pour prendre correctement en charge les gens avant qu’ils n’atteignent le stade de dialyse, nous ne l’avons pas. Nulle part au Burkina, il n’existe la biopsie rénale, alors que c’est central dans le diagnostic, dans le traitement et dans l’information à donner au malade par rapport à l’évolution de sa maladie.

Franck Ousséni Oubda

Franck Ousséni Oubda, conseiller d’élevage en poste au Centre de promotion de l’aviculture villageoise

En ce qui concerne nos conditions de travail, sur le terrain, on constate la précarité et l’insuffisance des infrastructures. Ce qui fait que certains agents qui louent des maisons pour y habiter, utilisent ces mêmes maisons comme leurs bureaux. Ils n’ont pas de logements prévus, pas de bureaux et il n’y a souvent même pas de terrain destiné au service.

Ils sont affectés dans une zone, mais il n’y a rien comme infrastructure. Le vétérinaire est un homme de terrain appelé à parcourir les villages. Les agents sont obligés d’utiliser leurs propres engins dans le cadre du service public. Le matériel est aussi insuffisant. Et quand ils vont intervenir, c’est le propriétaire de l’animal sur lequel ils sont intervenus qui doit rembourser leurs frais de déplacement.

Dr Abou Dao

Dr Abou Dao, médecin spécialisé dans le traitement des cancers avec la radiothérapie, au service d’oncologie et d’hématologie clinique au CHU de Bogodogo

Je suis là depuis 2015 et nous assistons impuissants à la souffrance des malades. Vous recevez les gens en consultation, vous faites tous les bilans nécessaires quand les gens ont les moyens. A la fin vous avez l’indication de lui faire une radiothérapie pour lui donner le maximum de chance, mais vous n’avez pas une machine. La personne doit être référée à un centre privé ou à un centre public étranger. Il faut déjà qu’ils aient les moyens de prendre un avion pour y aller et il faut avoir l’argent pour faire le traitement qui dure entre un et deux mois.

Pour tout dire, le Burkina n’a pas encore de centre de radiothérapie. Pourtant, sur les 10 000 cas de cancer attendus par an, 60% doivent bénéficier d’une radiothérapie pour espérer être en rémission complète. Vous imaginez actuellement 6000 personnes ont besoin d’être irradiées et on ne leur fait rien. C’est de façon impuissante que nous voyons les gens arriver à notre bureau, évoluer vers les complications et jusqu’à la mort. Ceux qui ont les moyens vont à l’étranger. Ceux qui n’en n’ont pas, ils attendent. C’est comme une condamnation.

Tu es assis, tu sais que d’un moment à l’autre la personne va partir. Elle vient te voir tous les jours. On essaye avec les médicaments, la chirurgie, mais on sait que si on n’a pas fait la radiothérapie, inexorablement la personne va évoluer vers la fin de la vie. Donc c’est vraiment un cri du cœur, nous espérons que la pose de la première pierre du centre de radiothérapie au CHU de Bogodogo ne soit pas un coup de publicité, que ça puisse pousser et nous permettre de soulager la souffrance des malades.

Ce n’est pas de gaité de cœur qu’on se retrouve ce matin à la bourse du travail. C’est parce qu’on pense que tous ces mouvements contribuent à aider le décideur à aller vite. Parce qu’au fond, que je sois au service ou non, des gens continuent de mourir. Autant crier pour que le décideur fasse vite et mette les moyens nécessaires à notre disposition.

Adama Zallé

Adama Zallé, technologiste biomédical en service au Laboratoire national de santé publique

Nos conditions de travail sont à l’image des autres secteurs de la santé. Ce sont des conditions très précaires. Cela est lié à plusieurs raisons. Les équipements ne sont pas adéquats et la maintenance qui n’est systématiquement faite. Il y a aussi le manque de consommables et de réactifs. A l’hôpital de Tengandogo, l’IRM ne fonctionne pas, le scanner a des problèmes. Au laboratoire, tous les examens ne sont pas faits par manque de réactifs. Au laboratoire national de santé publique, le volet de biologie médicale est en panne depuis deux semaines.

A Yalgado également, c’est le même constat, des équipements qui sont en panne faute de maintenance. Ce qui fait que souvent les malades sont obligés d’aller vers le privé. Les conditions au laboratoire comme en imagerie sont très précaires. On ne peut pas travailler deux semaines sans pannes ou manque de réactifs.

Tout cela est souvent lié aux commandes des marchés publics qui posent problème. Tant qu’on ne va pas réviser la loi sur les commandes des marchés publics, les hôpitaux auront des problèmes pour fonctionner. Et ça on l’a inscrit dans notre plateforme et au niveau du protocole, ils avaient promis de résoudre le problème et jusqu’à présent le protocole n’est pas mis en œuvre.

Naby Nonguéma

Naby Nonguema, attaché de santé en anesthésie au CHU Yalgado Ouédraogo

Nous vivons de véritables souffrances avec les malades à l’hôpital. Pour les soins infirmiers, il faut une certaine qualité et c’est ce que n’avons pas et que nous revendiquons pour la population, même si cette population ne nous comprend pas. Imaginez dans une salle d’opération, vous devez surveiller les malades avec un simple brassard, que nous n’avons même pas.

Il faut un minimum. Souvent quand nous sommes dans le bloc opératoire, on veut pleurer à cause des conditions. C’est ce qui nous amène à revendiquer pour nous, mais aussi pour la population. Ce n’est pas de gaité de cœur que nous sommes en grève. Imaginez des malades dans les urgences, couchés à même le sol ; comment voulez-vous qu’un infirmier puisse administrer des soins dans ces conditions ? C’est écœurant.

Propos recueillis par Justine Bonkoungou
Lefaso.net

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