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S.E.Mme Salamata Sawadogo, ambassadeur du Burkina au Sénégal

Accueil > Actualités > Portraits • • lundi 8 août 2005 à 08h30min

Magistrate de formation, Mme Salamata Sawadogo est, depuis juillet 2003, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Burkina Faso auprès de cinq pays de la sous-région ouest-africaine dont le Sénégal où elle réside.
Parallèlement à ce poste, Mme Sawadogo est aussi présidente de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples ; une structure où cette militante de plusieurs structures associatives (Association des femmes juristes du Burkina, Ligue des consommateurs du Burkina, etc.) devrait se sentir à l’aise .

Quel est l’état actuel de la coopération entre le Burkina et le Sénégal ?

La coopération entre les deux pays se porte très bien ; elle est très dynamique. Au plus haut niveau, leurs Excellences Messieurs les Présidents Blaise Compaoré et Abdoulaye Wade se consultent sur divers sujets intéressant la paix, le développement, aussi bien de notre sous région que de l’Afrique et du reste du monde. Les deux ministres des Affaires étrangères ont des contacts permanents.

La Grande Commission mixte s’est tenue pour la première fois en juillet 2002 et a déterminé les domaines de coopération à développer entre les deux pays. Un comité de suivi a été mis en place pour mettre en œuvre les conclusions de la Grande Commission mixte. A ce jour on peut se féliciter de ce que le comité de suivi tienne régulièrement ses réunions.

Le constat est que l’évolution de la coopération est satisfaisante en bien de points. La dernière réunion du comité de suivi qui a eu lieu en février 2005 a identifié de nouveaux domaines de coopération qui seront proposés à la Grande Commission mixte prévue pour se tenir dans le courant de cette année.

Quels sont les principaux domaines de cette coopération sénégalo-burkinabè ?

Les domaines de coopération entre le Burkina et le Sénégal sont très variés et sont au cœur des questions d’intégration. Il s’agit par exemple des domaines suivants :
- économie et commerce, agriculture, élevage, hydraulique, ressources halieutiques, environnement, infrastructures, transports, énergie, mine...)
- culture et social (éducation, formation professionnelle, coopération technique et scientifique, art, tourisme...)
- militaire
- judiciaire ;
- sécurité
- et bien d’autres

Combien de Burkinabè vivent au Sénégal et quelles sont leurs principales préoccupations ?

Il m’est difficile, voir impossible d’avancer un chiffre exact ; des informations non officielles font état de quatre cent milles (400 000) burkinabè vivant au Sénégal. Ce chiffre me semble énorme et je n’ai pas la possibilité de vérifier.

Les différentes manifestations et autres rencontres organisées par l’ambassade ou à l’initiative de l’Union Fraternelle des Ressortissants Burkinabè au Sénégal (UFRBS), nous ont permis de constater l’importance numérique de notre communauté ; celle-ci est très forte et se répartit dans pratiquement tous les secteurs socio-économiques aussi bien à Dakar que dans les régions de l’intérieur. La communauté est organisée à travers une douzaine d’amicales, lesquelles fédèrent dans une union qui est l’Union fraternelle que j’ai mentionnée tantôt.

Les préoccupations des burkinabè vivant au Sénégal sont celles exprimées ou ressenties le plus souvent par tout expatrié ; c’est par exemple la quasi impossibilité pour le conjoint du fonctionnaire diplomatique de s’insérer dans le marché du travail ; c’est aussi le fait de payer périodiquement des sommes d’argent pour obtenir des documents pour le séjour des étrangers ; c’est le sentiment d’être sujet à un traitement discriminatoire lorsqu’il s’agit d’accéder à certains biens ou services (je pense aux poissonniers burkinabè à Joal qui nous ont informé qu’ils achetaient les emballages plus chers que leurs collègues nationaux) etc .

Cela dit il n’y a pas , à notre connaissance, de mauvais traitements dirigés contre les burkinabè . Hormis les soucis relevés tantôt, on peut dire que les burkinabè jouissent de l’estime des sénégalais et des autres communautés. Il y a lieu de préciser que la coopération formelle via une ambassade résidante a seulement cinq ans et que les difficultés évoquées sont en train d’être prises en charge par les deux parties.

Notre communauté vit en bonne intelligence avec les résidents et citoyens du pays hôte. C’est l’occasion pour moi de féliciter le président de l’UFRBS, les présidents d’amicales et à travers eux, l’ensemble des burkinabè vivant au Sénégal pour leur engagement pou r le rayonnement de notre pays.

Sauf erreur de notre part, c’est la première fois que vous êtes Ambassadeur. Quels sentiments vous animent dans ce milieu diplomatique ?

C’est exact ; c’est mon premier poste d’ambassadeur. Le milieu diplomatique a ses spécificités. L’observation des règles de courtoisie, de la bienséance, fait partie du quotidien sans pour autant annihiler l’esprit de suite, la rigueur dans l’appréhension des sujets à traiter. Ces qualités sont également exigées à la magistrate que je suis. Je ne suis donc pas déboussolée. J’ai un sentiment de confiance ; confiance qui me permet, par la grâce de Dieu, de travailler dans la sérénité, sans tambours ni trompettes et sans complexes et d’apporter ma petite pierre au développement et au rayonnement du Burkina.

De nombreuses représentations diplomatiques accréditées auprès du Burkina résident à Dakar ; combien sont-elles ? Et quel est le niveau de coopération avec chacune d’elles ? Le fait qu’elles résident à Dakar et non à Ouagadougou est-elle un avantage ou un inconvénient ?

Plusieurs représentations diplomatiques accréditées auprès du Burkina ont leur résidence à Dakar : des Etats(une douzaine) et plusieurs organes régionaux du système des Nations Unies (tels que UNFPA,UNICEF, UNODC,OIM etc.) de même plusieurs organisations sous régionales( ex. ASECNA, West African Museum Program, CORAF qui est un organisme de recherche dans le domaine de l’agriculture, CAET ,un organisme en matière d’éducation, etc) et des organisations intergouvernementales(CONFEJES,...)

Ces représentations couvrent notre pays et ont des contacts permanents avec les structures politiques et administratives ; étant donné leur résidence à Dakar, notre ambassade est leur contact, le canal par lequel elles travaillent avec les administrations nationales. Nous avons alors un rôle de facilitation, de coordination et au-delà, nous nous employons à impulser une dynamique dans la coopération avec ces pays et ces Organisations.

Comme vous pouvez le constater, il s’agit aussi bien de coopération bilatérale qu multilatérale même si nous ne sommes pas accréditées auprès d’organismes internationaux ou régionaux. Notre coopération est très suivie et dynamique avec la plupart de nos partenaires. Etant donné que ces représentations ont leur résidence à Dakar, notre ambassade est leur contact et leur canal pour travailler avec le Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération Régionale (MAE CR). Notre rôle est, entre autres, d’impulser une dynamique dans la coopération avec ses pays.

Le fait de ne pas résider dans un pays couvert par la juridiction présente assurément quelques désavantages ne serait-ce qu’en terme de communication et de contacts directs entre le chef de mission et les autorités du pays d’accréditation. Ceci est valable pour les chefs de missions des partenaires cités plus haut mais également pour moi par rapport aux quatre autres pays de ma juridiction.

Vous êtes également présidente de la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples ; comment conciliez-vous les deux fonctions ?

Je vous réponds d’abord par rapport à la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples. Cet instrument dispose en son article 31 (1) que les membres de la CADHP doivent être « choisis parmi les personnalités africaines jouissant de la plus haute considération, connues pour leur haute moralité, leur intégrité, leur impartialité et leur compétence en matière des droits de l’homme ... ». Les commissaires sont présentés par les Etats parties à la charte et élus par la Conférence des Chefs d’Etat de l’UA (je vous fais grâce de la procédure actuelle y relative qui ne change rien à l’esprit des dispositions de la charte).

Je dis donc qu’il n’y a pas d’incompatibilité comme certains esprits veulent le faire croire, en prônant qu’un ambassadeur est forcément dépendant vis à vis des Etats et en particulier vis-à-vis de l’Etat dont il est ressortissant. Ceci m’amène à faire observer que :

- 1. L’indépendance est avant tout une vertu et en tant que telle, sa réalisation ne peut se suffire d’une prescription légale et d’appartenance à un niveau social donné. Il y a bien plus. La prévoir comme règle de fonctionnement est très important car elle constitue entre autre une protection face à ceux qui veulent exercer des pressions.
Il me semble important de retenir surtout que l’indépendance comme l’intégrité, reste une valeur personnelle ; qu’elle doit être entretenue et se traduire dans les actes.

- 2. Aucun commissaire n’est apatride ; ce sont les nationaux des Etats qui les ont présenté à l’élection
Ce sont des femmes et des hommes qui, comme tous les humains ont des forces mais aussi des faiblesses. Ce sont des personnalités qui aiment leurs pays. Si tout ceci est à mettre dans la balance il ne faut pas oublier que ces personnes sont également des promoteurs et des défenseurs des droits humains. L’engagement de chaque commissaire à sa prise de fonction est de servir la cause des droits humains en toute impartialité .Voyez-vous c’est aussi une question d’honnêteté intellectuelle et d’honnêteté tout court.

Les membres de la commission sont conscients de la délicatesse de leurs tâches ; c’est pour cela que, dans la pratique de la commission, lorsque les débats sur des questions relatives aux droits humains concernant un Etat dont un ressortissant est membre,ce dernier ne prend pas part à ces débats. Il en est de même lorsqu’un membre a déjà donné un avis sur le cas d’un Etat partie à l’occasion de consultations devant d’autres instances, celui-ci doit s’abstenir de participer aux débats lorsque le cas vient devant notre commission.

Ce débat est devenu récurent et il ne faut pas le contourner. Mais il doit être saint, non personnalisé. L’indépendance doit se manifester à l’égard de tous : Etats comme ONGs. En quoi un ambassadeur serait-il moins indépendant qu’un autre haut cadre ou tout autre citoyen ayant des ambitions politiques affichées ou non.
Il faut juger les commissaires par rapport à la qualité de leur travail, par rapport à leurs actions en faveur de la promotion des droits humains en Afrique et par rapport à leur engagement pour une efficacité de la CADHP.
Je peux encore en parler longuement car il y a beaucoup à dire sur la question.

Entre les deux postes, lequel est le plus exaltant pour vous ?

C’est évidemment très prenant que d’assumer les fonctions d’ambassadeur et celles de président de la CADHP ; Cela ne me laisse pas de temps de loisir pour ma famille et moi.
Je dois m’organiser davantage. Fort heureusement jusqu’ici j’ai de bons collaborateurs à l’ambassade, ce qui me permet de faire des missions hors du Sénégal sans trop de soucis. Lorsque je suis hors de la juridiction, je reste en contact avec l’ambassade ; je peux ainsi donner des instructions en cas de besoin.
Ceci dit les deux fonctions sont aussi exaltantes l’une que l’autre.

Quel travail, faites-vous exactement à la Commission ?

Les missions d’un membre de la CADHP sont celles qui permettent la mise en oeuvre des attributions de la CADHP .celles-ci peuvent se résumer ainsi :
- la promotion des droits de l’Homme et des peuples (dhp) : ce sont toutes les actions de formation, d’information et de sensibilisation, la formulation des lignes directrices pouvant servir de base aux Etats pour l’adoption de textes législatifs, la visites dans les Etats pour informer sur la charte et la commission, l’examen des rapport périodiques des Etats (il s’agit là d’une fonction de contrôle), etc etc.
- la protection des dhp : l’examen des plaintes, les missions d’établissement des faits lorsqu’il y a des allégations de violations graves et massives des droits humains dans un Etat.
- la coopération institutionnelle avec des institutions africaines ou internationales oeuvrant dans le domaine des dhp
- l’interprétation de la charte africaine des dhp, à la demande de l’UA, d’un Etat membre de l’UA ou organisation reconnue par l’UA.
La CADHP peut également exécuter toute autre tâche de sa compétence à la demande de l’UA

Pouvez-vous nous rappeler les dernières délibérations
de la Commission ?

Pour les délibérations de la Cadhp je vous renvoie au site web de la Commission : www.achpr.org Vous y trouverez toutes les informations utiles.

Le Burkina Faso a fait l’objet d’une plainte de la part de l’UIDH au niveau de la CADH ; où en est-on avec la procédure ?

La plainte déposée par le MBDHP contre le BURKINA FASO en 1997 a été examinée par la Commission et une décision est intervenue en 2001. La mise en œuvre de cette décision doit être suivie par le ministère de la promotion des droits humains du BF qui doit informer la Commission des suites réservées à ses recommandations.

Réalisée par Issouf Zabsonré
Lefaso.net

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