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Tibo Jean-Paul Tapsoba, député MPP : « La chefferie coutumière a pour essence la politique »

Accueil > Actualités > Portraits • LEFASO.NET | Edouard K. Samboé • mercredi 9 janvier 2019 à 22h37min
Tibo Jean-Paul Tapsoba, député MPP : « La chefferie coutumière a pour essence la politique »

Discret, souriant et peu bavard, Tibo Jean-Paul Tapsoba est un homme politique et un chef coutumier. A 40 ans, celui qui a été intronisé en 2012 comme Neem Naaba Ritaam II fait partie des jeunes qui se sont frayé un passage dans l’hémicycle post-insurrectionnel burkinabè. Portrait d’un homme qui veut être « l’autre côté du cordon ombilical de la tradition africaine dans la politique moderne ».

« Avant l’arrivée des colons, nous, les chefs coutumiers et traditionnels, assumions les rôles politique, religieux, économique et judiciaire ». Cette assertion de Tibo Jean-Paul Tapsoba ne laisse pas indifférent. Alors que son histoire politique est aussi récente que le dernier hivernage.

En effet, Tibo Jean-Paul Tapsoba dont le nom de chef est Neem Naaba Ritaam II, fait partie de la génération des années 80. Et cette époque va tracer son histoire. Puisqu’il n’est autre que le premier garçon d’une famille nombreuse, dont le père est un chef coutumier dans le royaume de Ouagadougou. En 1992, alors qu’il a à peine 12 ans, il se rend compte qu’il est appelé à hériter du trône de son père comme le veut la tradition patriarcale.

Il s’en souvient encore : « Je suis parti vivre ailleurs comme le veut la tradition, puisque mes petits-frères pouvaient également prétendre à la succession ». Une vie hors du cercle familial qui va le préparer au sacerdoce royal. A l’époque, alors qu’il est encore élève, il va développer des valeurs morales propres à la culture africaine. Il se remémore : « Je devais développer le sens de l’écoute, le service et l’humilité ». Et ce sont ces valeurs propres aux chefs coutumiers et traditionnels africains qui vont rythmer sa vie.

Vers l’intronisation

Mais peut-on soustraire éternellement une autorité morale au vertige des idées nouvelles ? S’interroge le jeune Tibo. Après moult expériences, il réalise qu’en tant que prétendant au trône, il s’avérait pour lui utile d’acquérir des connaissances didactiques. Et là débute sa rigueur dans le cheminement scolaire. De l’école primaire en passant par l’Université de Ouagadougou, il développe la discipline dans le travail et l’esprit d’équipe au milieu de ses camarades. « C’est à l’école que j’ai appris que l’union fait la force dans le champ de la maîtresse », s’amuse-t-il.

Des valeurs cardinales qu’il va cultiver avec ses camarades au lycée Marien-N’Gouabi pour fonder une équipe musicale : « A3 ». A cet d’âge, il n’ambitionne guère la bataille politique. Lorsqu’il décroche le baccalauréat, il est orienté au département de Géographie à l’Université de Ouagadougou, en 2007. Mais sa passion pour le journalisme va le conduire à l’Institut des sciences et techniques de l’information et de la communication, entre 2008 et 2010.

Après sa formation, il est affecté comme journaliste de la Télévision nationale du Burkina, à Bobo-Dioulasso. Comme reporter, il noue des relations et développe son premier réseau de camaraderie qui va planter le décor de son futur engagement politique. Nous sommes en 2010. Malheureusement, en 2012, son père décède.

Là commence un tournant décisif de sa vie. Il succède à celui-ci et débute sa première assise dans le royaume de Mogho (Ouagadougou) comme ministre. A l’époque, la vie politique était animée par la majorité issue du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), ex-parti au pouvoir. Pour couronner ses études, il se fait former en Ressources humaines et s’octroie de passage un master.

« Les aînés m’ont invité en politique, ils m’ont fait confiance »

Parmi les tribus patriarcales, les merveilles du sacre, ce sont la discipline et la disponibilité. Comme tout autre individu arrivé à cette position, Tibo ne sera pas singulier. Dans le sanctuaire de la cour royale du Mogho Naaba, il a sa place comme ministre. Mais aussi, il a obligation de discipline et de disponibilité. Son jeune âge fait de lui un « benjamin » au milieu des autres chefs religieux. Ce qui lui vaut d’être choisi comme « chargé des relations avec les chefs coutumiers des autres villages de Ouagadougou ».

Tout comme ses aînés, il est engagé dans le parti de l’ancien président Blaise Compaoré, le CDP. Là, il côtoie le Larlé Naaba Tigré qu’il nomme affectueusement « papa » ; l’actuel maire de Ougadougou, Armand Pierre Beouindé ; la députée Elise FoniyamaThiombiano/Ilboudo, etc. Ensemble, ils fondent l’Association pour le développement durable et intégrale (ADDI).

Dès l’entame de la volonté de modification de l’article 37 de la Constitution par l’ancien Blaise Compaoré et ses partisans, Tibo Jean-Paul Tabsoba, tout comme les autres membres de l’association, rejette cette position. Cette décision lui crée des ennemis. D’ailleurs, il s’en souvient : « Ma vie était menacée. (…). Mais grâce aux hommes de justice comme le président de l’Assemblée nationale, Alassane Bala Sakandé, nous avons tenu parole ».

Au lendemain de la démission du Laarlé Naaba Tigré de l’Assemblée nationale, le Neemd Naaba Ritaam II se voit encourager à assumer plus de responsabilités au sein du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) naissant. Il gravit les échelons du MPP, en attendant la chute de Blaise Compaoré pour remporter, à 36 ans, sa première élection législative. En 2015, il devient un patron de ce parti au niveau de la province de Kadiogo. « Les aînés m’ont invité en politique. Ils m’ont fait confiance et j’ai assumé plus de responsabilité au sein du MPP au niveau de la province du Kadiogo », se rassure-t-il.

« Porteur des projets des jeunes »

Fin tacticien, il est habitué aux arcanes du pouvoir et aux luttes politiques depuis 2012. Pour réussir dans le monde politique burkinabè, il faut « porter des valeurs de paix et de sociabilité », dit-il. Aussi, « être capable de prendre des responsabilités », explique cet homme de combat qui, aujourd’hui, est le troisième personnage le plus important du secrétariat de l’Assemblée nationale.

« Nous voulons rendre le Burkina Faso plus juste, en adoptant les lois. Nous, les jeunes, nous sommes les représentants des jeunes insurgés. Nous devons leur rendre compte. En tant que chef coutumier et traditionnel, ma tâche est plus complexe. Je dois faire preuve de justice et de paix », confie-t-il.

Avec le poste de troisième secrétaire parlementaire de la 7e législature, il entend miser pour plus de cohésion sociale et pour « le pain pour tout le peuple ». Considéré comme un modéré dans le fief du MPP, il tient à son image d’autorité morale. Masquant son envie de bain de foule, il semble incarner la marque d’un homme de consensus. Il déteste de surcroit entrer en controverse avec les autres hommes politiques qu’il considère comme « des frères ». On lui reconnaît volontiers « la simplicité, l’ouverture et l’humilité ».

Pour ses détracteurs, Tibo Jean-Paul Tapsoba, le Neemd Naaba Ritaam II, n’est rien d’autre que « l’homme du président de l’Assemblée nationale Alassane Bala Sakandé ». Mais lui, il rétorque avec le sourire : « C’est un camarade de lutte, un camarade du parti, un homme de justice depuis le CDP ».

Père de famille, le Neemd Naaba Ritaam II est issu d’une famille catholique mordue de politique. Toutefois, les réalités coutumières font office dans sa vie, du fait de son statut de chef coutumier et traditionnel. Voyant la politique comme « un ensemble autour d’une vision », l’héritier du trône des « Neemd Naaba », ne compte pas s’arrêter là. Pourfendu pour sa proximité avec le président du Faso, le Neemd Naaba ne commente point.

Tout compte fait, y aurait-il un interdit à « manger avec avec les anciens camarades de lutte ? ». Bien sûr, ne dit-on pas qu’il faut manger avec ceux qui gouvernent pour apprendre à gouverner ? Quoi qu’il en soit, « le président du Faso est un camarade de parti ; je n’ai aucun rapport particulier avec lui, sauf les rapports du parti », réplique-t-il.

Garant des valeurs traditionnelles telles que la justice, l’intégrité et la sociabilité, il croit pouvoir impacter l’histoire sociopolitique nationale, en tant que chef traditionnel et en tant que jeune politique. « Même si la politique vécue de l’intérieur est émaillée de difficultés, sa pratique ne doit pas se confondre à des déviances inutiles : C’est à nous de donner l’exemple », soutient-il.

Droit dans ses bottes, il dit n’éprouver aucun regret de « s’être engagé en politique ». C’est un homme fier de son accoutrement traditionnel avec un chapeau multicolore, symbole de sa royauté, qui murmure ironiquement : « La politique est dynamique ; tant qu’on nous fera confiance, nous la ferons ».[ Cliquez ici pour lire l’intégralité ]

Edouard K. Samboé
samboeedouard@gmail.com
Lefaso.net

Vos commentaires

  • Le 10 janvier à 09:59, par Ka En réponse à : Tibo Jean-Pierre Tapsoba, député MPP : « La chefferie coutumière a pour essence la politique »

    Oui sa jeune majesté Neem Naaba Ritaam II je confirme : Nos traditions qui nous enseigne la solidarité, la discipline, et le respect de l’autre, ont toujours été les piliers en béton de notre jeune démocratie en gestation. Je suis d’accords avec vous que notre société traditionnelle reste la base pour ouvrir nos esprits afin de pouvoir construire une société saine et forte pour faire avancer notre pays dans l’émergence.

    Si je le confirme, c’est qu’avec mes promotionnels anciens étudiants qui étaient a l’extérieur, et a notre retour des études, faute d’une institution de régulation sociale, nous nous sommes tourné vers nos sociétés traditionnelles comme il en existait dans tout le continent Africain, pour nous orienter. Et je peux confirmer que ces sociétés traditionnelles avec des décideurs comme les chefs coutumiers nous ont bien orienté intelligemment, et ne sont pas encore mortes, elles vivent, dictent nos réflexions et comportements, et elles sont un réservoir de sagesse encore utilisable pour redresser la barre de nos errements et de la mauvaise imitation du modèle occidental qui est là pour nous détruire disait le valeureux Thomas Sankara.

    La copie coller du système occidental qui n’a pas été en un seul jour, est le mal en Afrique, et qui reste l’égoïsme des dirigeants qui prennent leurs peuples et leurs compatriotes comme des moutons ou leurs maîtresses. Et la seule solution pour les arrêtés ce sont Les soulèvements populaires comme celui du 31 Octobre 2014 dont certains ont escaladé le mur du palais du Moogho Naaba pour avoir la vie sauve. Oui sa majesté, en politique, observé avant d’agir est la bonne clé pour réussir.

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  • Le 10 janvier à 11:34, par Sans rancune En réponse à : Tibo Jean-Pierre Tapsoba, député MPP : « La chefferie coutumière a pour essence la politique »

    Je suis d’accord avec vous mais jusqu’à un certain niveau.Mais depuis l’arrivée du colons contentez vous de gérer l’ensemble de vos sujets et laissez les nouveaux politiciens s’occuper de la nouvelle politique.
    Pour dire que si vous êtes d’un parti donné, vous ne pouvez plus être impartiale pour diriger vos sujets surtout s’ils sont d’un parti opposé au votre

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  • Le 10 janvier à 15:30, par armel En réponse à : Tibo Jean-Paul Tapsoba, député MPP : « La chefferie coutumière a pour essence la politique »

    Ce monsieur est le meilleur d’entre nous au MPP. Pondéré, juste, calme et respectueux des autres.Il fait parti de ceux pour qui nous restons aux MPP malgré tout. En effet la politique est l essence de la chefferie en milieu Mossi. Et le neem naba l à si bien compris. Qu on le veuille ou non, les chefs feront toujours de la politique.

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  • Le 11 janvier à 12:36, par lecteur En réponse à : Tibo Jean-Paul Tapsoba, député MPP : « La chefferie coutumière a pour essence la politique »

    Voici un leader sur qui le Burkina Faso peut compter. A l’écouter, et à interpréter ce qu’il dit, il est humble, probe, modeste bref toutes les qualités humaines !

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  • Le 11 janvier à 14:38, par observateur En réponse à : Tibo Jean-Paul Tapsoba, député MPP : « La chefferie coutumière a pour essence la politique »

    UN NAABA RESPECTUEUX AYANT TOUTES LES TOUTE LES QUALITÉS QU’EST LEADER DOIT AVOIR ! la politique est belle bien l’oeuvre des aristocrates qui n’est autre les garant des valeurs de la société.

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  • Le 11 janvier à 14:46, par On-ne-nous-la-fait-pas En réponse à : Tibo Jean-Paul Tapsoba, député MPP : « La chefferie coutumière a pour essence la politique »

    En Angleterre aussi avant l’avènement des gouvernant actuels, la famille royal assumais les rôles politique, religieux, économique et judiciaire. Force est de constater qu’aujourd’hui il sont juste des figurant parce que ca ne marche pas. En France ils ont décapité le roi et planter sa tete sur une lance. Pourquoi ? parce que ca ne marche pas. Moi aussi je suis issu d’une lignée royal mais je garde ma ligne de conduite. Contentez vous de votre role de gardien de la tradition et nous vous seront reconnaissant. Maintenant si vous voulez jouer au plus malin en utilisant votre position de de gardien de la tradition pour convertir cela en dividendes politique et donc électorales vous serez combattu comme tel. Pas de pitié pour ceux qui cherchent des racourcis en nous enfoncent dans le féodalisme. Nous ne sommes pas dupe et comprenons votre approche a peine voilée. Belle tentative quand-même mais on ne nous la fera pas celle la. Au Burkina tout le monde nait égaux en droit. Comme disait Sankara, depose ton chapeau et creuse comme tout le monde on avancera plus vite.

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  • Le 12 janvier à 08:06, par Rabo En réponse à : Tibo Jean-Paul Tapsoba, député MPP : « La chefferie coutumière a pour essence la politique »

    "Père de famille, le Neemd Naaba Ritaam II est issu d’une famille catholique mordue de politique. Toutefois, les réalités coutumières font office dans sa vie, du fait de son statut de chef coutumier et traditionnel." dixit Edouard K. Samboé.
    Dites clairement qu’étant chef coutumier, il ne peut pratiquer une autre religion que celle de ses ancêtres, dite religion traditionnelle. Je me répète : un chef traditionnel mossi ne peut être ni catholique, ni protestant, ni musulman, ni, ni, ni, sauf honorer la religion de ses ancêtres.
    Quand à faire la politique du temps nouveau, avec ce qu’elle comporte de haine, de division, de malversation, de reniement, etc..., il m’est difficile de croire que la chefferie traditionnelle (chef coutumier et chef de terre) puisse aller avec la politique du toubab.

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  • Le 17 janvier à 13:46, par Alexio En réponse à : Tibo Jean-Paul Tapsoba, député MPP : « La chefferie coutumière a pour essence la politique »

    Ces religions dites revellees sont venimeuses que la vipere de nos savanes. Car la vipere ne te morda jamais tant que tu transgresse pas sa zone de proie de chasse sans tenir compte de sa presence ou de son droit a vivre.

    Ce n est pas le cas de ses religions qui nous lavent nos cerveaux, en nous croyons inferieure a la race blanche.

    Jesus es t devenu europpeen avec ses yeux bleues comme un nordique. Mohamet en Arabe. Boudha un Indien. Chez nous en Afrique qui nous represente ? Personne.

    Les missionnaires europeens par le biais de la colonisation nous ont laisser entendre que nos rites coutumiers sont l oeuvre de Satan. Et nous voila denaturer dans le non-sens culturell, religieux et politique qu economique.

    On nous parle de democratie comme si cette solution etait une baguette magique aussi pour les africains Mais pourquoi avant notre independance, on avait les travaux forces ?

    Notre system educationell, economique, monetaire lie a celui du colonisateur pour nous dominer,nous desservir. Qu est que Moiliere dans notre vie quotidien en Afrique ?

    Et en occurence, au Burkina Faso ?

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