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Député Alfred Sanou : « Il y a des gens qui en voulaient à ma carrière politique »

Accueil > Actualités > Politique • LEFASO.NET | Edouard K. Samboé • lundi 31 décembre 2018 à 19h30min
Député Alfred Sanou : « Il y a des gens qui en  voulaient à ma carrière politique »

Sobrement habillé, Alfred Sanou semble n’afficher aucun goût de luxe ostentatoire. Depuis 2003, il a su écrire son nom dans les annales de l’Assemblée nationale burkinabè sous la bannière du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), ancien parti au pouvoir tombé dans l’opposition depuis 2015. Depuis lors, il semble ne faire d’ombre à personne et c’est sans conteste le secret de sa longévité politique. Portrait d’un homme qui sait « évoluer en eau trouble ».

Le 16 juin 1954 naissait Alfred Sanou dans la province du Houet, région des Hauts-Bassins. A l’époque, les noms « botaniques » étaient de coutume. Lui, il eut le sien : « Samadoti », littéralement traduit par « compter sur soi-même ». Un prénom qui tracera désormais son destin. De par son passage à l’immersion baptismale catholique, le nom chrétien « Alfred » s’est petit à petit imposé comme l’appellation la plus partagée. Pourtant, l’esprit de « Samadoti » hanta le devenir du jeune Alfred Sanou. Prénom par lequel il va s’identifier définitivement, et duquel il revendique volontiers son patrimoine : « Quand je suis en difficulté, je me rappelle toujours mon nom, je me bats et je trouve une solution », se remémore-t-il.

Cet homme politique semble si discret. La tête baissée, un regard docile et questionneur, ce natif de Bobo-Dioulasso marque des points. Est-ce l’une des stratégies politiques dont parlait Groucho Marx ? : « La discrétion est ma devise. Je ne dis jamais rien. Même sur ma carte de visite, il n’y a rien d’écrit » ; ou la technique de survie heureuse que vantait Jean-Pierre Florian ? : « Pour vivre heureux, vivons cachés ».

Que ce soit l’une ou l’autre, ces techniques semblent ne pas s’accommoder aux usages politiques contemporains. Sans doute, Alfred Sanou a duré dans l’arène politique burkinabè. Il a mangé même avec le lion, il en sait certainement trop. Et s’il est toujours là, c’est qu’il a de la retenue. Il a su toujours tracer son chemin dans les eaux troubles. D’ailleurs, aujourd’hui, il a franchi le seuil des 64 ans, mais comme les Chinois, il n’a pas d’âge. Son secret ? : « Je travaille sans cesse et je mène une vie très saine. Puisqu’à l’origine, je suis un pharmacien », s’amuse-t-il.

Alfred Sanou, l’homme qui sait évoluer en eau trouble

L’histoire du jeune Alfred débute dans une grande famille catholique. A cette époque, les vents des indépendances soufflent lentement. Nous sommes à l’époque des Voltaïques. Très tôt, il bénéficie de l’éducation chrétienne. Mais il conserve l’intégrité et le sens du labeur qui caractérisaient les jeunes de sa génération. En 1960, il vit l’euphorie des indépendances et échappent aux travaux forcés.

Et, c’est un an plus tard, qu’il foule les pieds à l’école primaire privée de Tounouma de Bobo-Dioulasso. Le petit Alfred a à peine 8 ans. Il s’en souvient encore : « Le travail, le pragmatisme et la modestie ont conduit ma vie ». A cette période, le jeune rêve de devenir un grand médecin. Ses parents l’encouragent.

Son itinéraire, d’une constance exceptionnelle, en témoigne. Puisque six ans plus tard, il entama les études secondaires au Lycée municipal de Bobo-Dioulasso et sortit avec le Brevet d’études du premier cycle (BEPC) en poche en 1972, puis le baccalauréat série D, en 1975. Jeune bachelier de son quartier, il était plus connu que populaire. Au sein des jeunes de Bobo, il hume les odeurs politiques. Mais sa timidité fait beaucoup plus de lui un observateur, qu’un acteur de premier plan. Mais ce n’est qu’à son début, puisque l’éclosion ne sera que tardive.

Avant la fête nationale de la Haute-Volta en 1975, Alfred Sanou effectue son premier voyage hors du territoire national. Une seule idée en tête : « poursuivre les études de médecine ». Entre 1975 et 1980, il s’inscrit à l’Université de Dakar. Puis étudie la biologie, une option de la pharmacie. Au bout de ses études, une spécialisation s’impose.

Mais Alfred Sanou n’a pas de bourse d’études. Alors, il se décide de s’inscrire à l’Université Claude-Bernard de Lyon (France). Là, il étudie la toxicologie expérimentale et décroche au passage un DEA. Contre toute attente, sa santé se fragilise et les moyens se raréfient. Alors, il abandonne ses études de doctorat et regagne son pays natal en 1983.

N’est-ce pas un parcours suffisamment convainquant pour déterminer une vocation et, finalement, toute une vie ? Justement, au Burkina Faso, Alfred Sanou est affecté comme laborantin à l’hôpital de Bobo-Dioulasso. Il travaille au laboratoire de biologie pendant plusieurs années. Ensuite, il va gravir tous les échelons jusqu’au sommet en dirigeant la Direction provinciale de la santé du Houet. Dans ce milieu, il touche la misère du peuple. Et se sent appelé à faire quelque chose de positif. Là débute son appel à la politique et son engagement définitif.

La discrétion, une technique de survie

Avant 1993, l’insubmersible Samadoti Alfred Sanou était convaincu qu’il est fait pour la politique. « Les gens se sont approchés de moi et m’ont proposé de devenir conseiller au sein du Front populaire. A l’époque, en tant qu’agent de santé, je rencontrais plusieurs cas de sollicitations. Pour répondre à leurs besoins, j’ai décidé de me lancer en politique », narre-t-il.

Contrairement à ses prédécesseurs qui aimaient à serrer les mains et battre campagne, Alfred Sanou est un technocrate qui aime à rester au plus près de ses dossiers médicaux. Connu comme un homme exigeant, pour ne pas dire caractériel, un sacré bosseur et un ascète, Alfred Sanou s’attire des admirateurs. Il s’est fait proposer dès lors comme conseiller municipal de son secteur, à l’orée 1993.

A cette époque, il s’était fait remarquer comme un ambitieux politique. Mais il savait également s’effacer derrière les réels tenants du pouvoir. Il évite de ne pas entrer en confrontation directe avec ses aînés de l’époque. Comme un loup loin de la bergerie, il attend l’absence du berger. Grand observateur, il se tenait éloigné des affaires qui ont été fatales à d’autres. Comme résultat de cette stratégie politique, il remporte le poste du maire aux élections municipales de 1995 à Bobo-Dioulasso. C’est le début des empilements consécutifs de mandats.

Fils du milieu, les dossiers confidentiels, c’est lui. La plupart des tensions, c’est lui qui les règle. Fin connaisseur des réalités culturelles de Bobo-Dioulasso, il accumule des éloges qui venaient redorer son image d’homme politique. Aux élections législatives de 2002, la tête de lice, Thomas Sanou, est élu député.

Mais tout suite nommé ministre de l’Economie, Alfred Sanou le remplaça et entra à l’hémicycle burkinabè le 31 octobre 2003 pour la première fois. Ensuite réélu aux législatives suivantes de 2006 et 2012 jusqu’à sa démission le 15 avril 2013, pour retourner à la présidence du Conseil régional des Hauts-Bassins. « J’aime beaucoup Bobo-Dioulasso », se convainc-t-il.

« Je m’étais engagé en politique pour développer ma localité »

Fervent lecteur des philosophes du siècle des Lumières, il aime les théories de Montesquieu, Voltaire, etc. Jean-Jacques Rousseau le fascine. Alfred Sanou se revendique des idées issues « du Contrat social ». A travers un murmure, il laisse entendre : « J’aime ce livre ». Un ouvrage qui a nourrit ses idéaux politiques à telle enseigne qu’il a compris la politique différemment. Celle de « l’engagement à développer sa localité ».

Assurément, il s’explique : « Quand nous sommes arrivés aux affaires, on disait à l’époque que Bobo se meurt. Il n’y avait pratiquement pas de lumières et de routes. Aujourd’hui, on peut se réjouir… ». Dans ses actions politiques au profit de sa commune, l’élu CDP de la province de Houet croit qu’il a donné de son engagement pour le relèvement de sa circonscription électorale.

Alors qu’il présidait aux destinées du Conseil région des Hauts-Bassins en 2014, la rue grondait. Le peuple marchait contre la modification de l’article 37 de la Constitution. Alfred Sanou semble n’avoir pas vu venir l’insurrection populaire de 2014. « C’était une grande surprise. J’étais à Bobo ».

Malgré son absence le jour du vote de la loi par les députés de la 6e législature à Ouagadougou en vue de donner leur aval pour la mise en place du Sénat, il trouvera ses concessions familiales incendiées par ceux qu’il nomme « des drogués qui n’étaient pas de Bobo-Dioulasso, mais venus spécialement pour le règlement des comptes politiques. Il y a des gens qui en voulaient à ma carrière politique ». Pour cause, Alfred Sanou est un maillon du pouvoir d’antan. Un traumatisme jadis insupportable pour les siens, mais aujourd’hui placé dans le « passé ».

Bien que son mandat ait été écourté en 2014 à cause de l’insurrection populaire, il refait surface. L’insubmersible Alfred Sanou bat campagne. Et la voix des urnes lui donne raison. Il va remporter un autre mandat pos-insurrectionnel sous la bannière du CDP. « Je sais que je suis aimé par la population. La preuve, je suis député ». Marié, père de trois enfants, ce fervent chrétien passé par les centres catéchétiques catholiques a fait du service de l’Etat un sacerdoce. Depuis 1993, il a côtoyé le pouvoir, de près ou de loin.

« En France, dans chaque parti politique, il y a des anciens et des jeunes… »

En cette année 2018, après quatre ans de mandature sous la 7e législature, Alfred Sanou pourrait s’acheminer vers la retraite politique, mais une retraite lointaine. Puisque qu’il en veut encore, et la loi le lui permet aussi. Aujourd’hui, Alfred Sanou n’a qu’une seule pensée : « la paix, la justice pour le pays et le pain pour le peuple qui a de plus en plus faim ».

Lui qui a appris au cours des années à goutter les bains de foule, il envisage une nouvelle course à la réélection de 2020. Mais cette voici-ci, il ne siègera pas. Son objectif est d’empiler toujours et encore un mandat de plus. Ensuite, siéger au Conseil régional des Hauts-Bassins comme toujours. Il veut peser sur la base. La preuve, il a déjà choisi son filleul au moment venu pour lui succéder. Un jeune bien sûr, parce que son parti est dans la dynamique de rajeunissement des cadres du parti.

Néanmoins, traditionnellement, en bon Voltaïque, il y a des conditions : ne pas rompre la continuation entre les vieux et les jeunes politiques. D’ailleurs, « en France, dans chaque parti politique, il y a des anciens et des jeunes, on n’a jamais rompu », argumente-t-il.[ Cliquez ici pour lire l’intégralité ]


Edouard K. Samboe
samboeedouard@gmail.com
Lefaso.net

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